CHAPITRE HUmÈHB
entre peuples voisins V De là des querelles et des riies* Or, dans ces temps de guerre incessante , il ad vin! que des gens de Bulle, sujeis de Pévéque, tuèrent ou blessèrent plusieurs hommes du comte de Gruyère, hâbitanis de la Tour de Tréme, qui, les armes h la main, avaient attaqué et poursuivi jusqu*à Bulle Jean de la RocJie» donzel, cbàlelain de celte ville, mis le feu au village de Riaz ei ravagé le pays. La guerre allait éclater entre le comie et l'évêque» lorsque des amis communs, le sire de la Tour-Châiillon en Vallais, Pierre Franeisis, chanoine de Lausanne, Jaques de Vilar, curé de Froutigueo, Mermet Cursillmont et Mermet Gros, sautier de Fri bourg, envoyés par ta communauté de cette ville, vinrent pour rétablir ta concorde entre les deux partis. Mais révêqoe de Lausanne^ et le comte de Gruyère, considérant que des traités de cette nalure n'ont ordinairement lieu qu'après des négociaiions assez longues, et craignant qu'entre temps la haine mutuelle de leurs sujets ne fit ex* plosion, et ne vint mettre un obstacle au succès de la conveuiion proposée par le sire de la Tour et par les commissaires fribourgeois , convinrent spontanément de conclure, pour eux et leurs aides, une bonne et solide trêve, qui devait durer dès le jour même du présent accord jusqu'à la fête de la purification de la Vierge, c'est-à-dire du 27 novembre 1335 jusqu'au 2 février 1334. Les deux parties s'engagèrent h ne point permettre h leurs sujets de se faire réciproquement quelque mal durant la trêve, et à réparer^ chacune en ce qui là conceroait, tout dommage qui pourrail
^ « solîto inter aecolas odio > Tacitf , Eist., V, l, ' Jean de noussillon.
élre commis par leurs gensS Un des articles da traité définitif ^ conclure comprenait réchange de certains droits et immeubles que Févéque possédait dans la paroisse d*Albeuve, contre des fonds et cens de même valeur que le comte possédait en deçà de la Tréme. L'échange dont les deux parties étaient convenues devait d'abord s'effectuer dans l'octave de la St.-Jean de i 354 , puis — en conséquence d'un nouvel arrangement — dans l'octave de la fête de Stc-Marie-Madelaine; mais, le 26 juillet eut lieu un nouvel accord entre l'évêque de Lausanne et Rodolphe de Blonay, chevalier, seigneur de St.-Paul, la qui le comte de Gruyère avait donné le pouvoir d'agir en son nom. L'échange en question fut ajourné au lendemain de la nativité de la bienheureuse Vierge Marie, c'est-à-dire jusqu'au 2 janvier 1535'.
La paix entre le comte et l'évêque ne se fit que quelques années après cette convention. En attendant, les deux partis s'observaient. Une étincelle pouvait rallumer la guerre.
Non loin de là, une querelle qui s'était élevée entre Fribourg et Jean de Wolqueswile ^, donzel, fut pacifiée à la demande de Pierre de Gruyère, seigneur du Vanel , chevalier, bourgeois de Fribourg, et de quelques autres amis de cette cité *.
^ < Datum die sabbati ante festum beat! Andrée apostoli anno Di. mUlesimo CCC°. tricesimo tertio. »
• « Dat. Lausanne die XXVI mensis julii anno Dni. M°.CCC"*».XXX"«. quarto.
• Walcheswile, Welcheswiler, Varquisill, Wolkeswille, auj. Wolgiswyl, hameau fribourgeois situé près du Gotteron, au-dessous de Ta?el.
• Ch. du vendredi après le jour de la chaire de St.-Pierre 124 février) 1335. dans le Recueil diplomat. dutanton de Fribourg, II, 146.
CHAPIfRE HUITIÈME.
