‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 52 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME l/i · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME l/i

très ont écrit... Les laïques doivent abonder dans la connaissance des Saintes-Lettres.., » Et ailleurs, écrivant aussi à une femme : « Ce que je ne cesserai de te recommander, c'est d'aimer l'Écriture et de la lire. »

Augustin * : <( Telle qu'est notre chair lorsqu'elle ne prend qu'une fois de la nourriture en plusieurs jours, telle est notre âme quand elle ne se nourrit pas fréquemment de la parole de Dieu. Continuez donc d'écouter dans l'église la lecture de l'Écriture sainte, et relisez-la dans vos maisons. »

Mais, de tous les Pères, le plus ardent sur ce point, c'est Chrysostôme. Outre une foule d'exhortations directes, qu'il est inutile de citer après tant d'autres, nous l'entendrions réfutant toutes les objections que ce sujet peut soulever. « Quand nous recevons de l'argent, dit-il 2, nous voulons le compter nous-mêmes ; et quand il s'agit des choses divines, nous donnerions tête baissée dans les opinions des autres ? Consultez donc les Écritures. » Mais elles ne sont pas assez claires... « Le Saint-Esprit en a confié tout exprès la composition à des hommes sans lettres, afin que chacun, jusqu'au moins instruit, puisse comprendre la parole et en profiter s. » Mais avons-nous le temps de nous occuper de ces choses?... « Que personne ne m'allègue ces misérables excuses : il faut que je gagne ma vie ; il faut que je nourrisse mes enfants. Ce n'est pas à moi à lire l'Écriture, mais à ceux qui ont renoncé au siècle. Pauvre homme ! C'est donc parce que tu es distrait par mille soins qu'il ne t'appartient pas de lire l'Écriture ? Mais tu en as encore plus

« Homélie LXVI. Du Temps.

s Homél. XIII. Sur l'Èp. auxCof^ntl\.

5 Homél. m. Sur Lazare,

150 HISTOIRE PV CONGIIifi DS TRENTE

^esûip que ceux qui se sont retirés d^ monde poiir ^qï^h ner toi}t Ipur temps à Dieu S »

Après les Pères, vQJQi celui qu'on ^ quelquefoi? ^p^ pelé le flerpier des Pères. Pflutériew de plusieuvsi^ siè-, clfs^ sop téflsoigpage ep est d'ftVt^Wt plps fort. Vi fersévérez, dit i^ipt Beyn^rd % persévérez ^ vous nourri^ de Ifi ^îftF^e de ftieu. Ei^ercez-Y^fts-y coutioueUeiue^i jusqu'à ce quQ Tesprit ypus déf^^iHe, G''^t-à-dire jusqu'^ la p^ort. »

Faut-il l'avis d'un pape? « L'Écriture, disait Gvégpire le Grand \ ^\ upe épttye que Dieu ^d^^s^ à sa créature. Médit^-la donc ^us les jquT«^, et, par la Parole de Pieu, f^pprpnez h cuunaitre jj)ieu. >;(

faut-il, ^p<in, l'avis d'uP çpuçile même? — Nous n'irops pas cbe^-cher ceux dpsi premiers siècles, alors que la lecture dçs Saints givres était chose si naturelle, s\ univçr^Ueflfteut reççnpmandée, que ce u'était pç^s mêp^e une questiop ^^r laquelle on eût ^ien ^ décréter ; piais. yoici ce (g^'en disait, en 816, le conci\e d'Aix-la-GJiapeUe : « (^e Ips jeunes filles même aiçaept les Saintes- Écritu.rps. Qu'elles puisent 1^ ss^gesse dans les livres de Salompn î qu'elles se forment ^ la patience par 1^^ lecture dw Uvrç de Jpb; qu'elles prennent ensuite les saints l^vaugiies, px>u,r ne les quitter jamc^is. »

Et il y savait à. Trente, et il y a encore des gêna prêts à flétrir çppim^ nçmeUe l'idée que la Bible est pour tous I On trouvait monstrueux que Luthey l'eut trî^dpUe en langue vulgaire; qu'avait donc fait Jérôme en la tra-: duisant pn latin? Qu'avait fait yiphilas, un des Pères de

* UomélÏQUI. Sur Laifare, 2 Sermon XXIV.

» Liv. IV, ép. hO.

LIVIDE 0fiUXI^U£ tôt

Kieée, m la traduisant dans la langue des Geths? Pqui^ quoi Bède-le-VénéraWp, dit-il avec joie que, de %m temps, rÉcriture se lisait en Angleterre en cinq laogueii diflérentesî Pourquoi, selon Augustin ^ estr-ce «^r la sag^si0 ((e JHeu ^ que T jjoriture, (( d'une seule langue en laquelle elle était primitivement, s'est muUipUée en une infinité de langages et de dialectes, afin qu'elle sq répandît partout? » Pourquoi tant de siècles, tant de conciles, sans le plus léger mot de blâme contre ces exhortations de tous les jours, contre cette « infinité » de traductions, contre ces efforts pour qu'il n'y eût pas de pays, pas de village, pas de maison sans Bible?

Mais prenons garda « Pas un mot de blâme, » avonsnous dit; et un pape a tout récemment ^ affirmé le eon-. trc^ire. « Ainsi, dit-il, ce que saint Jérôme ^pilç^^nù déjçk (U son^ tevfipsy on livre Finterprétatiojii des Écritures au babil de la vieille femme, au radotage du vieillard décrépit, à la verbosité du sophiste, à tou$, de toutes les conditions, pourvu qu'ils sachent lire. » ^. Que ré-, pondre?

Rien, c^r 1^ citation est fwase; et quand noua n' saurions eu aucun moyen de la vérifier, nous n'y aurions pas cru, Elle n^ peut être vraie, aurions-nous dit ; ^ quelqu'un a écrit cela, c'est moins saint Jér^e que personne.

Et en effet, voici ce qu'ii a écrit. « Les laboureurs, les. n^içons, le^ charpentiers... ceux qui travaillent même auj( ouvrage^ les plus vils, ne peuvent connaître leur métier sans l'avoir appris... Il n'y a que l'art desÉori^. ture».§ue chacun s'attribue... La vieille femme, le vieil^

^ mai nkk*

lard radoteur, le sophiste bavard, ont la prétention de la connaître, la déchirent et l'enseignent... avant de L'avoir apprise *. »

Donc , ce que Grégoire XVI a cru pouvoir travestir en une objection contre la lecture de la Bible, c'était un reproche... à qui? A ceux qui ne la lisent et ne Têtudient pas assez.

Le décret de Trente est plus réservé qu'on ne Ta été depuis. L'Église n'était pas encore en mesure de dire son dernier mot ; le concile dut se borner à entourer de restrictions, dont quelques-unes sont bonnes, l'impression, la vente et la lecture des Saints Livres. Mais Rome se posait, par cela même, en dispensatrice souveraine de ces livres et de tout ce qu'ils renferment. Si ce décret ne défend pas la lecture de la Bible, il n'a garde non plus de la reconnaître comme un droit , encore moins comme un devoir; l'interdiction n'y est nulle part, et elle en ressort départent. Faut-il des preuves? Nous n'avons qu'à voir ce qu'il en advint.

Trois mois après la clôture du concile, en publiant un catalogue de livres défendus, Ke IV le fait précéder de dix règles, dont la quatrième est ainsi conçue : « L'expérience ayant prouvé que la lecture des Saints Livres, accordée indistinctement à tout le monde, fait plus de mal que de bien, à cause de la témérité des hommes, il

* Lacérant, docent, anteguam discant. Seconde ép. à Paulin, Sur l'élude des Écritures,

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