LIVRE TROISIÈME
qu'il eût à pourvoir lui-même à la sûreté de sa ville. Il ne paraît cependant pas que le pape entendît par là l'autoriser à se mettre sous la protection d'un autre prince ; peut-être aussi, comme quelques-uns le crurent, qu'il n'en fut réellement pas fâché, mais qu'il n'osait partager la responsabilité d'un fait si propre à irriter l'empereur. Celui-ci le flattait, d'ailleurs, en lui représentant la conduite du jeune duc comme un outrage au Saint-Siège, de qui il tenait sa ville et son titre. Singulière assertion dans la bouche de celui qui avait fait saisir Plaisance comme appartenant à l'empire, et ne parlait pas de la rendre ! On n'osa relever la contradiction. Jules lança un manifeste contre Octave, le cita personnellement à Rome, et déclara s'en remettre à l'empereur du soin de le punir s'il ne cédait pas.
Ce fut alors au roi à se fâcher. Est-il vrai, comme on l'a écrit, que le vrai but du pape eût été de le mettre aux prises avec Charles-Quint, afin d'avoir un prétexte pour rompre le concile? Nous ne pensons pas que la cour de Rome eût volontairement acheté ce résultat au prix d'une guerre en Italie, surtout dans un moment où la bonne volonté de l'empereur permettait d'espérer que l'assemblée ne serait pas trop entreprenante. Quoi qu'il en soit, la guerre parut bientôt inévitable. Jules remontrait à Henri II qu'il ne lui était pas permis de prendre la défense d'un vassal, sans l'autorisation du suzerain ; Henri II laissait la question de droit, et lui demandait s'il avait donc tant à se louer de l'empereur qu'il ne voulût laisser mettre aucune barrière aux envahissements de l'Empire en Italie. La querelle s'échauffa. Henri menaçait de garder Parme ; le pape, d'ex-
communier Henri. (« S'il m'enlève Parme, disait-il, je lui ôleral, moi, la France!» — Et Tempereur évitait d'intervenir, de sorte qu'une querelle entre le roi et lui prenait rapidement la tournure d'une querelle entre la France et le pape.
Bientôt Henri ne garda plus de mesures. Les prélats du royaume eurent ordre de se préparer à un concile national ; ceux mêmes qui étaient à Trente ou k Rome devaient rentrer immédiatement en France. Le pape, alors, se montra un peu plus traitable. Le droit était de son côté, pourtant ; mais qu'est-ce que le droit en politique? Et qu'était-ce que tout cela, sinon de la politique, sous un léger vernis de religion? Ascagne de la Cornia, son neveu, fut envoyé au roi. Henri raccueiîlit assez bien ; on discuta d'abord sans trop d'aigreur, mais on ne s'entendît pas mieux. Bientôt l'aigreur reparut ; le roi finit par faire signifier au pape une protestation contre le concile môme. « Ce ne pourrait, disait-il, être un concile général, puisque le mauvais vouloir du pape envers la France allait empêcher ce pays d'y prendre part. » Il n'y avait là, n'en déplaise au chevaleresque Henri H, ni loyauté, ni logique. Le pape aurait donc dû permettre, sans même réclamer, qu'un prince étranger occupât une ville de son domaine? Puis, tant qu'une nation est catholique et se dit catholique, comment admettre que son refus de prendre part à un concile général suffise pour en faire un concile particulier? Le parlement, consulté par le roi, était cependant allé jusqu'à déclarer qu'une nation est toujours libre d'accepter ou de rejeter les canons d'un concile, et même de faire un choix, acceptant les uns, rejetant les autres. Il est facile de prouver, comme on le fit très -bien dans le parlement.