ï ces temps de violence, les incursioDs et le ptllage se renouvelant sans cesse, les villes et les seigneurs seotaieul le besoin de se garder et de se tenir constaintneot sur la défensive. Le comte de Grujère, dans la crainte d'une surprise ou d*un coup de main, entretenait une bonne garnison dans la citadelle, siège de son petit empire. Le droit de guet, racheiable en temps de paix, était exercé avec sévérité daos un temps de trouble et de crise publique, Ud document de l'époque dont nous parlons nous fournit h cet égard un petit détail assez curieux. Des tenanciers de St,-Saphorin (Lavaux) devaient h leur seigneur et h sa suite un repas annuel. Le comte de Gruyère, dont ils tenaient un fief lige, convertit cette redevance en un cens de huit setiers de vin blanc, et un droit de 14 sous au changement de seigneur et de vassal; mais il se réserva le droit de guet et de garde, en vertu duquel les dits tenanciers se^ raient tenus, en cas de guerre, de lui envoyer un homme pour faire la garde de son château de Gruyère pendant trois Jours et trois nuits. Le comte ^ de son côté, devait nourrir cet homme pendant qu'il s'acquitterait de ce service militaire.
^^ La maison souveraine de Grujère ne négligeait aucune occasion de se fortiner par des alliances ou par des traités. Le comte Pierre III était intimement lié avec la maison de Wdssenbourg par son mariage, avec la ville de Fribourg par ses sympathies et par un contrat de combourgeoisie, avec Louis de Savoie par une convention. Son neveu, Pierre, seigneur du Vanel; était, comme son oncle, bourgeois de
206 HISTOIRE DE hk GRUYÈRE.
Fribourg. Il avait épousé en secondes noces Catherine, de la maison de la Tour-Châtillon en Vallais, qui s*était établie dans les hautes àlpes. H était beau-père de Girard de Grammont, seigneur de Montferrant, de Pierre, comte d'Ârberg, et beau-frère de Henri de Straetlingen. Il ambitionnait Thonneur et Tavantage d'une alliance matrimoniale avec la maison de Kibourg, dont il partageait les sentiments politiques. Une des filles de Pierre du Vanel devait épouser un des fils d*Eberhard, comte de Kibourg et landgrave de Bourgogne. Le contrat de mariage était scellé. Nous verrons plus tard si Ton donna suite à ce projet.
De son côté, le comte de Gruyère sacrifiait à l'ambition de grandir, d'étendre sa domination, d*affermir sa dynastie. A répoque dont nous parlons, Pierre III fit l'acquisition des châteaux de Laubecketde Mannenberg ou Mannenried,dans le Haut-Simmenlhal. Ces châteaux appartenaient h la noble maison de Slraetlingen ou Strsetligen , qui prenait ce nom d'un antique manoir situé à une lieue de Thoune, près de l'embouchure de la Kander , où Ton remarque encore une haute tour qui faisait partie du château. Cette tour, dont les pierres semblent unies par un ciment indestructible, et qui est entourée d'une épaisse muraille, sert depuis 1699 de poudrière ^
Henri de Straetlingen, doozel, fils de feu Rodolphe de Straetlingen, donzel, considérant qu'il était chargé de dettes, et craignant d'être un jour entraîné dans l'abime creusé par l'usure, au fond duquel il trouverait sa perte, eut recours h un moyen qui était fort en usage chez les seigneurs féodaux. Afin de pourvoir au paiement des sommes qu'il avait em-
* Voy. Alb. Jaho, Der Kanton Bern, p. 270-271.
CttAPtîBE KUITIÈMB.
