‹ Histoire du comté de GruyèreChapitre 47 sur 170 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Rodolphe III, dit le Jeune ^ prit une part active aux affaires. Dès lors OD voit dans les chartes son fils aloé, Pierre, agissant seul, toutefois sans porter le titre de comte avant Tannée 1270. En effet, Pierre, chevalier, dit FAiné^ est désigné simplement comme c fils de Tillustre Rodolphe comte de Gruyère, > dans une charte du mms de mars 1268 (n. st.), où , du consentement de sa femme Ambrosie , de son fils Pierre dit le Jeune, de Guillemette, femme de ce dernier, ainsi que de ses propres filles Jeanne, Perrette et Colombe, il cède à Tabbaye d'Hauterive, pour le salut de sa famille et dé ses ancêtres, les droits qu'il avait ou qulf prétendait avoir sur une vigne dite des Fosses au-dessous du Châtelet, et de même la grange de Lussy. Cette cession était munie des sceaux du chevalier Pierre et de son frère Guillaume, chantre de la cathédrale*.

Dans une autre charle du 2 février 1269 , c Pierre fils de Rodolphe comte de Gruyère », déclare qu'ayant reçu de Tabbaye d'Humilimont pour la valeur de cent sous lausannois, il n'exigera pas la dime de Marsens jusqu'à remboursement de la somme qu'il doit à ce couvent. Mais, cette dette une fois payée , les religieux , un mois après en avoir été requis, auront à se conformer à son égard au dire des bons hommes et à ce que dictera le droit. Cette charte, comme la précédente, a été scellée par les deux frères *. Parmi les témoins on remarque Olivier de Gruyère , chevalier, qui parait avoir appartenu à la noble famille de ce

* Ch. du 7 mars 1268 (pour 1267). Ardi. d'Hauterive, LUt. de PavargiisXVI.

* Ch. du 2 févr. 1269 (anno Domini Mo.CCo.LXo.VIHo. in puriBcatione béate Marie)-

nom, et Tborin de Gruyère, qui, dans tine charte de 1298, est dit bourgeois de Moudon.

Les deux chartes que nous venons de citer nous portent à croire que le comte Rodolphe, chargé d'années, ne prenait plus de part k Tadminislration de ses états. Il mourut probablement en 1269. Il est certain qu'en 1270 il avait cessé

de vivre.

Le comte Rodolphe III a parcouru une longue carrière. Son règne, sans être très brillant, ne fut pas sans gloire. Secondé par son fils Pierre, qui mérita la dignité de chevalier, il lutta, sinon avec bonheur, du moins avec énergie, contre de redoutables adversaires , Tévêque de Lausanne , le chapitre de Notre-Danie et Pierre de Savoie. Ne cédant qu*k la force et à la nécessité, Rodolphe transmit à ses descendants, avec un nom honorable, Fexemple d'une piété douce et des vertus privées. Quoique dépouillé par Tévéque et le chapitre de Lausanne de ses plus beaux domaines, Rodolphe, suivant les idées de son temps, a signalé son zèle pour la religion par diverses donations faites k des églises et k des couvents. Forcé d'abandonner, en faveur de Bulle, la foire de Gruyère, qui eût été pour ses états une source principale de prospérité publique , le comte Rodolphe créa une autre institution , qui fut utile et chère au peuple. En effet, la fondation qui honore le plus la mémoire de ce souverain , est celle de la belle église paroissiale de S^-Théodule k Gruyère, église qu'il a richement dotée. Le soin des intérêts spirituels des Gruériens fut, pour ce peuple simple et religieux, une compensation des avantages matériels dont Tévêque l'avait privé pour en doter sa ville de Bulle. La capitale du petit empire pastoral gagna en consi-

CBÂPTTRÈ QUâTHlfelfl.

ilion, en grandeur morale, ce qu'elle perdait sous le rapport du mrainerce. — Ud auire fait k jamais mémorable dans les fastes de la Gruyère, ei qui recommande au respect de la postérilé le nom de Rodolphe IIK c^est le beau iratté de 1358, coiielu avec TEgUse au profil des serfs assujeiiis au droit de suite, La cooditioa de cette classe nombreuse de vassaux non libres s*amé]iora promptement. — L'acte du 5 décembre 1264 est une nouvelle preuve de rinlërét que le comte Rodolphe prenait au développement de la liberté civile. Dans la société féodale, cbaeun avait au-dessus de lui quelqu'un dont il était Thomme. Le comte de Grnyère avait, dès rorigioe, pour suzerain le comte de Genevois. A celuici succéda Pierre de Savoie, qui soumit successivement tous les petits souverains établis dans le comté de Vaud. Le comte de Gruyère» en subissant la suprématie du conquérant sâvoisieo, changea malgré lai de suzerain , sans avoir forifail h rhonneur '.

