CHAPITRE DEUlliMB
s'épuisèrent en efforts inutiles; il leur fallut courber la tête et faire le sacriGce qu'exigeait Tévêque de Lausaune.
Eo effet, dans les dernières années du XII^ siècle, en 1195 ou 1196, parut une notification de Tévéque Roger, portant que sire Rodolphe, comte de Gruyère, ses fils Guillaume, Pierre et Rodolphe, la comtesse Agnès et toutes ses filles, voulant réparer le mal et les dommages causés par eux à la TÎIIe de Bulle et à son territoire, avaient renoncé aux prétentions établies sur ladite ville et ses dépendances dès le torrent delaTréme. Par leur accord avec le prélat, le comte et sa famille abandonnaient à Téglise de Lausanne tout ce qu'ils possédaient ou disaient posséder en seris des deux sexes, en terres, en bois, excepté la forêt de Bouleire, que le comte affirmait être de son fief, sans pouvoir toutefois en fournir la preuve écrite ou verbale , tandis que l'évêque soutenait que le comte avait cette forêt à titre de gage pour 10 Livres.
La partie la plus saillante de l'acte mémorable passé entre révéque et le comte, est une convention qui, ayant pour objet Fabolition du droit de suite à Tégard des femmes, tendait à faire cesser les guerres privées, si souvent répétées et toujours désastreuses, et à changer notablement la condition des serfs. Les parties contractantes s'accordèrent sur ce point comme il suit : Les femmes serves du comte de Gruyère qui passeraient dans la terre épiscopale de Bulle, en deçà de la Tréme, ne seraient point poursuivies par leur maître, et réciproquement, révéque ne réclamerait pas les femmes serves de son ^lise qui s'établiraient sur le territoire du comte : celui-ci tiendrait dès lors les dites femmes serves en fief de Tévêque, et si elles repassaient dans la terre de l'église, elles ne seraient pas inquiétées. De plus, les hommes ou vassaux du comte de Gruyère qui auraient des terres, des
cens ou d'autres services dans la poté de Bulle, seraienl dédommagés ailleurs , de telle sorte que les dites possessions demeureraient à jamais à Févéqueet à son église, qui en auraient la paisible jouissance. Enfin, le comte et les membres de sa famille jurèrent de laisser subsister le marché de Bulle et de supprimer à toujours celui de Gruyère, qu'ils avaient établi, dit Pacte, sans en avoir le droit.
Ce traité important fut fait à Riaz, en présence de témoins considérables, dont voici les noms: Guillaume de Blonay, Nantelme d'Ecublens, Humbert de Pont et Guillaume d'Orsonens, chanoines de Lausanne; Humbert, comte de Genevois, Ulric de Corbière, les frères Pierre, Ulric et Humbert d*Ecublens, Louis, dapifer (porte-méts, ou sénéchal (?) de la cour) de Tévêque, Girod son frère, Conon, maire de Courtilles, Rodolphe, maire de Bulle, Pierre de Vulliens, Gui et Falcon, chevaliers, Girard de Bourg et Guillaume Gottrau, bourgeois.
Parmi ces personnages il en est deux qui nous aideront à fixer d^une manière très approximative Tannée de Texpédition de Facte important qu*on vient de lire, et qui n^est pas daté« Ces deux personnages sont Nantelme d'Ecublens, chanoine de Lausanne, et Humbert, comte de Genevois. Le premier figure dans une charte de Tan 1200 en qualité d'évéque de Sion et de prévôt du chapitre de Lausanne^; successeur de révéque Eudes, qui avait porté la mitre pendant deux ans^ Nantelme d*Ecublens fut élevé à Tépiscopat de Sion en 1 196. Quant à Humbert, comte de Genevois, il succéda à son père Guillaume I®^ qui parait pour la dernière
* Voyez Mém. et Doc., t. VI, p. 206-207.
' De 1194 à 1196, suivant la Gallia chHst., t. XII, p 742