pmntées, et de sauver les débris de sa forluDe, le dit Henri se résoliUà aliéner les chàleaui deLaubeck el de Mannen* berg. Du consaoleraetil de son oncle pateroel, Jean de Str^elliiigeD, chevalier, el de son cousin Henri, fils de Jean, il rendit à Pierre» comlede Gruyère, dont il élaîl le neveu par sa femme Mermellc, lllle de feu Rodolphe de Gruyère, seigneur du Vanel el de Alonisahens \ les deux châteaux nommés ci-dessus, avec leurs maudements , droils, justices, vassaux, hommages, terres, etc*, daus les limites ci-indiquées, savoir, d'un côté, dès le château de Sinimeneck, k Texlrémité N* du U^ut-Simmenlhat, jusqu'aux Alpes du Vallais'; de Tauire, dès ta terre de Frouligueo ei de Weissellbourg^ jus4]u'à ta terre de Gessenay, sauf le Gef que Henri de Sirœiliugeu tenait de la majesté impériale, laquelle il prierait de le transférer* au dit comte de Gruyère, Il céda tout cela au prix de deux mille trois cents livres de Lausanne ", A peu près dans le même temps Pierre Ul acheta de Mer-
' Cela résulterait du résniné d*uDe cliafte du 30 sept. 1335^ où il est dît que Henri île SirreUlingen, donzel, seigneur de t-aubegg, fils de Rodolphe deSlriKUliiigeD, el Mermelte, liUe de feu Rodolphe de Gruyère, seiRneur du Vauei el de Monisalveui», onl donué au couvent d'Interlaken le fonds ffmdum smcurtetnj de l'église de Zweîsîmmen fdi' datihus SemynuJ dans le diocèse de Lausanne, avec ledroildefairoiiagede la dite église. Haller, Collta, diplom,, iQ-4°, L XIII, p. ill. — L'analyse de cet acte dansiez RegÉitrs des Àrchites suimsf U a, p. 66, n" ^87^ oontieoi une enreur uolahie, qui conslsie i Taire de UeuH de Straeilingen un /iU de Mermette de Gruyère.
* m Monies de Valtesio. t
* ' de alito tastfo. * L'analyse de notre a de dans V Inventaire de rOber- S(min#ft(^of, rend avec raison, croyons nous, ces mois par Weissenburg, AU lieu de Blankenburg.
* * deprestari. >
* i Datutti die Lune |H)SI bordas ilQ février) 1336, Scellé par ronicial de Lausanne.
met, fils de feu Conon de la Porte, boorgeois de (bruyère, an prix de viogt livres, an tiers et deux portioos d*nn autre tiers (en tout 5/9) de la porterie de la chàtellenie de Gruyère \ c'est-à-dire un droit à percevoir pour le passage des ponts ou des portes'. Afin de fournir plus facilement k ses dépenses, le comte de Gruyère trouva bon de céder à la ville de Fribourg, pour cent marcs d'argent , la moitié du péage de cette ville et les antres redevances que, vingtsix ans auparavant ^ Léopold, duc d'Autriche, lui avait hypothéquées, en l'engageant au service du roi des Romains, que le comte accompagna dans son expédition d'Italie\
Peu de temps après cela , Pierre III vendit au couvent de la Part-Dieu des fonds dont il reçut la somme de deux cents livres.
Dans Tannée qui suivit l'acquisition des ch&teaux de Laubeck et de Mannenberg , le comte de Gruyère et son neveu le seigneur du Vanel s'étaient porlés camions des frères Rodolphe et Jean, fils de feu Pierre, seigneur de Weissenbourg, donzels, pour la somme de dix-huit cents livres de Berne, que ceux-ci devaient à Conrad Huser, bourgeois de Fribourg, à qui ils avaient engagé leur château
^ Datam die Veneris ante commemoralionem SU Panli (^ jaio) 1336. SceUé par Richard d'EsUyayé, doyen d'Ogo, et Girard, curé de Gruyère.
* Il sera question plus bas (sous l'an 1359) d*un office, dit Ik porterie de la Tille de Gruyère.
■ Voira la p. 163.
* Ch. du 10 mars 1337, dans le Recueil dipUm. du cant. de Fribourg, II, p. 168, scellée par le comte de Gruyère et par son neveu Pierre, seigneur du Vanel. Les sires Aimon et Henri de MonUgny menaient de vendre l'autre moitié du péage, etc., que le duc d'Autriche avait engagée k leur aïeul. Ibid., p. 163.
