LIVRE PREMIER
lorsque la corruption a crû pendant quatre cents ans de plus!... Oui, tu me remercierais de ton salut éternel, si je venais à bout de briser ce cachot, cet enfer où tu te trouves retenu. » Hélas ! Léon X ne s'y trouvait pas trop mal, dans cette affreuse prison. Il Tembellissait de son mieux par des magnificences, des fêtes, des « farces *, » qui en avaient fait la cour la plus splendide et la plus amusante de l'Europe ; mais on comprend sans peine ce que devait souffiir un homme pieux et grave qui, du fond « de cette fosse» et sans pouvoir s'en tirer, en voyait sortir tous les mécontentements, tous les maux, tous les scandales de l'Église. Adrien n'était pas depuis trois mois sur le trône, qu'il gémissait sur son impuissance à rien faire de tout ce qu'il avait rêvé ; il n'y était pas depuis un an, que, découragé, navré, l'extermination des luthériens lui paraissait le seul moyen d'en finir.
Il commença donc par sonder les dispositions des princes d'Allemagne ; mais il les trouva généralement peu zélés pour une cause dans laquelle ils s'étaient dès longtemps habitués à voir celle du pape, bien plus que celle de la religion et de l'Église. Les souverains les plus éloignés du luthéranisme étaient moins affligés de ses progrès que contents, en secret, des chagrins de la
< PaUav.» 1. 1, ch. ii. C'était pour subvenir aux dépenses de ces farces^ que Léon X avait créé lui-même plus de mille de ces charges dont nous ayons parlé.
10 HISTOIRE 01) tiONGILE D£ TRENTE
cour de Rome. Au milieu de toutes ses divisions, la vieille Germanie n'avait pas oublié son empereur grelottant trois jours dans la neige au pied des murs de Ganossa ^ Le souvenir de Henri IV était lourd à toutes ces couronnes électorales et ducales. « Luther est un démon ! » leur criait le pape. « Oui, pensaient*ils, mais un démon vengeur. » Et ils ne se pressaient pas de Tarrêter.
La diète allait s'assembler*. Le pape espérait-il obtenir des princes en corps ce que chacun d'eux, en particulier, avait à peu près refusé? S'il s'en flatta, ce ne fut pas longtemps. II n'avait cependant rien négligé pour rompre avec le passé odieux dont il se sentait l'héritier. Tous les désordres reprochés à la cour de Rome, il les confessait humblement; tout ce qu'on lui proposerait de raisonnable et d'utile, il s'engageait à y donner les mains. Malgré cela, la demande d'une croisade antiluthérienne n'obtint pas même d'être mise en délibération. Ces promesses , on voyait qu'il ne pourrait les tenir; ces aveux, on lui en sut gré, mais ce n'était qu'une preuve de plus de l'immensité du mal. Il n'y gagna que Tanimadversion de sa cour. On l'accusait hautement de faiblesse, de lâcheté, d'iœptie ; Pallavicini, sous des expressions plus douces, parait assez de cet avis. Il conclut qu'Adrien était un saint prêtre, mais un triste pape, et, en définitive, un pauvre homme.
La diète répondit donc qu'avant d'extirper l'hérésie, il fallait extirper ce qui en avait été la cause, ou, du moins, l'occasion. Elle avait vu, disait-elle, aveo una
« 1077. Démêlés aveo Grégc^ire VIL 2 A Nurenberg. Novembre 1522.
LIVR£ PREMISR il
vive joie, que le pape y songeât sérieusement. Elle lie doutait pas qu'un concile général ne fût, à ses yeux, le prunier et le meilleur des moyens.
Or, on a déjà vu qu'une des raisons du pape pour se montrer prêt à tant de réformes, c'était précisément d'empêcher qu'on ne songeât à les obtenir par un concile. Fort de ses intentions^ il s'était cru mieux placé que personne pour conserver dans toute sa plénitude le pouvoir Bijfioïa dont il avouait qu'on avait tant abusé, fit la diète n'avait pas demandé simplement mm concile^ mm un coodle pieux, librt et chrétien, convoqué an pim téi et du comienhemenî 4e l'empereur, dans une ville A'AUemagmi ce qui réunissait en quelques %nea tout ce qu'il y avait de plus contraire aux vues et aux intérêts du pape. Et les Italiens de dire, avec un redoublement de murmures :« Il n'a que ce qu'il s'est attiré. »
Bientôt les princes séculiers allèrent encore plus loin« Environ vingt ans avant cette époque» l'empereur Maximilieu avait fait rédiger dix des principaux griefs de FAIlemagne contre Rome, et cet écrit, quoique très-réservé» avait produit une sensation immense. Le temps des ménagements est passé. Maximilien a noté dix grieits; les princes vont en noter cent. C'est le fameux eentum gitwasÊàna qui, peu de jours après^ courra l'AUemagne et l'Europe.
ta dîète s*étaît séparée en mars (1525). En septembre, Adrien meurt. Estimé de ses adversaires,, détesté de ses alentours, il s'est félicité, e» expirant,
d'échapper à ce dédale d'angoisses, et son ami, le cardinal Enckenwort, a pu écrire sur sa tombe : « Ci gît qui, dans toute sa vie, n'a rien vu de plus malheureux que d'être appelé à régner*. »
L'héritier de ses embarras va suivre une tout autre voie* Les obstacles. Clément VII * n'aura pas l'air de les voir; les abus, il se gardera d'en gémir; les affronts, il saura les dévorer en silence, aussi longtemps, du moins, qu'il ne se sentira pas en état de les venger. Ainsi, dans une nouvelle diète*, il fait gravement demander de quoi l'on se plaint ; et comme on s'en réfère aux cent griefs de l'année précédente, il répond qu'il ne sait ce que l'on veut dire. Il lui est bien revenu, dit son légat, le cardinal Campeggi, qu'on a fait circuler un certain écrit de ce genre ; mais il aurait cru faire injure aux princes en leur attribuant un tel pamphlet. Au reste, ajoute le légat, le pape est prêt à donner toute satisfaction aux Allemands, et lui, Campeggi, a pleins pouvoirs pour cela. On lui demande alors par où il va commencer. Il expose son plan. Ce sont quelques réformes assez^bonnes, mais presque uniquement dans le bas clergé. La diète répond que c'est une dérision de vouloir guérir les feuilles, ou tout au plus quelques branches, en laissant le tronc malade et gâté. Dans un édit du 18 avril, elle ne s'en tient pas à déclarer, comme précédemment , qu'il serait bon de convoquer un concile ; elle décrète qu'un concile sera en effet convoqué, et cela, au plus tôt.
« . . . . Qui nihii sibi infelicius in vita duxit^ quam quàd im~ peraret.
2 Jules de Médicîs, cousin de Léon X.
i Nurenberg. 1524.