LIVRE PREMIER i
il sera naturel qu'on les écoute avec la déférence qu'appelleront leurs lumières et leurs travaux ; mais le livre n'en restera pas moins la propriété de tout le monde. L'étudier sera le droit de tous, le devoir de tous. »
Voilà aussi, nous l'avouons, un raisonnement à primai. — N'en concluons rien. Voyons seulement ce qu'en penseront plus tard ceux qui l'auront fait.
Ce qu'ils en penseront? Ils n'auront pas même occasion d'y revenir. Quand ils liront ce livre, y trouverontils un seul mot qui leur inspire des doutes sur l'idée qu'ils s'en étaient faite à cet égard? Un seul mot indiquant que les instructions qu'il renferme doivent nécessairement passer par la bouche de certains hommes? Un seul mot , enfin , qui ne paraisse pas s'adresser à tout le monde, pour que chacun y prenne ce qu'aura trouvé son intelligence, sa conscience, son cœur? Non. n a fallu plusieurs siècles et toute la perspicacité de i'ambition pour découvrir, dans quelques-unes des paroles du maître, les germes du pouvoir que Rome s'est arrogé. Quand nous accepterions comme s'adressant à elle toutes les promesses d'assistance et d'inspiration faites à l'Église en général, elle serait encore loin d'en avoir reçu autant que l'Église juive , dont Dieu fut si longtemps le chef, et presque le chef visible, tant il intervenait directement dans les moindres détails de sa destinée. L'Église juive a-t-elle été pour cela exempte d'erreur? Jésus-Christ ne trouva-t-il rien à lui reprocher? Ouvrit-elle les yeux à cette nouvelle lumière qu'on lui annonçait depuis mille ans? Les Juifs se disaient « la race élue, » et en concluaient que la vérité ne pouvait s'être retirée du milieu d'eux. Quelle raison avaient-ils de moins que Rome aujourd'hui? S'ils ont
erré, rien ne démontrera que Rome ne puisse errer.
Quand donc Tinsuffisancc de la Bible serait aussi biea prouvée qu'elle Test peu, rien ne prouverait encore que l'Église romaine soit chargée et seule chargée d'y pour^ voir. Et que serait-ce si, passant aux faits, nous cherchions maintenant comment elle y a pourvu ? Avec quoi les a-t-elle comblées, ces lacunes qu'il lui a plu d'apercevoir dans la révélation écrite ? Ces dogmes dont il n'y a, selon elle-même, que peu de traces dans la Bible, et, selon nous, aucune , — sont-ils , au moins, assez d'accord avec l'esprit du reste, pour qu'on puisse les croire émanés de la même source ? Quoi ! Le Dieu qui a pu dicter plusieurs centaines de pages sans qu'il y eût un mot sur tels et tels dogmes romains, c'est lui qui a dicté plus tard les décrets en vertu desquels ces dogmes ont pris place — et quelle place!... la première, souvent, — parmi les dogmes chrétiens l Mais n'anticipons pas. Nous sommes ici dans une question de principes. Ne disons rien que la preuve ne suive.
Ce serait pourtant par des faits que nous pourrions encore le mieux répondre à la seconde allégation : l'autorité est nécessaire pour conserver la foi. Nous nous demanderions comment elle l'a conservée ; nous la som^ menons de justifier, un à un, les changements, les altérations de tout genre auxquelles elle s'est prêtée, et, comme nous le disions au commencement de ces réflexions, il suffirait d'un seul point non justifiable pour anéantir tout ce qui aurait été dit de plus fort en faveur de l'autorité. C'est là précisément ce que nous avons eu surtout en vue dans la rédaction de cette histoire, et nous ne pouvons ici qu'y renvoyer.
Aussi longtemps que les dogmes chrétiens gardèrent