LIVRE PREMIER
Bientôt, du nord et du sud à la fois, l'orage approche. Ici, c'est le vice-roi qui vient demander raison de Texcommunication des Colonna ; là, c'est Charles de Bourbon, le général de l'armée impériale, qui s'avance on ne sait pourquoi, ministre du démon, selon les uns, ministre de Dieu, selon les autres , pour châtier Borne et y périr. A-t-il des ordres? On l'ignore ; et c'est encore aujourd'hui un problème que de savoir s'il en avait. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'avait pas d'ordres contraires, et qu'il ne fut jamais sérieusement désavoué.
Alors Clément offre encore une fois de réhabiliter les Colonna. Le vice-roi accepte, et s'en retourne ; Bourbon ne répond rien, et le voilà bientôt au pied des murailles de Bome. Le 6 mai S on donne l'assaut. Le général est tué, mais la ville est prise, et quatorze mille Allemands, presque tous luthériens, restent chargés des vengeances de l'empereur. Du haut des tours de Saint-Ange, le pape assiste au pillage de sa ville. Il voit ses cardinaux, menés processionnellement sur des ânes. Les cloches sonnent, les canons tirent... C'est Luther qu'on vient de proclamer pape. Un soudart, la tiare en tête, va être burlesquement intronisé en son nom.
Cependant, d'un bout de l'Europe à l'autre , tout ce qui tient encore au catholicisme et à l'Église s'émeut, s'indigne, à l'idée d'un pape prisonnier. Mais le plus'
i$ HISTOIRE DU GONGILK DE TRENTE
prompt à en gémir, c'est Charles-Quint. Il ordonne des processions pour la délivrance du pape ; il interrompt les fêtes qu'on donnait à Valladolid pour la naissance de son fils ; il n'oublie qu'une chose : c'est d'ordonner aux siens de quitter Rome et de laisser aller le pape. — Infâme comédie, qui allait cependant durer six mois.
Au reste, en fait de dissimulation, Rome ne resta jamais en arrière. Clément VII allait en offrir un exemple moins odieux, mais plus extraordinaire encore.
Les princes ligués contre l'empereur avaient enfin eu des succès. Une armée française occupait le royaume de Naples. Le pape était libre. C'était le moment , ou jamais, d'excommunier Charles-Quint, de s'unir à ses ennemis, d'affranchir l'Italie. Vivement pressé de se prononcer, Clément hésite , tergiverse, refuse. En secret, il ne trouve pas de mots assez forts pour mau(Kre l'empereur ; en public, il le flatte et le comble de prévenances ; il n'a pas l'air de se douter que Charles ait été pour rien dans le siège de Rome , ni dans ses six mois de captivité.
Pourquoi ce changement? La cause n'en était une énigme pour personne. Florence avait profité des revers du pape pour secouer le joug des Médicis , et Clément tenait, avant tout, à la recouvrer. De là son humilité et ses soins envers celui qui pouvait la lui rendre. D'ailleurs, le danger seul et la colère avaient pu momentanément l'unir à ses voisins. Ses plus grands ennemis, il le savait bien, n'étaient pas en Allemagne. Il avait encore plus besoin de l'empereur contre les princes d'Italie , que de ceux-ci contre l'empereur.
Charles, de son côté, recommençait à avoir besoin de la cour de Rome. Ne d'étant jamais avoué l'auteur des
revers du pape, 0OQ amwr-propre Q-était pas engagé à le mainteoir daps rabaissemeiit. Aussi, les négocia* lions étaient h peiuQ entamées, qu'on ne se serait pas douté qu'il y eut eu entre eux aucun nuage. Le pape promet tout ce qu'on veut ; Charles-Quint rend tout ce qu'on lui redemande, et s'engagcJ, en particulier, à rétablir Florence sous la domination des Médicis, Un seul point demeure en suspens : c'est encore la granda af-< faire du concile, L'empereur en a parlé, mais mollement ; il est évident que, pour le moment, il ne s'en soucie pas. Clément, qui s'en soucie encore moins , n'a répondu ni oui ai non.
VIH
En mars 1529, nouvelle diète à Spire. Grands débats. Êdit portant que les innovations déjà reçues pourront être tolérées par les princes, mais qu'on ne devra pas en autoriser de nouvelles. Six princes et quatorze villes libres protestent contre ce décret. De là le nom dtpro* testants, qui allait devenir celui de tous les réformés.
Le pape et l'empereur étaient réconciliés ; il ne leur restait plus qu'à s'embrasser aux regards de l'Europe. En novembre donc, les voilà ensemble à Bologne, logeant dans le même palais, mangeant à la même table. Qu'elles seraient risibles, ces grandes scènes de la politique humaine , si elles n'étaient ,^ avant tout, profondément tristes et profondément immorales ! Mais racontons; ne jugeons pa& Nous aurons assez à juger plus tard.
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Les conférences durèrent quatre mois. L'empereur, à ce qu'il paraît, était sérieusement revenu à l'idée d'un concile. Il insistait ; il était presque sur le point d'exiger. Néanmoins, Clément l'emporta. Il démontra — ce qui commençait, du reste, à être évident — qu'un concile ne servirait qu'à creuser un abîme entre Rome et les réformés. Il fallait , avant de s'y mettre, ou les ramener, ou les écraser. Ce fut dans cet esprit que Charles-Quint partit pour l'Allemagne. Une diète allait s'ouvrir à Augsbourg. Campeggi, le nonce du pape, devait l'y précéder.
Sûr du concours de l'empereur, — autant , du moins, qu'on pouvait l'être des promesses de Charles-Quint,— Clément n'était pas hors d'alarmes. S'être soustrait, pour le moment, au danger d'un concile , c'était beaucoup ; mais il s'agissait d'empêcher, ce qui eût été bien pire, que la diète ne s'érigeât elle-même en juge des questions de foi. Même sans le vouloir, elle peut y être conduite. Les luthériens annoncent une confession de foi ; c'est l'électeur de Saxe qui la présentera. Comment faudrat-il donc qu'on la reçoive ? Sans la condamner? Les peuples diront qu'on l'approuve. En la condamnant? Ce sera agir en concile» Si on s'abstient, à qui la renvoyer? Au pape ? dénient ne l'espère pas, et il a raison. A un futur concile? Mais il faudra donc en convoquer un, et c'est ce que le pape a surtout voulu éviter. En attendant, la conifession arrive. Les peuples l'appellent déjà La confession d'Augsbourg, Qu'en fera-t-on ?
A force d^ précautions et d'art, le nonce réussit d'abord à concentrer la querelle entre les théologiens des deux partis. « J'apprends, écrivait Luther à Spalatin, le chapelain de l'électeur de Saxe , que vous avez en-