CHApmiB ■umiMB. 209
de Semiiiln' (Simoieiieck?). Les deax frères, do cooseotemail de Jein de WeUseoboorg, chevalier, leor oncle pateniel, promireot de dédominager les seigoears de Grajère de tous fiais et dépens, engageant k cet effet tons leors biens\
Le chevalier Jean de Weissenbooi^ ( frère de feu Pierre de W.), qui résidait ao château d'Unsponnen , avait reçu de Loois, roi des Romains ', Finvestitore de Pavouerie impériale do Hasii, helle vallée qoi s'étend depuis la crête des Alpes bernoises jusqu'au lac de Brienz. Soit que Jean de Weissenbourg opprimât les gens du Hasii en leur imposant de lourdes contributions, et que ceux-ci, accoutumés ^ une redevance annuelle de cinquante livres qu'ils payaient â l'Empire, aient invoqué Fassistance de Berne contre leur avoué, soit que les Bernois voulussent humilier un baron qui était fidèle â Louis de Bavière , dont ils refusaient de reconnaître Félection â l'Empire, ils firent la guerre à Jean de Weissenbourg. Cette guerre fut longue. Elle eut pour résultat la soumission du baron de Weissenbourg, qui, à l'époque où nous sommes arrivés (1537), jura, pour lui et pour ses vassaux du Bas-Simmenthal , un traité perpétuel de comboui^eoisie avec la ville de Berne.
Les gens du HasIi étaient liés avec cette dté par un acte de confédération *.
^ On ne oonnalt pis de cfaiteaa de ce Dom ; il s'agit peat-étre da chileande Simmeocck. Gtuhicktforteher, 11, 49.
* Ch: da 18 jniUel 1336. scellée par les trois seigMurs de Wei>senbourg.
• De 1314 à 1347.
- * Voir, pour d'aatres deuils, ïusiinger, p. 81-8Î, et J. de MaUr Bist. delaC(mféd.$msu, t. II, p 83-86 (édH. aUem. de 1836).
Uiu BTDOCUM X
La vicloire remportée par les Bernois sur le sire de Weissenbourg privait le comte de Gruyère et son parti d'un allié qui lui avait été constamment fidèle.
Dans ce temps-là, deux puissances dès longtemps ennemies, l'Angleterre et la France, allaient renouveler la guerre. Philippe de Valois appelait k son aide le. comte Eudes et ses Bourguignons, le comte de Savoie et ses vassaux. Ces deux princes étaient également sollicités par le roi d'Angleterre de s'engager à son service. Edouard III adressa de Stauoford, le 1^' juillet 1557, une lettre pressante au comte de Genevois,^ son cher cousin, pour l^attacher à son parti, et faire avec lui un traité d'alliance par l'intermédiaire de son fidèle vassal Olivier d'Ingham, sénéchal de Gascogne. Un appel fut adressé aux barons et chevaliers de la Bourgogne transjurane, et parmi ceux qui furent invités séparément à se ranger sous la bannière du roi d'Angleterre, on remarque Hugues de Joinville, seigneur de Gex, Oton de Grandson, seigneur de Pesmes, Pierre de la Tour-Châtillon , Pierre de Gruyère, le comte de Nidau, le comte d'Arberg, Louis, fils du comte de Neuchâtel, et Edmond (Aimon) de Montferrant, seigneur de La Sarra \ Mais si les agents de l'Angleterre ne purent séduire les seigneurs bourguignons, comme avait fait quarante ans auparavant Edouard 1®' dans sa lutte avec Philippe le Bel , ils s'adressèrent pareillement en vain aux gentilshommes romans. Il ne parait pas du moins qu'aucun de ces barons ait répondu aux sollicitations d'Edouard. Il est certain que les sires de Gruyère repoussèrent les offres des émissaires
^ « comiti de Genève. >
* Rymer, Fœdera, etc., vol. TI, part. IH, p. 176 et part. II. p. 908.
cau>iTR8 BurriÈiiE,
ÎH
' aoglais , et qae h Grue ne flotla point dans Tannée d*1&* donard.
