LIVRE TROISIÈHB
Après cela, nous montrât-on la transsubstantiation établie dès la fin du premier siècle ou dès le commencement du second , nous serions déjà en droit de nier qu'elle remonte aux Apôtres*
Or, il n'en est rien. Reconnaissons seulement que les idées de TÉglise sur la Gène tardèrent peu et se modifier. L'accroissement du nombre des chrétiens ne per* mettant plus de la prendre dans un repas en commun, il avait fallu lui donner des formes plus solennelles; avec ces formes nouvelles était venu un penchant & envisager aussi le fond sous un jour plus ou moins nouveau. Les réminiscences juives ou païennes, le mystère dont les chrétiens étaient souvent forcés de s'entourer, l'exaltation du danger, le besoin d'une protection cé^ leste toujours plus présente et plus sensible, tout, enfin, avait concouru à rehausser l'Eucharistie en proportion des miracles de grâce qu'on en attendait tous les jours. Ce pain, ce vin, on ne pouvait plus se résoudre, en quelque sorte, à n'y plus voir que flu pain et du vin ; on se serrait de plus en plus contre les passages de l'Écriture qui semblaient en faire autre chose ; on s'acheminait à grands pas vers la transsubstantiation; et pourtant, avant qu'on se hasardât à en faire un dogme, il allait s'écouler des siècles.
Pourquoi ce long. enfantement? — C'est que, âu sêîn de Tentraînement général, on était souvent ramené,
3/i8 HISTOIRE DU GONGILK DE TRENTE
sans le vouloir, aux données plus précises de la Bible et de la raison. Ce que nous disions plus haut de TÉcriture, nous pouvons maintenant le dire des Pères : à tout ce qu*ils ont écrit de favorable, en apparence, au dogme de la présence réelle, nous pouvons opposer des choses qu'ils n'auraient manifestement pas dites s'ils y avaient cru.
Justin, dans sa seconde Apologie : « Au jour du dimanche, on s'assemble ; on lit les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes. Quand le lecteur a flni, celui qui préside exhorte à imiter ces beaux exemples ; ensuite nous nous levons et prions en commun. Les prières finies, nous nous donnons le baiser de paix ; puis on présente à celui qui préside du pain et une coupe d'eau et de vin. Il la prend, rend louange et gloire au Père de toutes choses, au nom de son Fils et du Saiift-Esprit, lui rend grâce longuement de ces biens qu'il a daigné nous accorder. Le peuple acclame en disant : Amen ! Alors, ceux que nous appelons diacres donnent à chacun du pain et du vin mêlé d'eau qui ont été bénis, et ils en portent aux absents. » Il n'y a pas un de ces mots qui ne soit un embarras pour l'Église romaine. Ses docteurs ont beau se retrancher derrière quelques détails de ce que Justin ajoute sur le sens religieux de cette cérémonie ; ils ne feront croire à personne, et, disons-le nettement, ils ne peuvent croire eux-mêmes que ce soit là la messe.
Voici TertuUien « : « Jésus-Christ ayant pris du pain
^ Contre Marcion, liy. III. « Acceptum panem et distributum discipulis corpus suum fecit dicendo hoc est corpus meum, id est figura corporis mei. *» Duperron change id est en scilicet et fait dire à TertuUien : « Ceci, savoir la figure de mon corps, est