LIVRE TROISIÈBfE
raison ; mais, les autres ne plaidant pas, ce n^était plus un procès, et Paul ne se sentait plus juge dans le sens où il tenait tant à l'être. Le mois était depuis longtemps fini; moins que jan.ais, le pape avait envie de prononcer. »
En attendant^ on était en 1548, à la fin d'avril. Il y avait près de quatorze mois que le concile était interrompu. « La correspondance de Mendoza avec sa cour pendant ces luttes, dit Ranke, est la chose du monde la plus inouïe ; rien n^approche du contenu de ces lettres au sujet de la cour de Rome. C'est une haine profonde, un indicible mépris, une méfiance telle qu'on s'attendrait à peine à en voir une pareille entre les plus grands scélérats, »
L'Allemagne ne tenait plus k Rome que pao* un fil, et le pape trouvait encore moyen de négocier avec l'empereur pour la restitution de Plaisance. Charles éluda, pois refusa. Nouvelles sollicitations; nouveaux refus. Paul parla enfin d'excommunier, non l'empereur, il n'eût osé, mais teux ^ui occupaient la ville : comme si ceux qui occupaient la ville n'y étaient pas pour l'empereur. En même temps, il jetait dans l'ombre les fondements d'une ligue contre lui. Mais les Vénitiens, sur qui il avait beaucoup compté^ firent entendre qu'ils ne se souciaient pas de s'allier avec un pape aussi vieux. Son successeur pouvait avoir d'autres vues et leur laisser l'Empire sur les bras. Le roi de France, dit Pallavicini,
ne se souciait pas non plus « de s'embarquer sur un vaisseau si usé. )> Il n'y eut donc ni excommunication ni guerre.
Charles, de son côté, commençait à voir qu'il n'obtiendrait rien. Il prit donc le parti d'attendre la mort du pape, dont on parlait depuis longtemps comme du seul événement qui pût délier tant de nœuds. Mais comme Paul III était encore presque aussi vigoureux de corps que d'esprit, il importait à la pacification de l'Allemagne que tant de questions ne restassent pas en suspens. Charles n'avait pas renoncé k la chimère de ramener l'unité par un concile. Il ne paraissait pas sentir ce qu'il y avait d'absurde dans la promesse arrachée de nouveau aux protestants de recevoir les décrets à venir, alors qu'ils repoussaient les décrets déjà publiés ; et si, comme c'est plus probable, il ne pensait pas que cette promesse dût jamais se réaliser quant aux dogmes, il y attachait politiquement une immense importance. Tant qu'elle subsistait, tant qu'on admettait ou qu'on paraissait admettre la possibilité d'une réconciliation, la scission n'était pas complète, l'empire pouvait encore être un tout. Or, cette promesse, il était clair qu'une fois le concile rompu et l'idée d'un concile définitivement abandonnée, on s'en considérerait comme dégagé. Un concile allemand n'eût servi de rien. L'empereur en avait souvent menacé le pape ; mais, entre les protestants et lui, c'était toujours d'un concile général qu'il avait été question. Il imagina donc de publier un décret où seraient provisoirement réglés tous les points en litige : catholiques et protestants y resteraient soumis jusqu'à la reprise du concile. De là le nom d'/n£erim (en aitendant) sous lequel cet acte est connu.