Le comte de Genevois et Loais de Savoie, baron de Vaud, passèrent en Flandre avec des troupes, au secours da roi de France, àtrooOf comie de Savoie, s'était aussi déclaré pour le roi Philippe, Avant que d'aller à son aide, il avait voulu assurer le repos de ses Étals. Déjà le 16 juillel 1357» il avait consenti ^ ce que le duc Albert d^Aulriche fût arbitre entre lui et Fribourg. Bientôt la paii se fiu Elle fut promulguée dans la seconde moilié de Tannée 1557, à Chambér; et à Fri bourg*. Quelque temps après, le corate de
I Savoie se rendit, à la télé d'un corps de troupes, au camp de Philippe, devant Tournay, dont Edouard faisait te siège. Cependant, entre te Jura el les Alpes tout semblait annoncer quelque grave événement* L'échec du baron de Weissenbourg el sou union avec ses vainqueurs avaient fait y sur Tesprii des seigneurs féodaux une impression profonde. Les gentilshommes que le roi d'Anglelerre avait appelés k la guerre contre son rival , préparaient non une expédition lointaine, mais une espèce de croisade contre rorgueilleuse cité qui étendait son influence dans les Alpes, épiant le moment d'y établir sa domination au détriment de la féoda^
>Iité, qu^ette combattait de toutes ses forces, de toute la puissance de son énergie. Avant d'attaquer Berne, lessei* gneurs jugèrent prudent de vider leurs querelles privées. Le comte de Gruyère, en particulier, avait à termluer un diffé- , rend avec févéque de Lausanne. Les deux parties déci- |4èrent que la convention faite entre elles, concernant
' Voirie ftecufii diphm du eanîon d(i Fribourg, tl, 170-170.
réchange des terres dans la paroisse d'Albeuve, n'aorait pas son exécution; que les lettres écrites à ce sujet seraient cancellées ; que , par conséquent , il ne serait fait aucun changement quant au territoire d'Albeuve. Le comte et le prélat se promirent Toubli des méfaits et des dommages commis par le fer et par le feu , ou autrement. Les gerbes que les officiers du comte avaient prises aux gens de Bulle, au lieu dit Es^praez, non loin de la ville, pour terrage ou champart , leur seraient restituées. Des amis communs prononceraient sur le droit de terrage exercé par le comte. Quant au bois de Bolère, près de Bulle, sa conservation fui jésolue. Cette forêt ne devait point être abattue. Les gens de Bulle auraient, comme autrefois, la faculté d'y prendre du bois et d'y faire paitre leur bétail. La partie de cette forêt qui avait été convertie en prés dans les cinq dernières années servirait de pâturage commun. Quatre prud'hommes de la Tour de Tréme, à nommer par les gens de Bulle, régleraient cet objet. Le traité désignait pour délimitaleurs Ulric, seigneur d'Everdes, et Pierre, maire de Lutry, qui poseraient les limites ou les bornes. Il fut entendu que noble dame Catherine, comtesse de Gruyère, Pierre de Gruyère , seigneur du Vane! , et son frère Jean , seigneur de Montsalvens, neveux du comte, donneraient leur approbation au présent accord, qui fut passé le 19 juin 1358, el muni des sceaux de l'évéque de Lausanne , du comte de Gruyère, de Jean de Maggenberg, avoyer de Fribourg, de Jacques Biche (Dives) et de Bolet de Vuippens, tous deux bourgeois de Fribourg, de Pierre, maire de Lutry, du prieur de Rougemont et du doyen d'Ogo \
^ Vidimus du 6 août 1338, fiiil par l' officiai de Lausanne, el muoi de
diapithe hditièmë.
L'accord que le comte de Grnyère venait de passer avec Tévéque de Lausanne , lui permettait (le réunir toutes ses forces contre les Bernois, CeuïK'i ne pouvaienl ignorer ce qui se tramait contre leur république, dont Berne était le cœur. Vojfant la coaliiion des seigneurs féodaux grossir comme une avalanche, ils avaient tenté un arrangement avec les créanciers des sires de Weissen bourg. Avant que le comte de Grujère se fût accordé avec Tévéque, des députés de Berne, réunis dans réglîse de Neuenegg avec les délégués de Fribourg, avaient décidé que si les seigneurs de Weissen bourg n'acquittaient pas, aux termes prescrits, la somme quils devaient aux seigneurs de Gruyère et aux bourgeois de Fribourg \ et que si ces derniers avaient recours à la justice ou à quelque autre moyen pour se faire pajer, les Bernois ne viendraient point en aide aui seigneurs de Weisseobourg *.
