CHAPITRE PREMIER
Z^ La villa Roda de notre charte n'est pas la petite ville de Rue, comme on Ta prétendu souvent; Rue ne faisait point partie de TOgo. Roda ou Rota ' dont il s*agit ici, est le village de Riaz. Il est dit dans une charte du 28 octobre 1074* qu'un comte nommé Bourcard' donna à Téglise de Notre-Dame de Lausanne des terres sises à S^Aubin dans le Vully, en réparation du mal qu'il avait fait au cimetière et il l'église du Sauveur à Roda (Riaz)/ Or une charte de Tan 1213 atteste que l'église de Rota en Ogo, c'est-à-dire de Riaz, avait des terres à S^Aubin en Vully^.
4^ Enfin, Riaz avait un cimetière dans ces temps reculés, tandis que ce n'est qu'au commencement du XVII® siècle qu'un cimetière fut établi à Rue. L'évéque de Lausanne en permit l'érection par acte du € penulliesme avril 1613 > ^.
De tout ce que nous venons de dire il résulte que la villa Roda de la charte de 923 est le village de Riaz , près de Bulle, et que cette charte se rapporte à un comte d'Ogo, nommé Turimbert.
Les successeurs immédiats de Turimbert ne sont pas connus. Sans nous aventurer dans des conjectures pour trouver les comtes qui le suivirent, nous n'en commencerons la liste qu'à l'époque où on peut la vérifier. Il faut pour
* Voyez noire Introduction, ou Mém. et Doc, t. IX, p. 141.
* V. Kal. Douembris, régnante imperatore Henrico (IV) , octavo decimo anno. — Borcardo episcopo (Lausannensi). Mém. et Doc, t. VI, p. 209-
' < Bucco, » qui est une forme abrégée ou altérée du nom Burcardus ou Borcardus. Le père et le fils, Tun comte d'Oltingen, Tautre é?êque de Lausanne, avaient le même nom.
* I6fd., p. 209.
» /6id., p. 431.
* Lettre de M. l'abbé J. Gremaud, du 8 juillet 1858.
cela descendre jusqu'à Guillaume I®^ séparé de Turimberl par un siècle et demi. L'histoire authentique des comtes de Gruyère remonte jusqu'au onzième siècle; au delà on se perd dans les incertitudes et les récits fabuleux.
Mais avant de franchir Tespace qui sépare les deux comtes que nous avons nommés, voyons quelle fut dès Porigine la situation personnelle et politique des souverains du petit empire dont nous écrivons Thistoire.
On sait déjà que le comte d'Ogo était un des ofBders du royaume de Boui^ogne transjurane ; que, dans cette haute contrée, couverte de forêts, entrecoupée par des torrents, il exerçait le droit de justice pour les eaux et forêts, la^rtfem, comme on l'appelait, d'où le pays a pris le nom de GRUTiRE^ Les grands-gruyers, comme d'autres hauts fonctionnaires, profitant de l'affaiblissement du pouvoir royal — et de l'exemple donné par les fondateurs mêmes des deux royaumes de Boui^ogne', — rendirent leurs titres et prérogatives héréditaires dans leur maison, et s'érigèrent en seigneurs propriétaires dans les lieux dont ils n'étaient que les magistrats.
Mais c'est une erreur de croire que les comtes de Gruyère ou d'Ogo s'élevèrent dans la suite au rang de souverains immédiats n'ayant au-dessus d'eux que l'empereur ou le roi des Romains. Cette erreur commune, que nous avons nousmême longtemps partagée , a besoin d'être rectifiée. L'histoire des comtes et du comté de Gruyère bien comprise n'en sera que plus intéressante; plus vive aussi sera la lumière qu'elle répandra sur les destinées des divers Etats qui entouraient cette petite monarchie pastorale.
' Voyez notre IfUroâuctûm , p. 48 et suivantes. * Ibid., p. 19 et 89.