Si le nom de Rodolphe k Jeune peut être cité par tes

Gruériens avec orgueil, celui de son frère Pierre ne doit

lélre prononcé qu'avec respect, Pierre de Gruyère ^ fils de

'Rodolphe 11 , dit tAiné, entra dans les ordres, fut moine

d'Hautcrél' et dlïaulerive^ devînt abbé de ce dernier cou-

* L*acie de cessloo du D mai ISéi (voir ci -dessus p.7&'77J dUà ta vérilé ae ftodolphe comte de Gru^'êr^ agît spantanèmeQ^ rpontanetàs ei fs rerta Km\li&. Personne ne peut se mépreadre sur le sens de ceUe lormole. Les actes de celte espèce, dictés par Pierre de Savoie , sont , du moins la pJuparl, des actes d'e^ilorsion ; il y eut sans d au te quelques exceptions. U s'est dé tout temps trouvé des hommes prompts à saluer le soleU levant. Le comte de Gruyère n'éiait pas de ce nombre.

' Pierre de Gruyère parati en quaULé de moine d'Hiutcrèt en 1 2Bi et n41 Cnrmt. de Hauuréi, p. 27T et 70.

" Eu 1^47, avrM. îbid., p. 7tï.

l£ll. ET ItOC. %, *

venl\ lui quinzième, el mourut le 24 novembre de Tan ^257^

Pierre de Gruyère devait à son mérite autant qu'à sa naissance et à son zèle pour la religion la dignité k laquelle il fut élevé, de même que la déférence et la vénération dont elle fut entourée. Pierre de Savoie, Thonorant de sa confiance , le chargea plus d*une fois de recevoir en son nom la prestation d*hommage due par des seigneurs féodaux à leur nouveau suzerain ^. Plus d'un seigneur puissant eut recours aux lumières et à la sagesse de ce prélat. Il fut consulté en mainte occasion sur des affaires importantes. Les services qu'il rendit à autrui profilèrent a l'établissement religieux dont il était le chef. En voici la preuve. Hugues (fils aine de Jean le Sage), comte de Chalons et comte palatin de Bourgogne, et son épouse Alice ou Adélaïde de Méranie, qui possédaient de grands biens dans les diocèses de Coire et de Constance, donnèrent à Tabbé el à Tabbaye d'Hauterive, avec toutes ses dépendances, Féglise de Rolh, située dans la partie actuelle du canton de Lucerne qui était comprise alors dans Tévéché de Constance'^. — Lorsque Hartmann le Jeune, comte de Kibourg, veuf d'Anne de Raprechtswile ^ , eut demandé et obtenu la main d'Elisabeth, fille de Hugues et d'Alice, il prit sous sa protection spéciale l'abbé d'Hauterive et son monastère. Pierre de Gruyère avait peut-être facilité l'alliance des maisons de Chalons-

' Il est abbé d'Hauterive dès 1250 (31 jaillet).

* < 34 nov. aoDO Domini 1257 obiit revereodus Ds. de Gnieria , abbas 15^*, » Neerol. Àltœripœ.

* Voir le Mémorial de Fribourg, première année, p. 2d0.

* Cb. du 29 novembre 1253. Kopp, Geseh, der eidgen. Bûnde, t. ÎI, 2me pari., ou L. IV, p. 14 et 15 et la note 2.

' Autrement dit Rapperschwyl ou Rapperswyl.

iAPlTBE aiJATBIÈliS*

Bourgogiïe et de Kibourg. Quoi qu'il en soit, on ne saurait douter que Tabbé dllaaterive n'ait été chargé par le comie Ilârimann d'une mission délicate dont il parah s'élre acquitté avec sticecs. Cest pourquoi le comte palatin de Bourgogne et la comtesse, trop éloignés de Tabbaye d'Haiitertve pour pouvoir ta protéger d*one manière efficace, la recommandèrent expressément au comie Hartmann, leur gendre, et à la ville de Fribourg*. Le comte Hartmann, k son tour, transmit son droit de protection h Tavoyereià la ville de Fribourg^ , et invita d'une manière pressante les nouveaux patrons d'Hatiterive à faire rendre k cette abbaye ce que Conrad de Vivier, chevalier^, lui avait enlevé pendant que Tabbé était absent, occupé de la mission que le comte Hartmann lui aVait conûée"^. 11}^^ P^^^'- après la mort de Tâbbé Pierre de Gruyère, le comte Hartmann et sa femme coulirmèrent la donation de l'église de Rolh, que tes parents de la comtesse Elisabeth avaient cédée au couvent d'Hauterive*. L'élévation de Pierre de Gruyère au siège abbatial d'Hauterive avait augmeûté la considération et les richesses de ce couveni.

Le comte Rodolphe Hl fui marié deux fois, 11 n'eut pas d'enfants de sa seconde femme Guillemette, issue nous ne savons de quelle maison , et qui paraît dans des chartes authentiques de 124i et i257. Sa première femme, Cécile on Colombe^ de Delmont, mourut au commencement de

^ Cb. d« 1953^ dans te Recueil dipiûm ^ l. I , p. 75. Ko pp. ibid.

' Recueil iiifihm. , I. 7 fi

' Conrad de Vivier fui aboyer de Friboiirg en 1270.

* Cb. ûe 115'd» dans le Btcimldiptom,. h 7S.

' Ch datée deCaslelen, 13 avril HBl. Kopti, ihid., p. 15.

