LIVR£ PR£MI£B
Il savait à qui il parlait. Un parti puissant, soutenu et encouragé par lui, travaillait depuis quelque temps, dans Rome même, à l'abaissement du pape. Le cardinal Pompée Colonna, chef de la maison de ce nom, venait de se déclarer pour l'empereur. C'était la destinée de sa famille, disait-il, d'être haïe des mauvais papes, mais aussi d'en débarrasser l'Église. « Si ses ancêtres avaient fait trembler un Boniface VIII, il saurait bien, lui, mettre à la raison un Clément VII. )> Et ce n'était pas seulement par des violences qu'il pouvait tourmenter le malheureux pape. L'élection de Clément avait été entachée, à ce qu'il paraît, dé plus d'un fait peu honorable. Il y avait eu des cabales, des promesses d'argent, de places; toutes choses peu rares, en général, dans les élections du temps, mais sévèrement défendues par les canons de l'Église, et par conséquent suffisantes, l'empereur aidant, pour faire déposer un pape comme illégitime et intrus. Ajoutez à cela une illégitimité d'un autre genre, celle de sa naissance. Fils d'une des maîtresses de Julien de Médicis, il n'avait jamais pu prouver que son père l'eût épousée. En le créant cardinal, Léon X avait fait rendre un arrêt où sa légitimité était reconnue ; mais ce n'était qu'unjipreuve de plus qu'elle avait été jusque-là au moins douteuse, et on avait continué à douter. Or, les anciens canons défendaient aussi d'élever, même à la prêtrise, celui dont la naissance n'aurait pas été légitime pu régulièrement légitimée.
Les orages s'amoncelaient ; mais le pape, de son c6té, n'avait point perdu de temps. Avant de rompre avec l'empereur, il s'était assuré l'appui de la France. Tous les serments que le prisonnier de Pavie avait dû faire, dans sa prison de Madrid, pour recouvrer sa liberté, le
pape l'en avait secrètement relevé. Secrètement ligués, sous ses auspices, contre les envahissements de l'empereur, les princes d'Italie étaient prêts à se soulever au premier signal.
L'insurrection éclate. Le pape envoie en Lombardie toutes les troupes dont il peut disposer ; mais à peine la ville est-elle sans défense, que les Golonna s'en approchent avec tout ce qu'ils ont pu ramasser de soldats et de bandits. Ils entrent. Le pape veut les attendre sur son trône, la tiare sur la tête et la crosse en main, comme jadis Boniface. « Nous verrons, dit-il, s'ils oseront porter la main sur le successeur de saint Pierre ! » Pierre lui-même se serait peu reconnu, à vrai dire, sous ce costume et dans cet entourage. Pourtant, soyons justes : le pape avait là un beau mouvement. Mais ses amis s'effraient ; on lui conseille de ne pas s'y fier. Les Colonna ne sont, plus hommes à tomber à genoux. Ils ont vu la papauté de trop près ; ils savent ce qu'il y a de sapin sous le velours de son trône, et de carton sous les pierreries de sa tiare. Clément court au château Saint- Ange ;'les Colonna pillent le Vatican. Repoussés par le peuple , ils vont camper aux portes de la ville , et le vice-roi de Naples, soit de son chef, soit^sur l'ordre de l'empereur, leur envoie journellement des renforts. Le pape capitule. Il rappellera ses troupes ; les Colonna s'éloigneront. Mais h peine ses troupes sont-elles de retour, qu'il excommunie les Colonna , leurs adhérents , leurs amis, quiconque enfin leur porte ou leur portera secours. C'était excommunier l'empereur. Réfugié auprès du viceroi. Pompée Colonha en appelle « au futur concile, » et l'appel se trouve mystérieusement affiché, un matin, h la porte de toutes les églises de Rome.