LIVRE TROISIÈME
motifs de cette sécurité, ces âmes pleines de l'enfer et tranquilles devant l'autel , tout cela étonne et consterne. » — « Voilà, ajoutait Fauteur, la grande plaie (lu catholicisme en Espagne. » Plaie du christianisme, h la bonne heure ; mais plaie du catholicisme, pourquoi? Voyons-nous qu'il s'en plaigne, qu'il en gémisse ? Le clergé de ces contrées a-t-il l'air de concevoir un autre catholicisme que celui-là? Rome a-t-elle cessé de considérer ces peuples comme ses enfants les plus dévoués? Ce n'est pas à dire quelle approuve une telle dégradation ; mais cet état de choses est profondément lié à tous les moyens qu'elle emploie pour être et rester maîtresse des âmes.
Ce que nous avons dit des peuples, nous le dirions des rois. Les souverains à confesseurs ont-ils été et sont-ils généralement plus moraux, plus honorables que les souverains protestants? Nous ne pensons pas non plus qu'on puisse le soutenir. On citera peu de princes que la confession eût probablement améliorés ; on en citera beaucoup pour qui elle n'a été qu'un oreiller d'immoralité, parfois de crime. On en a vu plus d'un se faire prendre en pitié parce qu'il y était trop docile ; on en a vu bien peu qui, avec des passions ardentes, y aient véritablement trouvé un frein.
« Si l'on abolissait la confession, dit le Catéchisme Romain, non-seulement le monde serait plein d'une infinité de crimes cachés, mais les hommes n'auraient plus honte de les commettre publiquement, de s'engager dans les plus honteux désordres. » — Avant la Réformation, on pouvait le craindre ; depuis, ce n'est plus qu'un mensonge. Partout, dès ses premiers progrès, on la voit donnant le signal d'une régénération morale
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que reconnaissaient et qu'admiraient ses plus grands ennemis. En France, les prédicateurs du seizième siècle ne cessaient de faire honte aux catholiques, en leur montrant Taustère vertu des huguenots. Sous Calvin, Genève est une nouvelle Sparte K Bèze catholique est un débauché; Bèze protestant, un homme austère. Henri IV, protestant, est un débauché ; catholique, que sera-t-il ? un débauché encore. Passez la mer ; allez eh Angleterre, en Ecosse. Vous vous moquez des puritains? Ils ont pu parfois être ridicules ; mais il est plus facile de les railler que de montrer en quoi ils n'étaient pas, dans leurs mœurs, les plus graves et les plus irréprochables des hommes. Traversez l'Océan. L'ancien monde vient de se mettre à peupler le nouveau. D'Espagne, avec les colons, sont parties des troupes de confesseurs ; d'Angleterre, la Bible. Que trouvez-vous là-bas 7 Les colonies espagnoles, c'étaient des cloaques de vices ; les colonies anglaises, c'était la reproductioQ de rÉcosse au dix-septième siècle, c'était la gravité des mœurs, le sérieux des manières, la civilisation par la piété; c'était Penn, c'était Washington. — Voilà de quoi fut suivie, au lieu de cet effrayant débordement dont on parle, la chute de la Confession.
Bien rassurés ainsi quant à sa prétendue nécessité morale, nous ne pouvons avoir à réfuter longuement ce
* Ne pouTant le nier, certains écrivains ont changé de r6le, et sq sont mis à déclamer contre le despotisme de Calvin. Son dernier historien, Âudin, nous cite comme tyrannique l'ordonnance genevoise de 1561 , que «Nul ne demeurera trois jours gisant au lit sans le faire savoir au pasteur^ afin d'en recevoir admonitions H consolations, » et le pape a prescrit, en 1845, aux médecins de ses États, d'abandonner tout malade qui, à leur troisième visite, ne se ' seffà pas confessé.