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fidèles que pour condamner Terreur ; en vain quelquesuns, notamment Jérôme Seripandi, le général des Augustins, donnèrent-ils à entendre que ce serait un aveu d'impuissance. Les évêques se sentaient décidément incapables de dresser des articles en lesquels ils eussent eux-mêmes assez de confiance pour les imposer à rÉglise. Ils persistèrent donc. Les en louerons-nous? Il faudrait que cette réserve eût été plus constante ; et comme nous les verrons prononcer avec assurance dans des cas où ils n'en savaient certainement pas davantage, nous ne pouvons leur savoir beaucoup de gré d'une modestie aussi passagère, précédée, accompagnée, suivie de tant d'orgueil et d'audace. Puis, dans un autre point de vue, comment accorder ce silence avec l'idée de l'autorité et de la divine inspiration du concile? S'il a reculé devant le Péché Originel, de quel droit imposerat-il ce qu'il aura décrété sur la Justification, sur la Grâce, sur vingt autres sujets devant lesquels il aurait eu tout autant de raisons de reculer et de se taire? Mais la grande raison, nous l'avons dit, ce fut qu'on ne se sentait pas assez d'accord; sur ces autres questions, on se trouva l'être un peu plus, et on osa. Voilà tout le secret ; mais alors, nouvelle objection. Cet accord qui vous a donné, en d'autres cas, le courage de prononcer, c'était, dites-vous, un signe de l'assistance divine ; Dieu ne pouvait permettre que vous fussiez unanimes à décréter une erreur. Soit. Mais alors, à quel singulier rôle vous condamnez le Saint-Esprit! Voilà deux questions parallèles, le Péché Originel, sur lequel vous venez de lie rien dire, — et la Grâce, sur laquelle vous allez faire (car c'est ce qui arriva) seize chapitres. Dans ce fiernier sujet, par conséquent, assistance du Saint-Es-;
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prit, pleine et entière ; dans Tautre, rien ou presque rien. Quel caprice! Et comme nous trouverions étrange la conduite d'un protecteur qui tantôt secourrait, tantôt abandonnerait, tantôt maintiendrait d'accord, tantôt laisserait aller en tout sens ceux qu'il sait ne pouvoir se passer de lui et n'être rien sans lui ! n Exiger, dit le P. Biner, qu'une si nombreuse assemblée jae donnât l'exempleM'aucune dissidence, c'est sortir de ce monde, et vouloir assister à un concile tenu par les anges. » Nous aussi nous trouvons tout simple qu'il y ait eu des questions sur lesquelles on ne s'entendit pas; mais, plus l'assemblée ^era loin de ressembler à un concile d'anges, plus nous serons fondés à la trouver téméraire d'avoir prétendu prononcer infailliblement sur des choses où les anges eux-mêmes, dit l'Écriture, « ne voient pas jusqu'au fond. »
On s'en tint donc à former cinq canons, accompagnés d'anathëmes. Le premier, contre ceux qui nient qu'Adam ait perdu la justice originelle ; le second, contre ceux qui nient la transmission du péché originel ; le troisième, contre ceux qui pensent que le baptême ne l'efface pas entièrement; le quatrième, contre ceux qui nient la nécessité absolue du baptême ; le cinquième, enfin, contre ceux qui disent qu'après le baptême la concupiscence est encore péché *.
1 On appelle concupiscence^ en théologie, l'ensemble des désirs de révolte qui existent chez Thomme (révolte de la chair contre l'esprit, de Tesprit contre Dieu, etc.). Ces désirs, considérés comme les suites du péché originel, cessent, par le baptôme, d'être des péchés : ils ne deviennent criminels que lorsque nous y ce* dons, tandis que, chez l'homme non baptisé, ils sont coupables par cela seul qu'ils existent. — Telle est la doctrine romaine, et c'est dans ce sens que le concile condamue ceux qui attaqueront
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A l'occasion du second, îl s'éleva entre les Cordeliers et les Jacobins une querelle déjà vieille de quatre siècles, que le concile ne devait pas terminer, et qui dure encore.
La vierge Marie est-elle comprise dans le décret qui déclare tous les enfants d'Adam soumis au Péché Originel T — Voilà la question.
Question oiseuse, s'il en fut. Oiseuse en elle-même ; dès que la Bible n'en dit rien, quel moyen aurait-on de la résoudre? Oiseuse dans ses résultats : que la vierge Marie ait été conçue ou non sous l'empire du Péché Originel, que nous importe ? En quoi cette circonstance influera-t-elle sur notre foi ou nos œuvres ? Et quand la Conception immaculée de la Vierge serait un fait susceptible d'être établi, le Christianisme aurait donc été incomplet jusqu'à ce qu'on en parlât?
Jusqu'au douzième siècle, en effet, rien de formel sur cet étrange problème. Nous en avons la preuve dans les citations mêmes que Pallavicini accumule, en cette endroit, pour démontrer l'ancienneté des hommages rendus à la sainteté de la Vierge. Plus ces déclarations sont fortes, plus il serait inconcevable que l'exemption de la tache originelle n'y fût pas mentionnée, pour peu qu'on y eût cru ou seulement qu'on y eût songé. Vers 1130, au plus fort de cette espèce de fièvre qui faisait continuellement ajouter de nouveaux honneurs au culte de Marie et
l'efficacité du baptême, en prétendant qu'il n'empécbe pas Ja concupiscence d'être péché.
