CHAPITRE CINQUIÈME
envers la maison de Savoie , se livra sur les bords de TAar UD combat qui soumit la cité de Berne au roi des Romains. Pendant les jours d'agitation, de désordres et.de troubles causés k Cologne et dans les environs par l'adresse d'un imposteur , qui avait réussi auprès des mécontents et des gens crédules à se faire passer pour Frédéric II, bien que ce prince fût mort depuis trente^juatre ans; pendant ces joors de tumulte et de détresse, plusieurs villes et contrées du Rhin et de la Burgondie avaient arboré l'étendard de la révolte. Lorsque le faux empereur eul été démasqué, pris et livré au supplice, le roi Rodolphe donna d'abord tous ses soins au rétablissement de Tordre dans les provinces rhénanes, à la soumission des vassaux insultés de la Souabe et d'autres contrées, au maintien de l'autorité royale; après quoi il revint avec une armée considérable dans les pays de la Burgondie, qu'il n'avait pas revus depuis sa dernière visite à Lausanne et à FribourgS II vint mettre lésine devant la ville de Berne , au commencement du mois du juin 1288. Berne sympathisait avec la Savoie. Elle s'était unie à ce pays par deux traités d'alliance, dont elle avait conclu l'un en 1266 avec Pierre, l'autre en 1268 avec Philippe*. Durant l'interrègne qui suivit la mort du roi Richard, Berne s'était mise sous la protection du souverain de la Savoie, adversaire de la maison de Habsbourg. La ville de Fribourg, au contraire, après avoir recherché et obtenu la protection de la Savoie ', étail devenue la propriété de la maison de
' Dans raatomne de 1385.
* Voyez an acie relatif à ces deux traités dans le RecuMl diplom. du canton de Fribourg, toI. I, p. 104.
• Le 18 janvier 1263.
Hab8boul^-Aut^iche^ Berne n'eoviait point le sort de sa sœur. Quoique cette ville eût beaucoup souffert de deux incendies , la bourgeoisie , encouragée par son vaillant chef, Favoyer Ulric de Bubenberg, soutint bravement le fer et le feu des assaillants, et les contraignit à lever le si^e.
La guerre était dirigée k la fois contre la cité de Berne, la Savoie, le comte palatin de Bourgogne et le comte de Montbelliard, tous hostiles au roi des Romains. Rodolphe força Montbelliard', et vint renouveler le siège de Berne. Au bout de cinq semaines d'efforts inutiles, et après avoir tenté une attaque contre la ville basse au moyen de piles de bois allumé poussées par le courant de TAar, le roi Rodolphe leva le siège pour la seconde fois% et gagna Fribourg. Mais, décidé à vaincre la résistance des Bernois, il mit des garnisons dans les châteaux d'alentour^. Dans une sortie que firent les Bernois, attirés par un faible corps que commandait le duc Rodolphe de Souabe, Tun des fils du roi, ils s'avançaient jusqu'à la Schosshalde, plateau situé à vingt minutes de la ville, lorsque tout à coup ils furent enveloppés par le gros de l'armée ducale, et entièrement défaits, malgré leur bravoure. Nos anciens historiens* rapportent à cette occasion un fait mémorable. Au fort de la mêlée, l'ennemi allait s'emparer de la bannière bernoise ; déjà il en avait arraché un lambeau, quand un soldat bernois, nommé Jean de Gruyère^ recueillant ses forces, emporta ce drapeau
' Le 26 DOTembre 1277.
* En juillet 1288.
' Le 14 septembre 1288.
* Kopp, t. II. 2« partie, ou L. IV, p. 403-404.
* Jnstinger, Berner -Chronik, p. 46, et, d'après lui, Tschadi. t. I, p. 197.
* « Hanns von Gryers. » D'autres disent Walo de Gruyère.