‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 40 sur 151 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

leur simplicité primitive , que TÉcriture fut entre le» mains de tout le monde, que toutes les chaires retentirent d'invitations à l'étudier, — nous ne voyons pas qu'on ait eu l'idée d'ériger cet être abstrait, l'Église, en régulateur et conservateur de la doctrine, ni, encore moins, de lui accorder aucun droit sur la conscience et la raison de ses membres. Il y avait des conciles, soit ; encore n'y en eut-il aucun pendant les trois premiers siècles. Mais autre chose est de s'assembler pour s'entendre sur ce qu'on aura à enseigner, pour condamner accidentellement telle ou telle opinion qu'on croit mauvaise, — ou de s'arroger, de par Dieu, le droit absolu d'enseigner et de condamner. Ce droit, nous nions qu'on se l'arrogeât. S'il y avait eu au troisième, au quatrième, même au cinquième siècle, rien qui ressemblât à cela, — que signifieraient ces constants appels des Pères à la lecture, à l'étude, à l'examen des saints livres? Ce ne fut donc qu'après avoir admis plusieurs articles de foi, sinon entièrement faux, du moins hasardés et contestables , qu'il fallut trouver un moyen de les lier à ceux que personne ne contestait : protéger ce que ne protégeait pas assez l'autorité des saints livres, voilà le besoin d'où est née l'autorité de l'Église. Peu à peu, sa protection s'étendit sur la Bible même : ce ne fut plus des mains de Dieu , mais des mains de l'Église, qu'il fallut croire avoir reçu le volume sacré. Dès lors , les deux autorités n'en firent qu'une. Cette fusion, toute au profit de l'Église, fut de jour en jour plus complète ; la Bible disparut, comme disparaissent, quand un édifice est achevé, les premières pierres enfouies dans ses fondations. Aujourd'hui même, trois siècles après la Réforme , il y a des gens qu'un appel à la Bible étonne

profondément, qu'une citation de la Bible , lors même qu'ils n'ont rien à y répliquer, n'ébranle en aucune façon. Ils ne vous diront cependant ni qu'elle ait tort, ni qu'elle soit abrogée ; ils savent bien que leur Église la cite quelquefois ; mais la citer autrement que l'Église, c'est une nouveauté qui les confond. De quoi se mêle* t-elle, cette Bible? Quelle est cette musique nouvelle? L'instrument est bon, sans doute; mais, précisément parce qu'il est bon, pourquoi rendrait-il d'autres sons que ceux que l'Église en tire? Nous admettons, sur la foi de la science , des choses tout à fait contraires au témoignage des sens , le mouvement de la terre autour du soleil, par exemple ; pourquoi donc n'admettrionsnous pas, sur la foi de l'Église, autre chose que ce qui parait dit dans la Bible ? — Et voilà comment on arrive à rester catholique , tout en voyant clairement dans la Bible le contraire de ce qu'on croit *.

* C'est une observation que nous prendrons la liberté de recommander aux controversistes protestants. Ils oublient trop, en général, qu'ils ont affaire à des gens pour qui la Bible n'est rien, rien du moins par elle-même, dès qu'elle n'est plus d'accord avec les doctrines de Rome; ils en font trop leur unique massue, et ne s'aperçoivent pas du peu d'effet de leurs coups les mieux dirigés. Si ce n'étaient que des coups tombés à côté, passe encore ; on en serait quitte pour mieux ajuster une autre fois. Le pire, c'est qu'à force de recourir à la Bible contre des gens qui n'en reconnaissent pas encore l'autorité suprême, on les habitue toujours plus à ne pas la considérer comme prononçant en dernier ressort. Ainsi, dans toute polémique avec ces gens, ne l'appelez à votre secours qu'après les avoir en quelque sorte acculés contre elle par tous les autres arguments que vous aurez pu trouver; n'exposez pas l'épée de Dieu à battre inutilement l'air. — Que cette observation soit en même temps notre excuse auprès de ceux qui accuseraient notre livre de n'être pas assez biblique. Pour les protestants, il l'est assez ; pour les catholiques, il ne devait pas l'être davantage.

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