‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 116 sur 151 · LIVR£ TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVR£ TROISIÈME

Paul m, pouvait-il céder, comme souverain, sans condamner ce qu'il avait fait comme ministre?

Il céda pourtant. Les sollicitations étaient trop vives et l'attente trop générale; la nécessité l'emporta sur l'amour-propre. Peut-être lui en coûta-t-il moins qu'on ne serait tenté de le penser. Depuis son exaltation , ce n'était plus le môme homme. Quoiqu'il eût toujours aimé les plaisirs, il avait su, jusque-là, les subordonner aux affaires ; devenu pape, il s'y livrait tout entier. Ses conseillers avaient de la peine à lui arracher quelques heures pour les intérêts les plus pressants. Aussi peu disposé que qui que ce fût à céder aucune des prérogatives de la papauté, il ne les considérait, en quelque sorte, que comme un dépôt à transmettre intact à ses successeurs ; elles n'étaient pas pour lui l'objet de ce culte intime auquel tant d'autres papes s'étaient voués corps et âtne, et dont il avait lui-même été, jusque-là, l'inflexible ministre. Ce qui contribuait encore à aplanir les obstacles, c*est qu'il n'avait eu qu'à reprendre pour son compte l'ancien biais de Paul III. Nous avons vu, en effet, que l'affaire était restée sous la forme d'un procès entre l'empereur et l'assemblée de Bologne, procès à vider par devant le pape. Le représentant de rassemblée étant devenu pape lui-même, il ne pouvait être juge et partie. L'affaire tombait ; il n'y avait plus qu'à convoquer Iç concile sans rien dire de ce qui s'était passé.

Tout cela, on le pense bien, prit infiniment plus de temps que notre rapide récit ne pourrait le faire supposer. Ce ne fut qu'au bout de six mois quQ l'on commença à s'entendre.

Restait pourtant à obtenir le consentement de la France. Le choix de la ville de Trente n'avait jamais plu aux Français ; nous avons vu qu'ils la trouvaient à la fois trop italienne et trop allemande, bien qu'il fût impossible, comme nous l'avons vu aussi, d'en trouver une qui ne fût encore ou plus allemande, ou plus italienne. C'était par antipathie pour l'empereur que Henri II avait paru approuver la translation à Bologne ; il y avait envoyé un ambassadeur, mais très-peu de ses évoques. On lui fit donc envisager qu'en refusant de les envoyer à Trente, il serait désormais le seul auteur de l'impossibilité du concile. On le flatta de l'idée d'être arbitre, le cas échéant, entre l'empereur et le pape ; on acheva de le gagner en lui rappelant ce rôle de « protecteur du Saint-Siège, » dont tant de ses prédécesseurs s'étaient fait gloire. Il fallut aussi lui promettre , pour qu'il le promît, à son tour, au parlement et aux évoques, qu'il ne serait porté aucune atteinte aux libertés de l'Église gallicane. Promesse très sage, mais très singulière aussi. Comment le pape pouvait-il logiquement dire ce que ferait ou ne ferait pas l'assemblée ? N'étaitce pas avouer qu'il se préparait à ne lui rien laisser faire sans son aveu?

Ce point gagné, il y en avait bien d'autres à régler. — C'était d'abord l'éternelle question de la soumission des protestants aux décrets du concile, question plus compliquée que jamais, depuis que le concile avait décidé

Page 1