‹ Histoire du comté de GruyèreChapitre 68 sur 170 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Cesl en souvenir des pieux fondateurs de la Part- Dieu, que ce couvent prit pour armoiries e( porta dans son sceau une grue d'argent, surmontée de la viei^e Marie, la léte couronnée d'étoiles, et tenant dans ses bras Tenfant Jésus, orné d'un nimbe ou d'un rayon lumineux tracé autour de sa tête.

Le couvent de la Part-Dieu s'enrichit de nouvelles acquisitions. En février 1308\ le comte Pierre ajouta aux dons qu'il lui avait faits celui d'un cens annuel de treize sous. En 1510, Jean de Weissenbourg, fils de Pierre défunt, assura au même couvent une rente annuelle de dix sous monnaie de Lausanne, qu'il assigna sur des prés situés dans la Gruyère'. Il pria le comte de Gruyère, son supérieur féodal, d'apposer son scel k cette donation^. Par acte du \^^ mars 1520, Catherine de Weissenbourg, femme du comte Pierre, disposant de la somme de 200 livres lausannoises, que son mari lui avait promis de payer aux religieux qu'elle désignerait, pour la guérison de son âme et le salut d'autres personnes qui lui étaient chères, offrit cette somme aux moines de la Part-Dieu ^.

au nombre de quatre, et que le clerc omit par inadvertauce le nom de Contessète, veuve de Rodolphe de Monlsalvens, laquelle vivait encore en 1318, comme on le verra plus tard.

Le Contervateur guiss9, t. V, p. 869-378, a donné une traduction abrégée de la charte de fondation de la Part-Dieu.

^ « mense februarii anno Domini M^.CCC^. septimo » (v. st.). Archives de la Part-Dieu, à Fribourg.

* « in locis Domingoz et Ennex (EneyJ dictis in terra Grueria. >

* « karissimi domini nostri. > Voyez ci-dessus, p. 93.

* Ch. du mois de juillet 1310. Ibid.

^ « Datum Gruerie sabbato |K>st festum beali Malhie apostoli anno Dni M'.CCC». vicesimo. » Ibid.

Depuis, Pierre de Gruyère , seigneur du Vanel, qui Tenait d'être admis au rang et aux honneurs de la cheTalerie, le même qui en 1507 avait adhéré ^ la fondation de la Part-Dieu, donna une nouvelle marque d'intérêt 9i ce monastère, en déclarant que, sans retenir qui que ce fût, il accordait de bonne foi à toute personne qui avait re^u de lui un don justement, de suivre le mouvement de sa conscience et rinspiration d'en haut, et de consacrer ce don, pour le remède de son âme et le salut du dit seigneur Pierre, à la chartreuse de la Part-Dieu, fondée par Pierre, comte de Gruyère, oncle du cédant, afln qu'il servit k la construction d'une église, de telle sorte que le donateur ne devrait satisfaction ni à Dieu ni au seigneur du Vanel pour le don qu'il aurait fait au dit couvent ^

Dix ans plus tard, le comte Pierre, devenu,. à ce qu'il paraîtrait, l'héritier d'un de ses vassaux, donqa au même couvent une rente de 14 sous, pou/ le repos de l'âme du défunt*. L'année suivante, le même comte, du consentement de sa femme Catherine de Weissenbourg.et de ses neveux, Pierre, seigneur du Vanel, et Jean, seigneur de Montsalvens, céda aux religieux de la Pàrl-Dieu, en pur, libre et franc alleu, pour la somme de deux cents livres de Lausanne,

t^ « Data» iv Graeria auDO Pfkmini M''.CCC''.XXVn''. in vigUit beati Mathie apostoli » (23 février). Ibid. — Cette charte a été interprétée d'ane manière bien différente par l*abbé Girard, dans ses Tableaux tuiuet» p. 16, et par le Gesehiehtforscher, t. XUI. P- 147 ei suivante. Il paraîtrait d'après eux que Pierre du Vanel abandonnait aui^, religieux c(e. la Part-Dieu tout ce qu'ils auraient reçu injustement, à son préjudice « de.la^,piirt du comte de Gruyère, pendant que celui-ci était tuteur de ses neveux pierre et Jean. Nous ne trouvons rien de pareil dans la charte du 23 février 1327 , dont nous venons de donner, à dessein, une traduction presque littérale. Nous pensons que les auteurs cités dans cette note n'ont pas eu sous les yeux la charte originale. L'abbé Girard la rapporte par erreur à l'année 1825.

