LIVRE TROISIÈME 3lii
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Quand ce ne serait qu'un simple miracle, resterait toujours à prouver si ce miracle a lieu.
Ceci est mon corps, a dit Jésus-Christ ; et voilà, selon l'Église romaine , le fondement de son dogme. — Sur quoi nous pourrions d'abord objecter :
Que Jésus-Chritt était là, en chair, en os, complètement homme encore, et que l'idée d'un homme tenant son propre corps entre ses mains est d'une monstrueuse étrangeté ;
Qu'en disant : Ceci est mon corps « qui est rompu pour vous,)) il aurait exprimé, si c'eût été réellement son corps , un fait inexact , puisque c'était la veille de sa mort et que son corps n'était nullement rompu ;
Qu'après avoir appelé le vin son sang , il continue à l'appeler ce fruit de la vigne;
Que si les paroles de saint Luc « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang » fout évidemment de la coupe, non pas une alliance, mais le symbole d'une alliance, — il n'y a aucune raison pour que la phrase précédente ne soit pas figurée aussi, pour que le vin ne soit pas le symbole du sang, et le pain celui du corps ;
Que Jésus-Christ a fréquemment usé d'expressions non moins figurées : — Je suis la porte, — Je suis le cepi — Je suis le chemin;
Enfin, que s'il a dit (Jean, vi) : «Le pain que je donnerai, c'est ma chair » et « Celui qui me mange vivrai par moi , » — c'est au môme chapitre qu'on lit
3A3 HisTOiRs 00 ceiroitE be trente
aussi : a La chair ne sert de rien ; les paroles qne je vous dis sont esprit et vie. »
Supposez qu'un homme » tenant du pain et occupé à le rompre en une douzaine de morceaux, vous dise : « Ceci est mon corps qui est rompu pour vous ; » — à quoi appliquerez*voos le mot e^ci? Évidemment au pain entier, car c*est le pain entier qui est r&mfm, non les morceaux. Ainsi , pour pouvoir prendre à la lettre les quatre premiers mots, ceci est mon corps, il faut prendre le reste au figuré, car il y a certidnement figure à appeler rompu ce qui est entier et sera rompu. Aussi la Vulgate met*elle sera rompu (frattgetur) , bien que le verbe grec soit au présent : preuve que Tobjeetion a paru grave, puisqu'on n'a pas reculé, pour l'éluder, devant une falsification aussi patente.
Sans sortir du récit de l'institution de la Gène, nous y trouverions encore plus d'un détail positivement contraire au sens littéral des quatre mots sur lesquels on veut concentrer le débat. Ces détails, que le Catéchisme Romain a vus avant nous, veut-on savoir ce qu'il en fait? La peine qu'il se donne pour les atténuer est la meilleure preuve de ce qu'ils ont d'inquiétant. « Jésus, dit saint Matthieu, ayant pris le pain et rendu grâces,., m — Ce rendre grâces {bénir Dieu, car c'est le sens du mot grec), on le change d'abord en bénir, consacrer te pain, changement déjà introduit , mais avec plus de réserve , dans le décret du concile , où il est dit seulement : « Après la bénédiction du pain et du vin *. » — Voilà donc la consécration ; mais comme les paroles réputées consécratoires, ceci est mon corps, ne viennent
* Post panis vinîque benedietionem.
LIVBE TAOiSliMS âAâ
pourtant, dans ie récit, qu^une ou deux lignas plus bius« le Gatéchisme a soio de rapprocher les troifi idées. C'est* dit41, comme si TÉvaDgéliste avait mis : u Ayant pris le pain, Jésus le bénit en disant: Ceci est mon corps, n-^ Et voilà la messe trouvée.
Les docteurs n'y ont pourtant pas été aussi lestement qu'on pourrait le croire; la transsubstantiation a été longtemps enseignée sans qu'on se hasardât à filmer le moment pirépls auquel le miracle a lieu. ïnnoe^it III^ dans son livre De saerificio Missa^ admet que, pour pouvoir dire avec vérité et sans figure : « Ceci est mon corps, )) Jésus-Christ devait avoir opéré le miracle un peu avant , ou au moins immédiatement avant. Mats si ces mots n'ont été, dans sa bouche, que l'énoncé d'un fait accompli, comment aurdenti-iis, dans celle du prêtre, la vertu d'opérer ce même fait? Aussi n'est-ce pas à ces mots qu'Innocent III attribuait le miracle, mais à la prière que le prêtre a à prononcer auparavant. C'était plus logique, mais c'était vague ; on voulut du précis, et on s'en tint à Ceci est mon corps. L'opinion d'Innocent ne fut cependant pas abandonnée, c&x nous la retrouvons, peu de temps avant le concile, chez Catharin et chez Biel ; il n'y a donc guère que trois siècles que la vertu consécratoire a été définitivement attribuée aux quatre mots. — Encore une chose dont un très-grand nombre de catholiques sont loin de se douter, et qui ne les surprendrait pas peu.
Enfin , malgré le changement de est rompu en sera rompu, on a pris , dans le canon de la messe* encore une précaution. « Prenez et mangez , dit le prêtre, car ceci est mon corps ^ » Ce car^ ajoute le Gatéchiime,
1 H^c tfn/fft Mt corpus meum.
3lill HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE
n'est cependant pas nécessaire à la validité du sacrement » Pourquoi le mettre, alors, quand aucun des Évangélistes ne Ta mis ? Si les auteurs sacrés avaient attaché la moindre importance à Tordre et à la régularité de ces détails, si, en particulier, ils avaient vu dans Ceci est mon corps la consécration du pain, le signal de son changement en chair, — comment penser qu'ils se fussent tous rencontrés dans rincroysd)le inadvertance de n'énoncer ces mots ({v^ après le fait de la distribution du pain ? « Il le rompit, le leur distribua, et dit : Prenez, mangez... » Puis, comme simple explication : « Ceci est mon corps. » Chez un historien qui croirait à la transsubstantiation, et qui la croirait opérée par ces quatre derniers mots, ce ne serait pas inadvertance, mais ineptie, que de ne les mettre qu'à la fin. Où trouverait-on un catholique qui, appelé à raconter la messe, mît la consécration après la distribution ? Et si l'on peut admettre, à la rigueur, qu'un pauvre ignare, n'entendant rien à la chose, la brouillât à ce point, — qui admettra que quatre ou cinq docteurs, écrivant à tête reposée , tombassent dans la même erreur, ou, pour mieux dire, dans la même absurdité?
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Maintenant, laissons les détails. C'est une histoire que nous faisons'; voyons ce que dira l'histoire.
A commencer par celle des apôtres, prise dans les Actes et les Épitres, — nous pouvons demander à tout homme de bonne foi s'il en remporterai Vidée que la