‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 100 sur 151 · LIVRE DEUXIÏMK · texte numérisé non relu

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pelle que deux ou trois autres personnes sont mortes la même semaine, et que plusieurs sont assez gravement malades. C'est comme un trait de lumière. Le problème

est résolu; le prétexte est trouvé La peste est à

Trente ; il n'y a plus qu'à en sortir au plus vite.

N'était-ce, comme le prétend Sarpi, qu'un artifice des légats? — La question a été fort controversée. Peutêtre les uns ont-ils trop cédé au plaisir de raconter une scène de comédie ; peut-être les autres auraient-ils dû renoncer à représenter les légats comme ayant suivi et non donné l'impulsion. Une maladie régnait : c'est incontestable. Les légats crurent-ils sérieusement à une peste, à un danger de peste? Nous ne le saurons jamais. Quoi qu'il en soit, si nous n'avons aucune preuve qu'ils ne fussent pas sipcères, nous estimons qu'il n'y en a pas non plus assez, dans l'autre sens, pour que tout soupçon soit banni. Puis, que nous importe? Profiter d'un hasard qui leur venait si miraculeusement en aide, ce n'était pas, après tout, un grand crime ; le fait essentiel et vraiment caractéristique, c'était l'ordre reçu de faire tout ce qui serait en leur pouvoir pour que le concile fût transféré. Or, ce fait, Pallavicini l'avouç. j(Il leur parut, dit-il*, qu'ils n'auraient jamais une meilleure occasion de transférer le concile, ce qu'ils croyaient importer beaucoup. à la sûreté de l'Église... Ils résolurent d'user des ordres précédents, ordres tout récents et réitérés. Ces ordres leur prescrivaient de procéder à la translation si la majorité y consentait, et qu'ils jugeassent eux-mêmes le Saint-Siège menacé de quelque préjudice grave. »

< Ut. IX, ch. xiiu

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Ils se hâtèrent donc beaucoup ; peut-être mAme s^ hÂtèrent-ils trop pour que leur empressement ne fût pas suspect aux moins soupçonneux ; mais, pour peu qu'ils eussent tardé, ne risquaient-ils pas de tout perdre? Les malades pouvaient gujérir, comme ils guérirent en elfet presque tous ; la peur publique, après avoir grandi sept ou huit jours, pouvait décroître. Il ne leur parut donc pas bon d'aller au-delà du 9 mars, six jours après la session. C'était au plus fort des inquiétudes ; plusieurs prélats, qu'on accusa peut-être à tort d'être d'accord avec eux, mais qui étaient pourtant de leurs amis, s- en étaient allés précipitamment. Ils avaient fait faire une enquête sur l'état sanitaire de la ville. Le procès-verbal concluait à la présence d'une maladie contagieuse, mais it avait été dressé par deux médecine dévoués au pape ^ et les médecins de la ville n'avaient pas voulu le signer. On passa outre. De la même manière qu'on avait décidé, dans les questions théologiques, tant de points manifestement incertains, on prononça, et même dans les termes les plus forts â, qu'il y avait du danger à rester à Trente. Alors les légats communiquèrent la bulle, deux ans secrète, qui les autorisait à transférer l'assemblée, et l'on s'ajourna au lendemain pour délibérer sur le lieu de la translation.

Ce n'était pas sans peine qu'on avait obtenu ce vote. Les impériaux avaient dit qu'ils n'étaient pas dupes; et s'il y en avait, comme c'est probable, qui n'étaient pas,

< Jérôme Frascator, médecin du concile, et Baiduino Balduini, médecin du preiuier légat.

2 « De hujusmodi morbo ita manifesté et notoriè constat, ut praelati in liàc civitatc sine vitae drscnmine commprari, et in eà idcircd minime retinori possint et debeant. »

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au fond, très-rassurés, la craitite dé l'empereur Tavait hatttoBefat emporté sur celle de la peste. « Attendans au mmhs quelque» jourS^ avaient-ils dit. Pennettons aux plus pcfureux, s'il le faut, de s'en aller h Vérone ou h Venise. Si la maladie cêssel, ils reviendront ; si elle continue, on avisera ; mais qu'il ne soit pas dit que nous ayotos fui k la première ombre de daûgef . » — Qtie patlalent-ils d'ombre? Rien n'était plus féel^ aux yeux des lé^ts et du pape^ que le dmiger dont ils les avaient menacés eux-^-mêmes avec leurs terribles articles.

Cependant l'ahrine croissait. On îq)prenait que les villes voisines, sérieusement effrayées, parlaient dé|à de fermer leurs portes k tout ce qui viendrait de Trente, et là décision qu'orf venait de prendre risqucLît, en ac- Wédîtant tous tes bruits, de déternafiner cette mesure. Lé lerïdeinaib^ même oppoi^ion des iuipériaux, même flbcîlitê dés atïtres. Les légats firent observer qu'on ne p(rtivait se lilmsporter dans lés états d'aucun prince sans lui €n avoir demandé la permission ; qu'aihsi) vu l'urgence, c'était dans lei^ états du pape qu'il fallait choisir un lieu de réunion. Le lieii éfait tout choisi ; c'était Bologne. Tous les prélats qui avaient voté pour la translation votèrent pour cette Ville. Le 1 1 mars, enfin, session publique. On lit le décret de translation. Trente-huit évéques approuvent et quatorze protestent.

Le 12, les légats partirent de Trente, suivis de tout ce qui restait de prélats du parti papal. Les autres refusèrent de partir. Il était pourtant dit, dans la bulle de 15/i5, qu'une fois la translation décidée par les légats, tous les prélats seraient tenus de les suivre, et cela « même sous les censures et peines ecclésiastiques, »

même a sous les peines du parjure, » même enfin « sous peine d'encourir l'indignation de Dieu et des bienheureux apôtres Pierre et Paul * » Que pensaient-ils donc de ces menaces, ceux qui s'obstinaient à rester? La majorité avait prononcé ; les légats agissaient en vertu de pouvoirs en règle. La décision pouvait être mauvaise, mais elle était j)arfaitement légale. De quel droit quatorze évêques prétendaient-ils s'y soustraire? Ce qu'ils faisaient pour une des décisions de l'assemblée, n'accordaient-ils pas ainsi à d'autres le droit de le faire pour tout ce qui ne leur conviendrait pas? — Il est cependant fort probable qu'une fois de retour dans leurs diocèses, ces évêques ne se firent pas plus scrupule que d'autres de commander l'obéissance au nom de ce même pape qu'ils avaient bravé, de ce même concile dont ils s'étaient moqués. Ainsi va, ainsi a toujours été l'Église de Rome. Le docteur le plus indiscipliné envers l'Église, l'évêque le plus indiscipliné envers le pape, le curé le plus indiscipliné envers son évêque, tous, dès qu'il s'agit de régner, savent parler de leurs supérieurs comme ils parleraient et peut-être comme ils ne parleraient pas de Dieu même.

< Sub censuris et pœnis ecclesiasticis. — Sub peijurii pœnis. — lodignationem omnipoteatis Dei, ac beatorum Petri et Pauli, apostolorum ejus.

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