CHAPITRE TilOISIÈME
entre Jordan de Belmonl et les chanoines n*étaieni pas des pins intimes. En i214 il y avait en discorde entre eux an sujet de Favouerie d'Essertines et de Vuarrens, que Jordan prétendait exercer comme un droit légitimement acquis,' tandis que le chapitre niait formellement qu'elle lui eût jamais appartenu. Jordan, vaincu par son adversaire, lui avait payé quarante sous de dédommagement ^ Depuis, en 1217, révéque avait inféodé au même Jordan le marché de Belmonl*. Plus tard, en 1225, s*éleva un nouveau débat entre le chapitre de Lausanne et Jordan de Belmont. Cette nouvelle querelle avait pour objet trois anneaux que Jordan disait avoir engagés à maître Gautier, chanoine, pour soixante sous, et qu'il réclamait inutilement, maître Gautier niant le fait et le chapitre déclinant toute responsabilité. Ce fut en vain que Jordan demanda justice ; il ne put rien obtenir'. Suivit raccord de 1227, qui frappa du même coup et la maison de Gruyère et celle de Belmont. Le comte Rodolphe 111 ne put racheter la paix qu*à des conditions telles que pouvait les dicter un vainqueur ambitieux et irrité. Non-seulement JRodolphe dut renoncer à toute espèce de droit sur Albeuve et Riaz, mais, en réparation des dommages qu'il avait causés au chapitre de Notre-Dame, soit en s'approprianl les revenus de ces deux localités, soit en y portant les armes, il fut obligé de céder en toute propriété aux chanoines de ^ftâosanne, en mains du prévôt et en présence de Tévéque, iLoat ce que sa femme Colombe, fille de Jordan seigneur de Aelooont, lui avait apporté en dot, savoir la terre d'Ogens
* Mém. et Doc, t. VI, p. 122. Ci-dessus, p. 39.
* Anno MCCXVII, ia festo béate Potamienne virginis (c'est ainsi qu'il Ssmit lire dans le Gartulaire du chapitre de Notre-Dame de Lausanne), 1^Î8 juin 1217. Mém. et Doc, l. Vi, p. 478-474.
* Voir les deuils de ce débat dans les Mém. et Doc. t. VI, p. 513-515. ■■en. ET DOCUM. X. 4
avec ses censitaires , et les hommes liges ou les serfs de la tête établis kSaiot'^ierge et k Thierrens. Le comte Rodolphe promit de faire approuver par sa femme, ses fils et ses filles, l'abandon qu'il venait de faire, et il se constitua, pour lui et ses successeurs, le l^itime garant du fief concédé, afin que le nouveau seigneur, soit le chapitre, pût en jouir paisisiblement. Il fut convenu dans Pacte de cession, que trois chanoines feraient Pestimation de Falleu nouvellement acquis par le chapitre. Si la valeur de cet alleu excédait le dommage commis par le comte de Gruyère, le surplus lui serait payé. L'estimation devait se faire dans la quinzaine de la Saint- Michel, et si elle était empêchée par le fait du comte, Talleu appartiendrait intégralement au chapitre. Rodolphe lli jura tout cela dans la main de Févéque Guillaume d'Ecublens, dans la salle de ce prélat, à Lausanne, le 18 septembre 1227, en présence de plusieurs membres du chapitre, dont l'un, le chanoine Ulric du Vanel , était sans doute un parent du comte de Gruyère *.
Nous croyons remarquer dans ce contrat un acte de partialité que couvre une apparence d'équité. L'alleu considérable que le chapitre enlève à un ennemi personnel, dont la famille avait été si libérale envers difliérentes mai*
* Voir la charte du 14 des cal. d'octobre 1227, dans notre Cartulaire du comté de Grayère. Cet acte est défectueux et altéré dans le Cartulaire du chapitre de Notre-Dame de Lausanne [Mém. et Doc.j t. VI, p. 172-173.)
Quant à Ulric du Vanel , qui figure souvent dans ce cartulaire » nous l'avons déjà rencontré dans sa dignité de chanoine en 1211 {ibid., p. 421). Il réparait ici en 1227 , ailleurs en 1229 , comme témoin d'une sentence arbitrale prononcée par Vabbé de Frinisberg, prévôt de Kœnitz [Regest. des sekvDeixer. Àreh,, p. 45). Il tenait du chapitre de Lausanne une maison et quelque bien k Belmont. Sa sœur Berthe était dame du Vanel. Le chapitre céda à cette dame le fief de son firère (au moins en partie), pour le cas où elle lui survivrait; elle en fût investie en 1285. Voir Mém. et Doc., t. VI, p. 305, 515, 586, 617, 619-620.