LIVRE TROISIÈME
penses, à moins de rompre avec le pape, comment les annuler? Après bien des tâtonnements, Tempereur vit qu'il n*y avait rien à faire sans son secours. Il le lui fit demander. De l'Intérim, comme on le pense bien, pas un mot ; le pape était censé ne pas en savoir l'existence. C'était uniquement aux réformes disciplinaires qu'il était prié de prêter son aide.
Heureux de ce retour et bien sûr d'en tirer parti, le pape ne se hâta pas d'accéder au vœu de l'empereur. Ce n'élait pas seulement, il est vrai, pour rehausser le prix du service à rendre ; parmi les réformes auxquelles on l'appelait à concourir, il y en avait plus d'une qu'il lui tardait peu de voir accomplie. Ce fut donc le sujet d'une négociation entre l'empereur et Févêque de Fano, Pierre Bertano, nonce auprès de lui. Enfin, Paul consentit ; mais on allait bientôt voir dans quel sens il se mettait au service de la volonté impériale.
D'abord, au lieu de deux légats qu'avait demandés l'empereur, il se contenta d'envoyer deux nonces. Ce n'était, au fond, qu'une différence de noms ; mais les noms disent quelquefois beaucoup. Un légat est le représentant du pape ; c'est comme le pape lui-même. Un nonce n'est qu'un envoyé, un agent, un ambassadeur ordinaire ; c'est le plus souvent un simple évoque, tandis que le légat est toujours un cardinal. — Ce furent donc deux évêques, Lippomani, coadjuteur de Vérone, et Pighini, évèque de Ferentino, qui furent adjoints à Bertano.
Ils arrivèrent en Allemagne avec une bulle où il était à peine dit un mot des réformes décrétées par l'empereur, et de la coopération réclamée par lui. Le pape feignait d'avoir compris qu'on lui demandait seulement les
306 HISTOIRE DU CO^iCILË DE TRENTE
moyens de rouvrir l'Église à ceux qui se présenteraient pour y rentrer. Il se bornait donc à investir les trois nonces du pouvoir de lever toute espèce d'excommunications et de censures, même pour caust? de bigamie^ disait la bulle ; ingénieux moyen d'accréditer ce vieux mensonge que la bigamie pourrait bien être une des choses autorisées par la Réforme, Au reste, on ne s'en tenait pas h des insinuations perfides ; la bulle était, sur d'autres points, d'une franchise effrayante. Les nonces pouvaient dispenser de tout engagement pris, même sous serment, avec les princes et les peuples hérétiques ; ils pouvaient absoudre de tout parjure commis à leurs dépens. C'était, comme on voit, s'y prendre assez mal pour ramener les protestants à l'estime et h l'obéissance de l'Église; c'était ruiner aussi toute la politique de l'empereur, en achevant d'anéantir le peu dç confiance que l'on avait encore en ses promesses.
Aussi fut-il plus mécontent que jamais ; d'autant plus que le pape, dans cette même bulle, se dédommageait de son mieux des empiétements de l'Intérim. Elle portait, entre autres choses, que les princes déchus qui rentreraient dans le sein de l'Église seraient immédiatement remis en possession de leurs États. C'était supposer, en premier lieu, que l'empereur les en avait dépouillés comme hérétiques, tandis qu'il avait toujours prétendu ne les attaquer que comme rebelles ; c'était supposer, en second lieu, que son consentement ne serait pas nécessaire pour qu'ils rentrassent dans leurs droits,
Les nonces furent généralement mal reçus, « Quand Pighini, dit Pallaviçini*, continua sa roule à traver$
t Uf» Xï, çh. II