LIVRE TROISIÈME
Cependant l'empereur n'avait jamais paru moins en train de s'amender. Huit jours après la protestation de Bologne, Mendoza la reproduisit k Rome, en plein consistoire, devant le pape. Mêmes idées, mêmes formes, à cela près que l'ambassadeur se mit h genoux, ce qui faisait encore mieux ressortir l'incroyable audace de ses paroles, a Qu'on se figure, dit Pallavicini, la terreur de tels auditeurs, réunis en si grand nombre dans la cour la plus auguste de l'univers, au bruit de ce tonnerre éclatant lancé par un Jupiter qui avait la foudre en main. )>
Paul III n'avait plus de refuge que dans la dernière partie du rôle que nous avons précédemment indiqué. Quelques jours après la protestation de Mendoza, il le fait appeler en consistoire. L'ambassadeur lui trouve l'air plus calme et plus naturel que jamais. La réponse, composée, dit-on, par le cardinal Polus, est lue par le secrétaire du pape, l'évêque de Foligno. Elle n'a pas moins de vingt-cinq pages, mais, dès la première, on voit où le pape veut en venir. Selon lui donc, tout cela n'est qu'un malentendu. La protestation de l'empereur n'était destinée à être lue que dans le cas où lui, le pape, refuserait de prendre connaissance du différend survenu entre Sa Majesté et le concile de Bologne. Or, il ne l'avait pas refusé ; il était prêt à le faire, et avait même chargé quatre cardinaux de lui présenter un rapport sur cet objet. Donc, il n'avait pas à répondre à la
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protestation. Il regrettait seulement que les termes en fussent aussi vifs, mais il n'en était pas moins sensible au zèle de Tempereur. Il était heureux, en particulier, de voir un si grand prince lui reconnaître hautement la qualité de juge souverain dans cette affaire. Il terminait en disant qu'il allait interdire aux deux assemblées tout acte synodal, et qu'elles auraient un mois pour lui soumettre leurs raisons.
Alors, quoique Mendoza fût sorti en déclarant qu'on lui faisait dire tout autre chose que ce qu'il avait dit, tout autre chose que ce que Tempereur l'avait expressément chargé de dire, — Paul écrivit aux évéques de Trente qu'il était prêt à les entendre. Jusque-là, disait, il, 11 avait regardé la translation comme bonne, la jugeant sur le bruit public ; mais, puisque ce point était remis en question, il était prêt à n^être plus qu'un juge impartial, écoutant les raisons de tout le monde, pesant avec soin le pour et le contre. Cette impartialité au bout d'un an, ce désintéressement profond dans une affaire où on le savait tant intéressé, cette allégation curieuse que, jusque-là, il n'y avait pas regardé de près, — tout cela, dans une pièce moins grave, eût presque fait demander s'il plaisantait. Aussi ne lui fit-on qu'une réponse ambiguë, où, sans lui contester cette qualité de juge, on évitait de paraître i3]aider à son tribunal. La lettre des évêques n'était, en somme, qu'une invitation pressante à désapprouver la translation.
Ceux de Bologne, invités aussi à plaider leur cause, furent plus clairs, mais tout aussi inquiétants. Ils avaient fini par prendre l'affaire au sérieux. Forts de leur droit, ils plaidaient nettement, directement. Ils pressaient, ils sommaient presque le pape de leur donner