. * Voir le Gesehiehtforscher, t. XIII, p. 136 et suivante.

CHJLPtTBE SIXIÈME.

yn boTs avec UD fonds et des prés défrichés dans la dite foret 1 y compris le cours de la Trême dans l'étendue des biens concéilés jusqu'au pas de Soucens, le tout sous réserve du droit de haute justice V

Le 9 septembre de Tanoée 1S39, le comte de Gruyère fit avec Antoine, prieur de la Part-Dieu, compte final des

200 livres susdites, et Nicolas Psalleri de Lausanne, prieur de Rougemont, apposa son scel h cet acte^ Le â6 mai de Tauuée suivante, le comte donna quittance des 200 livres, qui lui avaient été payées intégralement \ ut

La vente dont nous venons de parler fut confirmée e» 1540 par le souverain de la Gruyère, du consentement de sa femme Catherine, de Pierre, seigneur du Vanet, et de Jean de Moutsalvens, ses uevetix^. Dans le mois d'avril de Tannée suivante, le comte Pierre, de l'aveu de sa femme et de ses neveux, céda ^ la communauté delà Part-Dieu, pour le prix de 180 livres de Lausaune, un cens annuel de

201 sous, à percevoir sur plusieurs tènemeuts situés dans le mandement de la Tour-de-Tréme* Il doana ordre aui censitaires de payer a Tavenir le cens au couvent qui en était devenu le possesseur*.

La Part-Dieu, comme divers autres couvents, augmenta sa fortune de legs que lui firent les membres de la noble maison de Gruyère» legs qui pourront être meatîonnés dans le

' Clï do 12 décembre 133S, parmi lés litres dé la Pan-Dieu. ' i Dnum dSe Jo?is posi testum uaiivitatis heaie Marie anno Domini M' CGC", iricesimo nooo. » îhid. Cliari« annexée à la précédenle*

* « Datum die Veneris post asceusionem Domitii anoo mîllesimo CCC°. i|U2idr.tgesimo. * Ihid, , annexe.

* • Dalum înense j^Duârfi anno Domini mMlesimo tffcente^imo f|ua*< drigeâinia> iv si ). !bid

* Ch. du tùùh d'avHl 1341 tbid.

cours de cel ouvrage. Le même couvent eut à se louer de la libéralité des seigneurs de Corbières et de plusieurs autres personnages. Vers le milieu du quatorzième siècle, Guillaume de Bossonens, bourgeois de Vevey, lui offrit en pur don une maison qu*il possédait k rentrée orientale de cette ville et quatre vignes qui en dépendaient*. Louis de Savoie, seigneur du Pays de Vaud, lui accorda la faculté de faire paitre le bétail de la communauté sur les pâturages communs de la chàtellenie de Vauruz et de Riaz'. Plus tard le même prince eiempta les religieux de la Part-Dieu du paiement des lods de tout ce qu'ils achèteraient dans la baronnie de Vaud. Les comtes de Savoie conûrmèrent les privilèges de cette chartreuse avec le même soin quMIs mirent à r^M)nnaitre et approuver ceux de la Val-Sainte.

La chartreuse de la Part-Dieu possédait des biens considérables. Elle a puissamment contribué aux progrès de la culture dans la plaine et sur les monts. Elle était vénérée dans tout le pays de laTlruyère, et bien au delà de ses limites. Ce n'était pas au prétendu buste en argent de la comtesse Guillemelte, < sa fondatrice, > que cette maison religieuse devait le respect dont elle était entourée ^ La Part-Dieu, comme la Val-Sainte, devait sa réputation et sa fortune aur mœurs austères, à la piété humble et au rude

^ Celte maisoD, contenanl un pressoir et uo « chétif abri > pour loger le produit des vignes de la Part- Dieu, fat abattue, lorsque la municipalité de Vefey eut démoli la porte orieotale de la ville qui y était attenante, et transformée en un grand et bel édifice, dont l'Etat de Vaud fit Tacquisition en 1854, six ans après la suppression du couvent qui en élait propriétaire.

* Charte du 10 mai 1336 (?).

* Ce travail , que l'on montrait à la Part-Dieu comme un monument précieux, n'était, selon toute apparence, qu'un reliquaire d'une date assez moderne.