Cette déclaration fut impuissante k maintenir la paii jurée en 1553. Les succès obtenus par les Bernois dans la vallée du Hasli et dans celle de la Simmen avaient aigri contre eujk la ville de Fribourg et ses partisans, qui voyaient leurs intérêts gravement compromis par Tambition de la cité impériale de l'Aar. Sa rivale prétendait à la possession de Laupen , petite ville importante par sa position : Berne refusa de la céder. Ëùt-elle montré plus de complaisance,
fwpt BceauXé qaî étaîeiil ceux de la cour de Lausanne, de Jean doyen de Laaaaniie, de Nicolas abbé d'Haalcrêt, de Guillaume abbé de Tbéla (IVtonlefon) ^ de Jean de Bons, prieur de St-Haire, de frère Jardan, prie y f des Frères prêcii eu rs, et de Bodolplte d'Drau, chefalier, seigneur d'Allalens^ baUli de Vaud.
* Voir le Rertitil diplomai., IHt p 19-
* Ch. du jour de St-Marc \%5 avril) 1S3S. — Gmhithtf. , l tl. p- 60 . HfCuHl dfplotn,, 1î[, p. 5,
la paix n'en eût pas été plus assurée. L'exigence de Friboai^ servait apparemment de prétexte ïk Texécution de quelque projet né dans Tombre ; elle était comme une toile derrière laquelle se tramait un funeste complot. Une ligue formidable menaçait Texistence de Berne. Les principaux membres de cette ligue furent Eberhard , comte de Kibourg, dès longtemps hostile à Berne, et que Ton peut considérer comme r&me de la coalition; Bodolphe, comte de Neuchâtel, seigneur de Nidau, bourgeois de Fribourg, dont le fils renonça ii la bourgeoisie de Berne, qu'il avait acquise * ; Girard d*Arberg , sire de Valengin * ; Pierre, comte d'Ârberg, que Friboui^prit à sa solde, pour en faire un de ses capitaines '; Pierre, comte de Gruyère, ancien et fidèle allié des Fribourgeois; le sire de la Tour-Châlillon, en Vallais; le sire de Montagny. Il va sans dire que Fribourg devait fournir son contingent. Suivant une relation du temps \ aux nobles qu'on vient de nommer se seraient joints le comte de Strasberg, les évéques de Bâie et de Lausanne, et des seigneurs d*àlsace et de Souabe de la part des ducs d'Autriche. Quant au comte de Savoie et au baron de Vaud , ils acquéraient en France de la célébrité par leur vaillance. Mais Jean de Savoie, chevalier, fils unique de Louis II, engagé envers la ville de Fribourg par le traité de combourgeoisie que son père avait juré, vint ajouter à tant de noms fameux un nom
' Ch. du lendemaio de St.-VinceDt (23 janvier) 1388. Recueil diplomat., ▼ol. m. p. 1.
* Tel est le titre qu'il porte dans une charte de 1333. Ihid, , II , 126. Une autre charte l'appelle «Gerardum comitem de Arberg. > Ibid., III, 3.
* Ibid , m. 8. Pierre d'Arberg donne, le 26 juillet 1339, quittance à la ville de Fribourg des 500 fl. qu'il a reçus d'elle pour la solde et l'entretien de cinq casques et de quatre archers.
* La Narratio pralii Laupensis.