* Bflnâ le C;irtulaire du chapitre de ^otre-Dame de Lausanne » eeue

Tan 1258, après lui avoir donné deux fils: 1^ Pierre, qui suit; ^^ Guillaume, qui entra en religion; et trois filles : 1^ Agnès, qui épousa Rodolphe, coseigneur de Greis; ou Greysier (Grézy-sur-Aix, en Savoie), issu de la maison de Faucigny \ k qui elle survécut. Agnès mourut veuve en 1285, après avoir légué aux religieuses de Belvaux sur Lausanne plusieurs bijoux, par Tentremise de Fabbé d'Hautcrét*. 2^ BicUrice^ qui mourut jeune. Elle ne vivait plus en 1232^ 3^ Juliane ou Julienne^ qui mourut quelques années après sa sœur Béatrice. En 1237 elle avait cessé de vivre.

Guillaume , fils cadet du comte Rodolphe , était entré en religion comme son oncle, et, comme lui , il se distingua par ses vertus et ses talents. Guillaume ne tarda pas h être chanoine de Téglise de Notre-Dame de Lausanne. Il joue un rôle important dans l'histoire de celte cathédrale. En 1234, on le remarque parmi les commissaires de cette église choisis pour traiter avec les Dominicains, qui s'étaient établis k Lausanne, et qui, sans Fautorisation du chapitre, avaient commencé sur son territoire la construction d'une église et d'un couvent. On convint d'un arrangement, qui permit aux frères prêcheurs d'achever la construction qu'ils avaient commencée, et qui régla ce qui concernait l'exercice

comtesse est toujours appelée Columha, Elle a le même nom dans deux chartes originales de 1934 et de 1231. Dans d'autres documents authentiques de 1232, de 1234 (pour 1233), et de 1239, janvier 17 (pour 1238) et avril, elle est appelée Cecilia. Le 23 févr. 1238 ( pour 1237) elle éuit morte depuis peu, < nuper deAincta », comme il a été dit ci-dessus, p. 58 et n. 3.

* Mém. et Doc, t.?1 . 1" partie, p. 259. et t. V. I^e partie, p 176.

' Du mariage d'Agnès de Gruyère avec Rodolphe de Greisy éuit peutêtre issue Isabelle de Greisy, femme de Jean , seigneur de Prengins. Mém. et Doc, t. V, 1'* part., p. 176, note 603.

' On Ta confondue avec sa tante Béatrice de Gruyère, femme d*Aimon de Blonay.

CiUPITRIi QtlATRtfcllS.

du ctill€ de la part des deui coogrégalions'. Ce Tul Guillaume qui, en 1259, codcIuL au nom de son père, avec le chapitre de Téglise de Noire-Dame de Lausanne, le traité de paix qui mit fin a ta longue querelle dont nous avous raconté les délaits. Ce Tut encore lui qui , en 1244, servit d'intermédiaire entre son père et Pierre de Savoie, et qui veilla sagement auï lotërèts de sa famille. En 1240, Guillaume de Gruyère apparaît en qualité de prévôt de l'église deNeuciiâtêl^. Dès celle époque on le voit élevé à la dignité de chantre de la cathédrale de Lausanne et de chancelier de TEIu on de Tévêque Jean de Cossonay*, doiil il avait appuyé la candidature contre Philippe de Savoie, îi qui te parti savoisien, plus nombreux que le prti national, donna sou suflrâgep

k Guillaume de Gruyère, premier dignitaire de révéque de Lausanne, nous apparaîtra encore au commencement du règue de son Trère aiué. Dès Tan 1272, il ne laisse plus de traces daus Tbistoire ^.

• Mém. ei no€., t, Vr, p. 611-613, ei 613-615*

• Cb. c)a 26 ocu IVII kal nov.i lîdO. Ibid., p. 7î C*«st$»m dûuie p^r nne erreur de copiste que dans les MM^ lîf Dor. , t. V , à b l""* table généalogïque. la dignité de ptétùi de l'église de Neucbàiet esl atiribiiée (en 1Ï49 pour H40j k Guillaume de Conona^. personnage d'ailleurs ineonnu.

■ Jean de Cossonay ne fui consacré éviJque que depuis là paix d'Kvîan.

• Câsiella, û^&sesNo^ngénéaL et histori^utt, eu après lui. Bridel. dans h^Mém. ci Doc, t. I, p. ^59, out dit que, en 1334, le chapitre de N.-D* de Lausanne chargea GuUlauine de Gruyère, irhorier , de la fonilication du Tillage de S^-Prex, que les SaTalsiéns , traversani le bc . ve- Dâiem attaquer et piller pendant là nuiL 11 y a l^ une erreur. Guillaume le trésorier du Chapitre et le clianoine Guînaume de Gfuyère élareni deux personnages différents, comme il résulte de plusieurs documeuis ok ces deux religieux paraissent ensemble. Vojez, p. ex , le Cart. dn cfaap.deK. O. de Laus., p. 613 ^ch. de 1234), 615 (cb. de 19351, 174 (cb. de 1^34}, 73 (cb. de \2iQ\ et une charte du 33 révr 1938 (Vil kul m art I'2£i7] dans notre reeui:iL

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