CHAPITRE TROISIÈME
était héréditaire, et dod personnel, à moins que quelque clause n'en eût décidé autrement. Il engageait le fils aussi bien que le père, Favenir comme le présent. Cependant, comme d'autres souverains locaux, le jeune comte de Gruyère ne se croyait pas lié à toujours par tel traité dans lequel il ne voyait qu'un acte de violence. Aussi , la paix de 1216, quoique faite sous la foi du serment et munie des sceaux qui devaient lui imprimer le caractère de l'inviolabilité, ne fut pas plus durable que n'avait été la précédente. N'étant pas scellée dans les cœurs, elle ne pouvait pas être sincère. Imposée par un des plus puissants évéques de la chrétienté ï un petit souverain laïque, elle était moins la conséquence d'un droit acquis que le résultat d'un abus de la force. Le contrat de 1216 compromettait trop les intérêts du comté de Gruyère pour que les chefs de ce petit empire pussent consentir à se voir arracher les plus beaux fleurons de leur couronne, et travailler de leurs propres mains au démembrement de l'Etat qu'avaient fondé leurs nobles aïeux.
Toutefois, la bonne intelligence subsista pendant quelques années entre l'évèque de Lausanne et le comte de Gruyère. Mais, lorsque Rodolphe II, chargé d'années, eut remis h son Gis le soin des affaires, la guerre éclata bientôt entre les deux voisins, dont l'un épiait sans cesse l'occasion d'augmenter la puissance et les richesses de l'Eglise, l'autre, le moment de reconquérir l'héritage paternel que son prédécesseur s'était laissé enlever. Quelque inégale que pût être la lutte entre le comte de Gruyère et l'évèque ou le chapitre de Notre- Dame de l^usanne, il y avait quelque chose de chevaleresque ^ Tentreprendre. Nous ignorons les détails de cette guerre pv'ivée. Le cartulaire du chapitre de Notre-Dame de Lau- ^noe, organe d'un parti, nous apprend que Rodolphe le
Jeune avait agi au préjudice du chapitre de cette église, soit en s'approprîant les revenus d*Âlbeuve et de Riaz, soit en portant les armes dans ce quartier. Le comte de Gruyère fut excommunié ^ Incapable de résister à l'anatbème fulminé par les chanoines, il ne put faire lever rcxcommunication qu'en subissant les conditions de paix onéreuses que nous ferons bientôt connaître.
Le comte de Gruyère possédait en propre, à Ogens, un domaine dont les tenanciers lui payaient un cens annuel, en raison de leur tenure. Il avait de plus dans cette localité des hommes liges, ainsi qu*k Thierrens et à Saint-Cierge. Ces hommes liges, n'ayant du comte aucun fonds de terre, étaient dans sa dépendance personnelle, et lui payaient, de même que les aubains ou les étrangers, une taille ou capitation, c'est-à-dire un cens qui reposait sur leur tête'.*
Les revenus de ces localités étaient considérables, si Ton en juge par Ténumération que fait le cartulaire de Féglise de Lausanne des tailles que les hommes liges acquittaient au temps du dernier duc de Zseringen ^ qui mourut en i218. Or, la terre d'Ogens était un fief de la seigneurie de Grandson, qui, annexé au fief de Belmont *, passa aux mains du comte de Gruyère, par son mariage avec Colombe ou Cécile, fille de Jordan, seigneur de Belmont '. Le chapitre de l'église de Lausanne se proposait d'appauvrir et d'humilier à la foi^. la maison de Gruyère et celle de Belmont. Les rapports»
" Mém. et Doc, t. VI, p. 172.
* Mém. et Doc, t. VI, p. 182 et saiv., t. IX, p. 293 et suiv.
* Mém, et Doc, t. VI, p. 182, troisième alinéa.
* La baronnie de Grandson se composait de la seigneurie de ce et de ceUes de Belmont, de Montricher et Champvent. Dans la seconcf moitié du XIIP siècle , Jaques de Belmont fat seigneur de Grands<^ Voir Mém. et Doc, t. IX, p. 354 , note 1.
» Mém. et Doc, t. Vï, p. 178-179.