‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 2 sur 151 · A GENÈVE MÊME MAISON · texte numérisé non relu

A GENÈVE MÊME MAISON

L'auteur et l'éditeur, ayant rempli les formalités voulues, se réservent U droit de propriété et de traduction de cet ouvrage dans les ÉUts étrangers.

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L'auteur de cette histoire y travaillait depuis quelque temps, lorsqu'il apprit par les journaux qu'on se préparait à célébrer, en 18A5, dans toutes les églises de la catholicité, le trois-centième anniversaire de l'ouverture du Concile de Trente.

Cette nouvelle l' étonna. Il avait peine à comprendre un appel â des souvenirs si gros de tempêtes. Rome a trop d'intérêt à diviniser les décrets de Trente, pour qu'elle puisse désirer d'en voir étudier l'histoire. Au milieu du chaos que nous étions en train de débrouiller, et qu'un premier coup d'oeil nous avait montré si plein de choses aussi peu honorables pour l'autorité papale qu'embarrassantes pour celle du catholicisme en général, — il faut, pensions-nous, que l'Église ait étrangement compté sur l'ignorance des uns et le

dévouement des autres, pour s'offrir, de gaieté de cœur, à une pareille épreuve.

L'épreuve, en effet, risquait d'être rude. Un auteur populaire pouvait s'emparer du sujet. Son livre, qu'il n'aurait eu nulle peine à rendre piquant sans sortir du vrai, pouvait avoir un retentissement immense. Le Concile de Trente devenait le sujet des conversations de l'Europe; et ce n'est sûrement pas là ce qu'on avait voulu en ordonnant d'en rappeler la mémoire.

L'anniversaire est venu. Personne n'en a profité pour dire aux peuples ce que fut cette assemblée fameuse. L'Église, de son côté, avait fait, à ce qu'il parait, des réflexions sérieuses. Nous ne savons si la fête a été contremandée; mais nous n'en avons eu aucune nouvelle. A Rome, en particulier, il n'en a pas été question. Ce fut le jour de l'entrevue du pape Grégoire XVI avec l'empereur de Russie.

Quoi qu'il en soit, nous avons poursuivi. Nous livrons aujourd'hui notre œuvre.

Nous ne dirons pas que le besoin s'en faisait généralement sentir. L'assertion ne serait pas seulement ambitieuse, comme elle l'est toujours, mais fausse. Qui est-ce qui songe au Concile de Trente? Le public a bien autre chose à faire, en vérité, que de fouiller les actes d'un concile.

Mais si ce besoin n'est pas généralement senti, il l'est cependant de quelques personnes; il le

vu

serait de beaucoup, pour peu qu'on leur en donnât ridée, et qu'on leur offrit les moyens de le satisfaire sans trop de peine. Magistrats, publicistes, catholiques nombreux, protestants de toute église, tous ceux, enfin, que le catholicisme inquiète et froisse, en religion, en politique, en morale, par ce réveil fiévreux auquel il nous fait assister, — tous, aujourd'hui, ont intérêt à savoir ce qu'il fut et ce qu'ail fit dans l'assemblée où il s'est définitivement constitué.

Sarpi et Pallavicini, les deux seuls historiens du concile jusqu'à ce jour, sont peu lus et ne peuvent guère l'être. Profondément divers dans leurs qualités et leurs vues, ils ne se ressemblent que trop dans leurs défauts. Chez l'un comme chez l'autre, diffusion, sécheresse, nul plan, nulle philosophie, absence, enfin, de tout ce qu'on demande aujourd'hui à l'historien. Le livre de Sarpi n'est qu'une longue satire, mais sans ^ie, sans sel, souvent inexacte et injuste; celui de Pallavicini n'est qu'une longue et lourde apologie, plus exacte dans les détails, mais faible dans les déductions, puérile et fausse dans l'ensemble.

Sarpi est à l'index ; Pallavicini devrait y être. Ses naïvetés, ses raisonnements bizarres, en disent souvent plus que les attaques de celui qu'il croit réfuter. Après avoir lu.le premier, qui blâme tout, on craint d'être trop sévère ; après avoir lu le second, qui approuve tout, on est rassuré. La

faiblesse de la défense atteste assez haut celle de la cause. On sent qu'on ne sera que juste.

Nous espérons l'avoir été. Les prétentions du Concile de Trente et de ses hardis héritiers nous autorisaient à peser ses droits. Quand donc les pèseront-ils aussi, ceux qu'on a façonnés à lui obéir? Colosse aux pieds d'argile, — ceux qu'il tient sous ses pieds pourraient mieux encore que nous révéler sa fragilité et travailler à sa ruine.

Nous n'ajoutons ni ne changeons rien à ces lignes, préface de notre première édition, en 1847. Tout a marché, mais de manière à leur donner toujours plus d*actualité.

Mai 1854.

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