‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 65 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME iS'd · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME iS'd

à raisonner sur les merveilles de la nature, mais sans penser ni pouvoir penser à Dieu. Catharin , qui s'était constitué leur patron , trouvait ce dernier avîs encore trop dur : les anges et les saints, affirmait-il, vont constamment les visiter. Les théologiens jacobins proposaient un milieu qui, sans avoir été décrété, est devenu la doctrine ordinaire de TÉglise. Selon eux, les enfants morts sans baptême résident entre le paradis et Tenfer; ils ne sont ni heureux ni malheureux , ni joyeux ni tristes. — Bref, on eût dit que le concile était appelé, non pas à dire où étaient ces enfants, mais à déterminer lui-même où on les mettrait , ce qu'on en ferait. Quel délire ! Et n'était la nécessité de rester grave dans tout ce qui tient, même de loin et par des liens absurdes, aux grandes idées de la religion, qui raconterait sérieusement des divagations de celte force? Expliquer et développer des dogmes, à la bonne heure; encore faut-il savoir s'arrêter. Mais vouloir deviner, fixer, ériger en dogmes des faits que la révélation n'enseigne pas, et qui sont en dehors de toute espèce d'observation et de vérification, — c'est un travers que nous traiterions d'incroyable s'il était moins avéré, et qu'on nous donnerait, dans l'histoire du paganisme, comme un exemple inouï de la témérité des docteurs, de la crédulité des disciples, de l'ineptie des peuples. Si ce reproche n'est pas précisément applicable au présent décret, puisqu'on renonça à s'expliquer sur l'état des enfants morts sans baptême, combien n'en fit-on pas, plus tard, sur des points qui n'étaient ni plus enseignés dans la Bible, ni plus faciles à éclaircir sans elle ! Sur ce point même, d'ailleurs, puisque le concile s'est tù, pourquoi donne-t-on, dans les catéchismes, des détails qu'il n'a pas donnés?.

Au reste, tout en enseignant, d'après le concile, qu'il n'y a « point d'autre moyen que le baptême de procurer le salut aux enfants, » le fameux Catechismus RomanuSf vulgairement appelé Catéchisme du concile de Trente *, avoue un fait qiii suffirait au renversement de cette doctrine, si le bon sens n'y suffisait déjà. Ce fait, c'est que, dans la primitive Église, les jours de Pâques et de Pentecôte étaient les seuls où Ton administrât le baptême «. Quoique le catéchisme ajoute : « sauf le cas de nécessité, » quelle apparence y a-t-il que les enfants, même les mieux portants, eussent été laissés pendant tant de mois sans baptême, si on avait pensé que leur salut fût compromis?

Après de longues et inutiles conférences, la majorité en revint à son premier avis : point d'enseignements directs sur le Péché Originel ; simple condamnation d'un certain nombre d'idées hérétiques. En vain plusieurs évêques, et les théologiens surtout, remontrèrent-ils qu'un concile est assemblé aussi bien pour instruire les

* Nous l'avons déjà cité, et nous aurons souvent à le citer. Publié sur Tordre exprès du concile (session xxi?), calqué sur ses décrets, approuvé par Pie V en 1570 et par Grégoire XIII en 1583, ce livre est mis, dans TÉglise romaine, à peu près sur la même ligne que les décrets des conciles, et c'est, en fait, la base de renseignement religieux dans tout l'univers catholique.

2 a Quibus tantum diebus, nisi nécessitas aliter facere coëgisset, in veteris Ecclesiœ more positum fuit ut baptismus administraretur. »

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