LIVRE TROISIÈME
de se déclarer pour lui, et rexcommunication le poussait droit ou à une rélractatlon humiliante ou à un schisme. Or, à coté des hardiesses dogmatiques, Tlntérim renfermait tous les éléments d*uiie éclatante rupture. Les onze articles des Espagnols de Trente y avaient passé presque mot à mot. L'autorité épiscopale y était déclarée de droit divin ; le pape n*y était reconnu chef de l'Église que comme un magistrat suprême, nécessaire à l'unité, comme Test un roi dans un royaume, mais non de nécessité absolue et telle que l'Église ne pût exister sans lui, — tandis que, dans le système papal ou ultramontain, c'est lui qui est la base, la pierre angulaire, la source de tous les pouvoirs.
Ce fut cependant le pape qui, malgré tant de sujets de plainte, resta le plus calme et comprit le mieux la situation. S'il nous appartenait de le juger au point de vue catholique, nous dirions qu'il était de son devoir d'excommunier l'empereur; nous serions fondés à lui reprocher, comme une trahison envers le Saint-Siège, son obstiné silence après de telles agressions. Mais, politiquement, l'avenir devait lui donner raison. Il comprit donc que l'Intérim allait se détruire de lui-même. La meilleure punition à infliger à l'empereur, c*était de le laisser assister à la ruine de son œuvre, avec le renom d'avoir travaillé pour les hérétiques et de n'avoir rien obtenu d'eux.
Ce fut d'eux, en effet, que vint surtout la résistance. L'empereur ayant déclaré, dans le préambule du décret, qu'il n'entendait ni adopter lui-même, ni faire adopter à qui que ce fût les doctrines modifiées en vue des protestants, l'Intérim n'obligeait en rien les catholiques, et ce n'était qu'en théorie qu'ils pouvaient en être mécon-
dO/i HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE
tents ; mais quant aux réformés, ou ils le repoussaient hautement, ou ils n'y obéissaient que pour la forme et avec une répugnance qu'ils ne cherchaient même pas à dissimuler. Frédéric de Saxe, quoique prisonnier, refusa obstinément de s'y soumettre ; beaucoup de villes ne s'y soumirent que sur des menaces de guerre et de ruine. Il est vrai que Chai'les n'exigeait pas qu'on se déclarât convaincu des choses enseignées dans son décret. Pourvu qu'on rétablît les formes romaines, messe, images, etc., il ne demandait pas compte du reste; mais ces formes, que quelques-uns regardaient ou feignaient de regarder comme indifférentes, n'en étaient pas moins, pour beaucoup d'autres, une idolâtrie à laquelle leur conscience leur défendait de prendre aucune part.
Ajoutez à cela les embarras que créait, au sein des populations catholiques, le décret de réformation publié avec l'Intérim *. Tant qu'il ne s'était agi que de mettre sur le papier, en dépit du pape, unje foule de réformes jusque-là refusées par la cour de Rome, l'empereur n'avait eu qu'à se louer du zèle et de la docilité de ses évêques; mais dire et faire sont deux, surtout lorsqu'il s'agit de donner à ses dépens l'exemple de ce qu'on a préconisé. En outre, on ne pouvait faire un pas sans se trouver en présence d'obstacles que le pape seul pouvait lever, et qu'on n'aurait pu renverser sans briser du même coup les derniers liens avec Rome. Tout ce qu'on voulait créer, on sentait qu'on le bâtirait sur le sable si le pape ne concourait à poser les fondements; tout ce qu'on voulait détruire, on le trouvait établi sur des règles ou sur des dispenses papales : ces règles, ces dis-
t 2 juillet 1548.