LIVRE DEUXIÈME
Quand nous eûmes écrit, en 1846, ces derniers mots, nous crûmes un moment que Pie IX allait nous les faire adoucir. Nous fîmes pourtant nos réserves. « La résistance à toutes les réformes, disions-nous, a été trop longue, trop opiniâtre, pour que la papauté, quoi qu'il advienne, ait un jour le droit de se vanter du peu qu'elle en aura fait ou subi. Si Pie IX tient ses promesses, nous en ferons honneur h Pie IX, à l'homme ; à la papauté, jamais. Quand nous ne verrions pas, à côté des abus qu'il peut détruire, d'autres abus plus graves dont la destruction serait un suicide; quand le gouvernement romain deviendrait, dans quelques années, le meilleur de l'Europe, un fait subsiste et subsistera : c'est qu'il a été jusqu'ici le plus mauvais. »
Hélas ! nous n'avions pas besoin de prendre tant de précautions contre les futures merveilles du règne de Pie IX. Les bonnes intentions du nouveau pape n'ont servi qu'à montrer le mal plus incurable encore que nous ne voulions le penser. On a pu voir que toute réforme politique se trouvait en contradiction avec le principe même du gouvernement pontifical , et que ce gouvernement n'avait pas même, comme d'autres gouvernements absolus, la possibilité de compenser par une bonne administration les inconvénients de l'absolutisme. Justice, police, finances, hauts et bas fonctionnaires, partout incapacité profonde, corruption plus profonde encore.
La septième session (3 mars 15^7) s'était mleiix
passée qu'on ne l'avait espéré. Les canons doctrinaux avaient eu l'unanimité ; les autres n'avaient été combattus que par treize évèques, plusieurs des opposants ayant accepté l'assurance qu'on reviendrait sur ces sujets, et qu'oD verrait à faire des règlements plus efficaces.
Cependant Paul III était las des mauvaises nuits qu'il avait passées. Il y avait longtemps qu'il lui tardait de renverser une tribune où de si hardies vérités pouvaient impunément se faire entendre. Les décrets mêmes, quoique rédigés par ses ministres, disaient toujours encore trop. Ainsi, dans le dernier, quelques précautions qu'on eût prises pour ne pas blâmer et ne rien prescrire, l'ensemble du décret n'en était pas moins un blâme sur le passé, un vœu formel pour l'avenir. Ces unions bénéficiâtes qui, vu la scandaleuse nullité des fliotlfs, allaient passer ptmr avoir été obtenues par fraude, -^ le pape savait bien qu'il en avait maintes fols( àctordé le sachant, le voulant, sans avoir été nullement trompé ni surpris. Plus donc on affectait de ne pas l'en croire capable, plus c'était déclarer la (mlQ grâVe et lui interdire d'y retomber. Et que faire de ce canon, le premier du décret, où il était dit que nul ne serait évêque qui ne fût né d'un mariage légitime? Plus heureux que son prédécesseur, Paul III pouvait nom^ met «ôft pèf e î «mis lui, ^ui n'avait pas le droit d'être père, il avait des enfants ; et ces enfants, il les avait faits cardinaux I
Enfin, malgré le dévouement et l'habileté de ses légats, il comprenait que Rassemblée pouvait, au premier instant, leur échapper, et que le moindre pas en dehors ùêiÉ rovtt^ tfaéêes serait infeilKMeôl^nt srtttivî de bien
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d'autres. Au premier instant aussi, l'empereur pouvait finir par se mettre à la tête des opposants. N'était-cje pas déjk h lui qu'on attribuait généralement l'espèce d'insurrection des prélats espagnols? N'avait-il pas dit au nonce lui-même, lors du départ des troupes pontificales, qu'il n'avait pas de plus grand ennemi que le pape ? N'avait-il pas hautement attribué au duc de Parme, iils du pape, la sédition qui avait failli lui enlever Gènes? — Et il est permis de supposer que Paul III, quelque préoccupé qu'il fût du côté politique d^ tjoutes les questions, n'était pas resté insensible à l'inconvénient des querelles théologiques, au danger d'exposer au jour tant de divisions jusqufi-là cachées dans les entrailles de l'unité romaine.
L'écrit des Espagnols avait comblé la mesura. Il fallait en finir ; mais ni lui ni ses conseillers ne savaient encore comment s'y prendre. On ne pouvait songer ni à clore le concile, puisqu'il restait encore tant à faire, ni à le suspendre, puisqu'il eût été impossible de dire ^urquoi, et qu'il n'y aurait eu bientôt qu'un cri pour demander de lever la suspension. Restait un troisième parti, celui de transférer l'assemblée dans un lieu oïli le pape en fût le maître ; et même on ne voyait pas bien comment il le de\'iendj'ait, où que ce fût, à moins d'user de violence, plus qu'il ne l'était à Trente. Dans tous les cas, il fallait un prétexte; et puisqu'on était resté à Trente au pius fort des agitations de ia guerre, comment s'en aller lorsque l'empereur était en état de poijur« Voir pleinement à la sûreté de la ville? Le pape ne pou-^ vait donc que recommander aux légats d'être prêts à saisir la moindre occasion. Ils devaient, du reste, se garder d'alléguer vses ordres, et agir, comme de leur
chef, en vertu de la bulle reçue deux ans auparavant. La suite allait montrer que ce n'était pas sans but qu'il leur ordonnait d'agir en vertu de pouvoirs généraux et déjà anciens. Il se ménageait ainsi les moyens, nonseulement de paraître étranger à la translation, mais de la désavouer en cas que ce projet n'eût pas la majorité, ou que, voté par l'assemblée, il soulevât au dehors trop d'orages. Il était sûr, d'ailleurs, que les légats n'hésiteraient ni à assumer sur eux toute la responsabilité, ni à subir, s'il le fallait, un désaveu public. Sa cause n'étaitelle pas celle de tous les cardinaux? Et qu'importait à un légat de se compromettre aux yeux de l'Europe, pourvu qu'il eût sauvé ou affermi ce vieux trône sur lequel il pouvait toujours espérer de s'asseoir? — Mais ici, le dévouement ne suffisait pas. Toutes les questions que l'on s'était faites à Rome, sans y voir aucune réponse, on les retrouvait, à Trente, aussi insolubles que jamais. Gagner sous mains toutes les voix, supposé que ce fût possible, ce n'était encore rien ; bonne ou mauvaise, il fallait une raison à mettre dans le décret de translation.
La session avait donc eu lieu le 3 mars. Un jour, deux jours se passent. On commence à s'entretenir des matières à traiter pour la prochaine, fixée au 21 avril. Ne sera-ce pas l'Eucharistie? Les légats hésitent; leur peu d'empressement à organiser les débats contraste étrangement avec l'importance du sujet. Ils semblent préoccupés d'un grand problème; ils le sont, en effet. Ils consultent leurs affidés. Rien; toujours rien. Enfin, un évêque vient à mourir. On lui fait de magnifiques obsèques. Les légats y assistent, et tout le concile avec eux ; c'est toujours un jour de gagné. Tout à coup, on se rap-