CHAPITRE DEUXIÈME
le dimanche 10 janvier 1182 (nonv. st.), Tut confirmé le lendemain, 11 janvier, à Fribourg, en présence de plusieurs témoins, selon Tusage, et, pour plus de validité, il Tut corroboré par rimpression du scel de R<^er, évéque de Lausanne*. Entre autres couvents qui, fondés au XII® siècle, éprouvèrent la munificence des seigneurs de Gruyère, on a remarqué Tabbaye d'Humilimoot, qui reçut un don considérable du comte Guillaume II et de ses frères. Il est probable que la bienfaisance de Rodolphe I®' ne lui fit pas défaut. La commémoration de la comtesse Agnès dans le Nécrolc^e de ce couvent, indique assez qu'il fut Tobjet de la libéralité de cette noble dame*.
Parmi les différentes aliénations ou concessions faites it des établissements religieux par la maison de Gruyère pendant Tadministration du comte Rodolphe l®^ il faut surtout signaler celle de la seigneurie de Bulle. Le territoire de Bulle et celui de Riaz faisaient de temps immémorial partie de rOgo. Ils touchaient aux terres de Pévéque de Lausanne. Peut-être conviendrait-il mieux de dire que , depuis le XI® siècle, Riaz appartenait au chapitre de Féglise de Lausanne, et que le chef de cette église convoitait la possession de Bulle. Cette ville avec son territoire devint un sujet de discorde entre l'évêque de Lausanne et le comte de Gruyère. Ces deux voisins avaient d'ailleurs de fréquentes querelles à Foccasion du droit de suite. Une autre source de débats,
^ TradQctioD de la charte Urée des LUtera Àlfnum ÀHœripœ, dans CasteUa, Notieet histor. et génial, p. 85 (Ifoer.). Boarqaenoud {Mtcr.l p. 155; KuenliD, Die Sehtoeig in ihren Ritterburgen, t. Il, p. 357; et dans \% Dictionnaire géogr. du canton de Fribourg, t. II, p. 163.
* €xi kl. maii. Corn. Agnetis comilisse de Gnieria. -» Nécrol. de Tabb. d'Humilimont, connnuniqaé par M. Tabbé J. Gremaud.
c'était le marché de Gruyère, dont le prélat demandait la suppression au profit de son église et au détriment de la Gruyère. Le seigneur de ce pays, voulant favoriser la prospérité de son petit empire, avait établi des foires ou marchés dans sa capitale, où se faisait le commerce des vallées et des montagnes voisines. L*évéque voulait attirer tout le commerce k Bulle. Cette ville, située dans une plaine, au milieu d'une contrée animée et fertile, avait une position plus favorable au commerce que celle de Gruyère, petite cité fortifiée , sur un plateau de difficile accès. Bulle avait sur sa rivale un autre avantage, très considérable au moyen Age: elle avait une église paroissiale , connue dès le IX^ siècle, tandis que Gruyère avait seulement deux chapelles, Tune au château, à Tusage de la cour, l'autre sur un plateau, au-dessous de la petite cité féodale ; Tune et l'autre dépendaient de l'église paroissiale de S^-Eusèbe de Bulle. On sait que les églises* du moyen âge , comme les temples de l'antiquité, attiraient non-seulement les fidèles et les pécheurs pénitents, mais encore les vendeurs, et les acheteurs, qu'elles étaient â la fois un point de réunion pour les âmes pieuses, et un centre mondain, un lieu de trafic et d'échange, où se rencontraient les gens de commerce et quelquefois les amis des plaisirs.
Cependant le comte de Gruyère et ses fils, ne voulant pas sacrifier une de leurs plus belles prérogatives, celle d'avoir un marché dans le chef-lieu de leur Etat, protestèrent contre les empiétements de l'Eglise, et défendirent leurs droits les armes â la main. Les nombreuses cessions que la maison de Gruyère avait déjà faites de gré ou de force montraient assez clairement que le- clergé ne mettrait pas facilement des bornes à son ambition. Mais le vieux comte et ses fils