CHAPITRE CINQUIÈME
qui avait si souvent conduit ses compagnons \k la victoire. Lorsqu'on demanda le nom de Thomme vaillant qui avait sauvé la bannière, les soldats répondirent: Cest le preux de Gruyère^ Dès ce jour la famille du brave ne fut plus désignée que sous le nom de Preux \
Le combat de la Schossbalde eut lieu dans le mois d'avril de Tannée 1289. La ville de Berne, vaincue et considérablement affaiblie par ce revers, passa sous la suzeraineté immédiate de rEmpire". Fribourg, de son côté, fit le serment de fidélité aux ducs d'Autriche, fils du roi des Romains ^
Le roi Rodolphe I®' avait consacré son règne aux intérêts de la couronne, sans négliger toutefois ceux de sa famille. Il avait su maîtriser les ambitions particulières, établir Tordre dans ses vastes états, et les gouverner avec gloire. Par sa mort, arrivée le 1 5 juillet 1 29 1 , TEmpire fut ébranlé jusque dans ses fondements. L'édifice élevé par Ténergie et Fhabileté de ce prince fut menacé d'une prompte dissolution. Les grands feudataires, les seigneurs et les cités profitèrent de ce grave événement, les uns pour établir leur indépendance , les autres pour se soustraire k la domination des grands feudataires. Des ligues se formèrent dans la Souabe. Les pays burgondes entre le Jura, TAar, la Reuss et le Rhin, ne restèrent pas paisibles spectateurs du drame qui se développait. Zurich donna Texemple d*un élan spontané. Cette cité, d'ailleurs fidèle à l'Empire, ne voulait qu'opposer une bannière aux projets
' «der Biderbe vod Gryers- »
* Justinger dit qu'il y avait encore de son temps (au XV« siècle), à Berne, des bourgeois du nom < de Biderben, > ou de Preux.
* Voir Kopp, t. II, 2« partie, ou L. IV. p. 405-410.
* Kopp, i6tci., p. 412.
ambitieux de la maison de Habsbourg-Autriche. Les Waldstetten ne tardèrent pas à suivre cet exemple et k s*allier h Zurich. La ville de Berne, épuisée par le désastre de 1289, chercha son salut dans une alliance avec la Savoie. Le comte AmédéeV, qui séjournait alors au couvent de Payerne, ville dont il avait repris possession \k la mort du roi , déclara par lettre patente du 10 août 1291 , qu'il accordait son appui aux bourgeois de Berne, qui Pavaient choisi pour leur protecteur, en attendant qu'un nouveau chef de l'Empire» capable de les protéger , vînt en Alsace ou k Bâie. Tous les hommes de Berne, dès Tàge de quatorze ans, s'engagèrent, sous la foi du serment, ë observer l'accord foit avec le comte de Savoie ^
Au bout d'un interrègne d^environ neuf mois, Adolphe de Nassau fut élu roi des Romains. La ville de Berne le reconnut aussitôt. Adolphe étant venu à Zurich , confirma les chartes que Berne avait reçues du roi Rodolphe. Il visita même la ville de Berne et en fut bien accueilli. Cette cité ayant trouvé dans le nouveau chef de l'Empire son prolecteur naturel, la charte du comte Amédée (du 10 août) cessa d'exercer son action. Néanmoins cet acte, destiné k parer les coups de la maison de Habsbourg - Autriche, fut considéré par celle-ci comme un acte d'hostilité contre la ville de Fribourg, qui lui appartenait.
La guerre éclata bientôt entre les deux cités rivales et leurs alliés. Les détails de cetle guerre sont épars, confus, difficiles !i démêler, les chroniqueurs et, après eux, les histo-
* Voir le Mémoire de M. l'ancien conseiller d'Etat Fetscherin sur la Gommane de Berne, dans le recueil intitulé Abhandlungen des hisiorischen Vereins des Kantons Bem, 3* année, !«' cahier, p. 59-60.