‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 75 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

laquelle on avoue, pour en faire honneur au concile, ce long travail qui devient, par là même, un si fort argument contre son autorité. « Il est incroyable, dit Pallavîcini*, avec quel soin, avec quelle subtilité, quelle per* sévérance, on en pesa et on en discuta chaque syllabe, d'abord dans les congrégations des théologiens, qui ne faisaient que conseiller, eteùsuite dans celles dés Pères, qui avaient voix définitive. » — « En vain, dit le P. Biner, accuserait-on le concile de n'avoir fait qu'effletirer les sujets... Pour ajouter, ôter, changer un mot, il fallut souvent de longues délibérations. » Cela ne prouve pas, soit dit en passant, qu'il n'y ait eu aussi des sujets traités beaucoup trop vite, et nous en verrons plus d'un exemple ; mais, pour rester dans le point de vue indiqué, quelle imprudente apologie ! Quand on vous appellera à parler, disait Jésus-Christ à ses apôtres, <( ne vous mettez pas d'avance en peine de ce que vous direz. » Voilà l'inspiration; voilà l'infaillibilité. Hors de là, elle ne se conçoit plus. S'il vous a fallu des heures, des jours, pour vous décider sur un mot, qui nous garantira qu'en délibérant encore vous n'eussiez pas fini par vous décider pour un autre? Vous nous prouvez la maturité des décrets ; mais maturité, chose tout humaine, suppose nécessairement la possibilité d'une maturité encore plus grande ; dès que vous la faites valoir en faveur d'un décret, vous avouez l'introduction d'un élément humain , variable , faillible. Sinon , ces ratures sans nombre, c'était donc Dieu qui les faisait par votre main ? Ces tâtonnements en tout sens, c'était le Saint-Esprit qui, avant de vous dire son dernief mot,

4 Liv. VIII, ch. XI.

s'amusait à vous promener d'erreur en erreur!... Allez, après cela, allez déclamer contre les étrangetés du paganisme I Jamais la Grèce, jamais l'Italie ou Tlnde, n'ont adopté une invraisemblance aussi monstrueuse. Quand le Brahme ordonne de croire, c'est au moins au nom de décrets qu'il n'a pas faits, et dont l'origine se perd dans la nuit des temps ; mais commander la foi, ouvrir ou fermer le ciel , sur une loi qui peut être retrouvée en brouillon, — c'est une inconséquence et une audace dont les religions les plus fausses n'ont jamais approché.

Les fruits ne s'en firent pas attendre. On avait semé le vent ; il ne pouvait en germer que des orages. « Les autres hommes parlent pour être entendus, écrivait plus tard Gui de Pibrac au chancelier de l'Hôpital ; ceux-ci parlent pour ne point l'être *. » Un fait étrange allait bientôt le prouver.

Peu après la publication du décret sur la Grâce, voici venir un livre intitulé : De naturâ et gratiâ. L'auteur, Dominique Soto , est un des premiers théologiens du concile. C'est au concile même qu'il dédie son livre. Il se prosterne humblement, dans sa préface, devant l'autorité de ce vénérable corps ; il parle du décret avec une admiration profonde, très-sentie, sans doute, car

* « Cum cœteri homines loquuntur ut iniëlligi possint, isti liihU magis volunt quam ne intelligantur. »

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