GHAPtîHB 6IX1ËIIE.

labour de ses moines. Les chartreux se sont parloui établis dans des contrées âpres, sévères comme la règle de leur ordre, sauTâges comme le dëserl montagneux doot ils prirent le nom et où se forma leur premier établissement. Nulle part ils n'ont cherché autre chose que la solitude, des bots, de Teau, un lieu propre à la cultuie, ou des pâturages. Prier, défricher le sol, élever du bétail, telles étaient les occupations principales de ces religieux. Les moines de St.-Bruna sortent rarement, vivent retirés, sont nourris pauvrement el grossièrement vêtus; ils travaillent beaucoup ^ parlent peu^ se lèvent toutes les nuits pourcbanter les louanges de Dieu» font de longues prières, de frétiuentes lectures, et observent en tout uneeiEacte discipline. Ces exercices de dévotion et la pratique de vertus sévères, augmentaient, au moyen âge, la vénération dont les char t rem étaient l'objet et les richesses qu'on leur offrait comme uu moyen de gagner le ciel. La Part-Dieu devait en partie sa renommée à la fraîcheur d'une eau pure qui jaillit h une demi -lieue du PlaneXi à deux lieues el demie au-dessus du couvent, et qui, de même que Teau de ta cbartreuse d'Oujon, avait reçu le nom de iM bomw fontaine^ parce que la foi populaire fui attribuait une vertu miraculeuse. De nombreux pèlerins visitaient la bonne fonta\n€t dans Tespoir d'y trouver la guérison de leurs maux. Cette eau salutaire était pour le couvent mémenne source de revenus, parce que les malades qui venaient y chercher la santé du corps apportaient une oITrande a la cbarlrouse du MolésonV

* Cela rèsutle du fait que nous ailons rapporlçr. « Ensuile des plainte*

* de la Farl Dieu , que des offrandes fatles à ta foolaine du Molé^n, daiii^

* !i;i monlagne de Ptanes» qui était visitée par de oomtireux pèlerins dan^ » l'f.<|ioiF d*une guérison de lears inlirmiléâ^ lui avaient été enlevées > un

Le nécrohDge de Tabbaye d'Hnmilimont a marqué le jour oà la comtesse Guillemette pratiqua la bienfoisance eq^ers ce couVenlS Ce joar^lk, les religieux célébraieot on senrioe annuel en mémoire de la donatrice. Entre autres dons^ Guillemette leur avait accordé» par une disposition testamentaire', le droit de prendre dans la forêt de Noirmont' le bois de chauffage et le bois de constrnction dont ils auraient besoin.' Le comte Pierre, son fils, confirma celle concession par acte du mois de décembre 1509*.

Le prieuré de Rougemont , qui devait son origine à la maison de Gruj'ère, ne fat pas oublié de la comtesse Guillemette. Par donation entre vifs, et du consentement du comte Pierre, son fils, ainsi que de Taveu de ses petitfr-fih Pierre et Jean, cette femme charitable institua une aumdne perpétuelle, pour une hrgesse à\ie presbytère, que le prieur de Rougemont ferait au jour anniversaire de la donatrice, et pour une distribution de vivres aux pauvres. Elle con-*«

» monitoire fut adressé à tons les préposés d'églises , de sommer publi-'

> quement dans lenrs églises, sons peine d'excommunication, tous lesdé- » lenteurs d& pareilles offrandes, de les rendre au prédit couvent, dans le » 'terme dé ilix jours dès la prédite publication, et, dans le cas où ils se » croiraient en droitde les garder, de paraître le 90 novembre 1364 dans la » maison de l'oûieial BelUc, pour justifier de ce droit (29 octobre 1364). » Aucun contradicteur n'ayant paru au dit jour, le prédit officiai ordonna » à tous les préposés d'églises d'exécuter le monitoire sous peine de leur

> propre excommunication (90 novembre 1364). » Note extraite des archives de Fribourg et communiquée par M. le colonel I>aguet , archiviste' d'Etat.

* < Nov. 22. Domina Wuillermeta comitissa de Grueria fecit nobis mulla bona. » Nécrol. d*Humilimont, sur parchemin. (Communiqué par M. Tabbé Gremaud )

* « legatura. »

* c in nigromonte. »

* Anciennes archives du Collège de Fribourg.

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