LIVRE TROISIÈME
comptés (du 28 novembre 1549 au 7 février 1550) que les cardinaux restèrent en conclave pour donner un successeur à Paul III. Et pourtant, à tous les motifs ordinaires de hâter l'élection, s'en joignait, cette fois, un tout nouveau et tout pressant. L'année 1550 allait commencer. Un jubilé solennel avait été publié ; il s'agissait de l'ouvrir, le 24 décembre, par certaines cérémonies que le pape seul peut accomplir. La ville regorgeait de pèlerins. Tous les soirs, une foule immense s'assemblait autour du conclave pour apprendre le résultat de la votation du jour ; tous les soirs elle s'en allait, mécontente, aigrie, maudissant le conclave et les cardinaux, comme si parmi eux n'était pas celui dont elle se préparait à baiser le pied dès qu'il serait pape.
C'est qu'en effet peu de conclaves s'étaient trouvés plus fortement divisés. Trois factions, comme d'ordinaire, l'impériale, la française et l'italienne, partageaient l'assemblée. L'italienne voulait une des créatures de Paul III. Le cardinal Farnèse, son chef, était trop jeune pour viser sérieusement à la tiare, outre qu'on eût reculé devant l'idée de donner à Paul III son pètit-fils pour successeur ; mais il lui importait de pouvoir compter, pour sa famille et pour lui, sur la protection du pape futur. Cette faction ne comptait cependant pas tous les cardinaux italiens. L'élévation des Farnèse leur avait fait des ennemis ; on ne voulait pas d'un pape qui, leur devant sa grandeur, se croirait tenu de la mettre à leur service. Les Français portaient le cardinal Salviati ; les impériaux, le cardinal Polus. Il fallait donc trouver un candidat qui pût réunir les suffrages de deux des trois factions.
Ce fut l'ancien président du concile, le cardinal Del
âl/i HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE
Monte. Les Parnèse l'avaient vu tout dévoué à Paul ÎII; les Français l'avaient vu lutter contre rempereur. La majorité lui était acquise, mais ce n'était pas encore assez. L'usage ne permettait pas d'élever au trône un cardinal que l'empereur eût formellement déclaré dV vance ne pas vouloir pour pape. Il fallait donc le consentement préalable de Charles-Quint, et Del Monte, principal auteur de la translation, paraissait plus loin que personne de Tobtenir jamais. Cosme, duc de Florence, négocia pour lui, et, le 7 février, il était pape.
Or, paimi les engagements discutés d'avance dans le conclave, et auxquels chaque cardinal, selon l'usage, avait promis de se soumettre en cas qu'il fût élu, le parti impérial avait fait insérer celui de continuer le concile. En conséquence, Jules Ut était à peine installé, qu'on ambassadeur extraordinaire, Louis d'Avila, arrive k Rome; il apporte, avec tes compliments officiels de l'empereur, la demande pressante d'aviser sans délai h l'exécution de la promesse. Jules répond qu'il est prêt. Il n'y met qu'une condition : c'est que le concile, dit-il, serve à ruiner l'hérésie, et non à démolir l'autorité du Saint-Sîége. C'était déjà presque un refus. A cette condition-là, jamais aucun pape n'eût répugné à tenir un concile. D'ailleurs, qui pouvait la lui garantir? L'empereur lui-même pouvait-il faire que les points les plus délicats ne fussent à chaque instant effleurés? Ce qui était clair, en tout cas, c'est que Jules se réservait de régler, comme son prédécesseur, les droits et la compétence du concile. Toutes les difficultés allaient donc renaître. Aux anciens motifs de Paul III, toujours subsistants, se joignaient ceux du nouveau pape. Lui qui était resté opiniâtrement à Bologne jusqu'à la mort de