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de nouvelles merveilles à son histoire, les chanoines de Lyon se mettent tout à coup à prêcher ce nouveau dogme ; ils parlent même d'instituer une fête en son honneur. Saint Bernard s'y oppose ; il leur écrit une lettre sévère, qu'on a tenté, mais en vain*, de transformer en une simple réprimande sur ce qu'ils n'avaient pas commencé par en référer au pape. Celui qui a appelé cette idée « une nouveauté présomptueuse, mère de la témé^ rité^ sœur de la superstition^ fille de la légèreté, » ne pouvait avoir Tintention de ne s'attaquer qu'à la forme. Ce n'était pourtant pas qu'il fût habituellement avare d'hommages envers la Vierge, puisqu'il l'appelle ailleurs, dans son langage plus pittoresque que noble, « le cou de l'Église, le canal par lequel passent de la tête aux membres toutes les influences et toutes les grâces; » mais comme c'était, après tout, un homme supérieur, il résistait un peu mieux que son siècle au penchant de fouiller le vide pour en tirer le futile ou . l'absurde. Quatre-vingts ans après, voilà Jean Scot qui reprend la question. En le lisant, on voit qu'elle a marché. L'Immaculée Conception lui sourit. Il la soutient, mais seulement quant à sa possibilité. De preuves directes, il n'en donne point, n'en cherche point; il ne paraît pas croire qu'on doive jamais en avoir. Dans ses derniers écrits, il incline décidément à l'admettre, mais toujours comme affaire de sentiment. Il lui répugne de penser que la Vierge ait pu être, même un moment , sous le poids d'une condamnation. Christ a racheté tous les hommes ; toutefois, il ne serait pas un
« Pallavicini, 1. VII. — Le cardinal de Boriald, mandement 411 21 novembre 18/i3*
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rédempteur parfait s'il n'y avait au moins une créature qu'il ait sauvée, non-seulement des suites du Péché Originel, mais du Péché Originel lui-même. Cette créature, qui serait-ce donc si ce n'est sa mère ? — Admirables raisonnements, sur la foi desquels on n'oserait nous demander d'admettre le plus petit fait scientifique, et qui deviennent bons, apparemment, en religion I
Disciples de Jean Scott, les Cordeliers allèrent bientôt plus loin que lui. L'Immaculée Conception fut hautement soutenue comme un dogme, mais vivement attaquée, en même temps, par les Jacobins leurs ennemis. L'Église ne prononçant pas, le champ restait ouvert. De là dçs ^erelles, des écrits, des haines sans fin. On commençait aussi à discuter toujours plus vivement la virginité de Marie, perpétuelle, selon les uns, terminée, selon les autres, à la naissance du Christ ou à celle d'enfants nés après lui. La première opinion gagnait tous les jours du terrain* On en avait besoin : c'était assez pour qu'on la crut fondée. En vain les Évangiles nous montrent-ils la Vierge mariée à Joseph, vivant de longues années avec lui, tout à. fait étrangère aux idées mystiques qu'on lui suppose, idées qui eussent été d'ailleurs positivement contraires aux idées juives, puisque la virginité dans le mariage était une espèce d'opprobre ; en vain ces mêmes livres nous la montrent-ils plusieurs fois accompagnée de ceux qu'ils appellent « les frères » de Jésus : toutes ces difficultés, on les a franchies. Marie n'est plus seulement « une vierge, » comme dit l'Écriture, dans sa suave introduction aux merveilles de Bethléem ; c'est « la Vierge, » le type de la virginité et de toutes les perfections dont cet état , selon Rome, est la source. Le concile ne Tapas dit, mais
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l'Église renseigne; te Catéchisme Roioftio en parle on long, avec explications que nous n'oserions citer, mëtne en latin. Pourtant, quand les raisons à l'appui seraient aussi fortes qu'elles sont faibles, si ce n'est ridicules, quand les « frères » de Jésus auraient été , comme on l'a prétendu, non des frères, mais des cousins, — toujours faudrait-il avouer que les Évangélistes mettaient bien peu d'importance à cette doctrine, puisqu'ils donnaient , sans nul avis contraire , tant de détails qui ne pouvaient que la rendre invraisemblable et en ôter Josqu^à l'idée. Quand il est dit , par exemple , que « les frères mêmes de Jésus ne croyaient pas en lui, » essayez de mettre cousins, et vo^et à quelle bizarre idée cela vous mène. Mettez cousins, enfin, partout où il y a frères; et autant c'était chose naturelle de nous peindre une mère accompagnée de ses enfants, autant ce serait chose étrange , ridicule , que les évangélistes eussent rdppelé en dix endroits ce cortège de neveux.
Sur rimmaculée Conception , les papes flottaient comme les docteurs. Les uns se déclaraient pour, les autres contre, mais comme théologiens, non comme papes ; les opinions étaient trop divisées pour qu'aucun d'eux se hasardât à prononcer ofliciellement. De temps en temps il se faisait quelques pas , soit en avant , soit en arHère. Jean XXII, en haine des CordeliersS paraît un moment sur le point de condamner leur doctrine ; Sixte IV, cordelier lui-même, les favorise ouvertement. En 1476, il défend de les accuser d'hérésie, et autorise la fête imaginée à Lyon. La question de fait, cependant,
* Ils avaient soutenu Tempereuf Louis de Bavière, excotnmunié par lui. A quoi tenait l*lnimaculée GoûceptionI