CflAPITRE HUITIEME.
u'il avait illiisiréen Flandre et dans les gîierres de Savoie et du Milanais. Fribourg et ses adhérents, décidés h humilier la ville de Berne, firent entendre des prétentions exagérées. Aiiisi^ par exemple, le comte de Grujère et quelques crcau-
■ ders de Fribourg réclamèrent de la ville de Berne la somme de huit mille livres qui, disaienl-ils^ leur était due par Kodûlphe et Jean de Weissenbourg. La dette primitive de dix-
I huit cents livres s'était grossie, à ce qu'il parait, de plusieurs autres \ Berne répondit que, bien qu'it y eut de Pinjustice à exiger une somme aussi considérable, qui s^élait accrue par Tusure, elle la paierait. Elle essaya pareillement d*apaiser le resseuiiment des nobles, soit par des raisons propres à les convaincre de leurs torts, soit par des concessions équitables* Ce Tut en vain : ses ennemis voulaient la guerre ^
H Dans le temps où Berne était menacée de destruction par sa rivale et par les nombreoi seigneurs qui s'étaient ligués
^ contre elle, les montagnards d'Urî, de Schwyz el d'Un-
y lerwalden, appelés à son aide, ne lui firent pas défaut, non plus que les hommes de la vallée du Hasli, ses nouveaux corn bourgeois. Comme eux accoururent les gens de guerre du Bas-Simrnenthâl, conduits par lean de Weissenbourg, leur seigneur, Soleure lui envoya les auxiliaires dont elle pouvait disposer. Les ligués entreprirent le siège de Laupen. Cette petite ville forte avait une garnison dévouée, que commandait le chevalier Jean de Boubenberg* fils de Tavoyerde Berne. Elle avait pour bailli Antoine de Blankenbourg, chevalier ; pour bannerct, Rodolphe de MùIilcTcn, Les Bernois, ayant a leur tête Rodolphe d'Erlacb, digne fils du
^ Voir te Retueil diphm,, IIl, 19. — JusUnger, p 95, S7 * Voir t4?s autres <léuUs dtris Justiuger, dès li page 99.
216 HISTOIRE DE LA GR.infÈRE.
vaillant Ulric, qui, quarante ans auparavant, avait remporté la victoire du Donnerbûhl, engagèrent le lundi 21 joio 1559, près de Laupen , une bataille meurtrière, qui décida de l'avenir de Berne. Un bon nombre de chefs ennemis y périrent. On compta parmi les morts le comte de Nidau , le sire de Valengin, Jean de Maggenbei^, chevalier, ancien avoyer de Fribourg , le banneret Fûlistorff S et un brave chevalier, le comte Jean de Savoie, qui fut emporté ao milieu des ennemis par l'ardeur de sa jeunesse et la fougue de son cheval.
Le lieu de la bataille , entre Oberwyl et Wyden , était couvert d'hommes, de chevaux, d'armures, de lances et de débris de lances. Les soldats de la Gruyère n'avaient pas tourné le dos à l'ennemi. On en reconnut plusieurs étendus sans vie sur le champ du combat '.
La bataille de Laupen ne mit pas un terme aux hostilités, quoique le parti de Fribourg et de la noblesse fût considérablement affaibli. Il y eut des escarmouches et des rencontres, dont les Fribourgeois eurent beaucoup à souffrir. Leur ville fut même sérieusement menacée par les
^ La chronique imprimée de Justinger, p. 116. ligne 8, a une lacane, un passage incomplet, qu'il faut rétablir ainsi : «der Schultheiss ?on Fryburg, der Vennervon Fryburg, g'nant Fûlistorff.» (Cbron. manuscr. de Juslinger, p. 127). Voyez Elterlin, p. 55.
* « Julius. X. kal. Obierunt plures comitatus Gruerie super campum exercitus castri de Loyes [Laupen) in bello per Bernenses. anniversaria celebrantur. anno Dni. Mo.CCC"»o.XXXIXo. die decem mill. martirum. » Extrait du Nécrologe de l'église paroissiale de Sl.-Théodule à Gruyère, sur parchemin. (Communiqué par M. Tabbé J. Gremaud). — Muller et d'autres historiens ont dit par erreur que trois seigneurs de Gruyère furent tués à Laupen. Nous aurons bientôt (à la p. 234) l'occasion d'indiquer la source de cette erreur.