‹ Histoire du Concile de Trente: 2 tomChapitre 80 sur 151 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

s^il plaisait à un pape de se considérer, à la lettre, comme le seul évêque nécessaire, de casser tous les autres et d'éteindre avec eux tout le clergé inférieur, de rester seul et unique pasteur de toutes les paroisses catholiques de l'univers, — il en aurait le droit ? C'est absurde... mais c'est logique ; et l'on a déjà vu si ces deux mots ne sont pas souvent synonymes quand on presse les conséquences du système romain.

Or, cette absolue concentration, dans les mains du pape, de tous les pouvoirs de l'Église, — c'est, quoique beaucoup de catholiques l'ignorent ou le cachent, c'est le système romain, c'est la pure et invariable doctrine ultramontaine, celle de la cour de Rome, celle des papes. Nous le prouverons plus tard, et nous n'aurons, pour cela, qu'à laisser parler les théologiens et les évêques qui étaient regardés , à Trente , comme les procureurs du pape, les représentants avoués des doctrines papales.

Cependant la querelle s'envenimait. Les légats virent le moment où l'autorité même du Sainl-Siége, en tant que source du pouvoir épiscopal , allait être mise en question ; de tous les postes à défendre, il n'y en avait pas de plus mauvais. « On y reviendra, dirent-ils; allons au plus pressé. » On y revint, en effet, mais au bout de quinze ans, tout à la fin du concile, et l'orage n'en fut que plus terrible.

Le pape étant ainsi en dehors de la discussion, la partie saine du concile ne pouvait plus guère avoir foi en l'efficacité de ce qu'on allait ordonner sur ces matières. A quoi bon prescrire la résidence, tant que la cour de Rome sera libre d'en exempter qui bon lui semblera, ou de fermer les yeux sur toutes les contraven-

gâ^ HISTOIRE pu |}OII€I|i« 9^ TRENTE

tioQs ? On prit le parti de po^er 1^8 r^les, sfton s'it^uiép t^r et «uftput ^ns paraître «'inquiéter de ce qu'il m adviendrait. Ces règles, d'^ltouii^, ^'étaient paa d»re9. Le prélat qvû, san« rai^oa siiISsapte, resterait mx maii d« suite absent de sou diacèae, perdrait le quart da 9m v^WH ; une absence d'un au lui en ôterait la moilié. mm de plus facile, par conséquent, que de rester éêm la règle : il n'y avait qu'à résider un ©ois sur six, du U^ême un pioi$ «ur ioymt pourvu qiuî ce fàt en deux quinzaines convenablement espacées^ Puis, ce quart, cette moitié à retrancher du revenu, qui la reiran^ aliera ? Le «élropolitaio ? Il e^ douteui^ qu'il le veuille, et, s'il i^ veut, qu'il le puius^f^ Le psipe ? Hais, auii^ t^** jm& du dfécret, l'affaire ne doit arriver au pape qu'après fiWir passé par )e inétr<opolitain. Et si c'est ce derni^ qui pèche, oà sera la s^anction? ^ On le voit : auta^^ eût valu m ri#n dire et ne rien fair#. Quand tous lee membres du concile eussent été profondément désireux de r^^^édi^r au mai, que fMHivsûent-ii^ ? Ils avaieni tes mains liées, la langue aussi ; car s'ils étaient individuel» lexnent libres, ju^u'à un eertain i>oint, de dire tout 09 qu'ils pi^usaient, r^ en corps, ils ne Tétaient pas. De toul^ pai'ts, on leur montrait des abimes ; en leur ii^ s^it : (( Prenez garde ! si le pape y roule, vous y roulée avec lui ! ï^ P c'était vrai. Fous corriger l'abus dont no«« venons de parler, ils ne pouvaient s'appuyer, en définit tive, que sur le pouvoir même qui en avait été la cause première et permanente ; et quant à ces grandes idées d'ordre, de piété, de moralité, de devoir, qui seules ai^ raient pu former une digue contre de 6emblal>lesdé8or* dres, il ue leur eât pas été possible d'y faire sérieuse»^ meni appel sans entrer en luHe avec celui dont ravouliét^

que la volonté tint lieu ds toutes Im 1^» débMniitnâi seule tous les âavâtrs.

La noaHTésideiiee allaU done Atfe, en «offlme, plutât fidlitée qu'interdite, puûque le décret o^ait aux é¥é* «pies les moyens de la régulariser. Dès lors, eomment eu»i{rter sur eux pour forcer à ia résidenee les bénéfi* ri.esm inférieurs ? On décida cependant qu'ils anraienti n#n oumme évéques, mais comme délégués du pape, une certaine autorité sur ceux mêmes qui avsûent ou auraient des dispenses pontificales. Ils devaient vérifier ces dispenses, voir si l'absent était convenablement remplacé, si le remplaçant recevait un salaire convenable, etc. Choses très-bonnes en détail, mais qui n'aboutissaient, en droit,'qa'à la confirmation de Tomnipotence papale, car les évèques ne devaient ni rejeter ni casser les dispenses, mais seulement en régulariser Texécution. On décida aussi qu'aucun évéque ne pourrait ordonner à$s prêtres dans le diocèse d'un autre sans l'autorisation de ce dernier ; enfm, que tout évéque aurait à l'avenir, nonobstant usage contraire ou même exemption accordée, Tinspectlon et la direction du chapitre de son église cathédrale. — Ce dernier article donnerait seul la mesure de l'excès où était tombé Tabus des dispenses. Que pouvait être la position d'un évéque, perpétuellement face li face avec un corps jadis créé pour lui servir de conseil, et transformé, par la volonté du pape, en une puissance indépendante et rivale? Il y en avait assez pour chasser de son diocèse un évéque ennemi des tracasseries.

Voilà pourtant où en était arrivé, même en dépit du corps épiscopal, le système romain abandonné à luimême et à ses tendances envahissantes. Il n'y avait pas

eu dans l'Église une seule lutte, une seule innovation, un seul décret qui n'eût abouti, directement ou indirectement, à étendre l'autorité pontificale. Du bien public et du salut des âmes, il n'en était pas plus question que s'il se fût agi d'une vaste entreprise industrielle ; on n'avait seulement pas l'air de songer qu'il pût en être question. Voyez, dans cette session même, avec quelle ardeur les Italiens avaient fait de la résidence une affaire de droit papal. C'était fort impolitique, ce semble, fort imprudent ; c'était imposer au pape toute la responsabilité des désordres et des maux attribués k la non-résidence, et dont les légats eux-mêmes avaient fait, au début, un si effrayant tableau. Eh bien, ce danger ne les touchait nullement. Viennent les reproches de fait, pourvu que le droit soit constaté. Que la cour de Rome soit accusée d'avoir ruiné l'Église en poussant l'abus des dispenses jusqu'à ses dernières limites, — peu leur importe, pourvu qu'il demeure établi qu'elle en était la maîtresse, et qu'il ne tiendra qu'à elle, si bon lui semble, d'en faire autant à l'avenir. Puis, l'eûton désiré, comment rompre avec ce passé d'abus et de désordres? Maintes fois le concile en laissa voir l'intention ; mais on se tromperait bien si on pensait que la résistance du pape et l'habileté de ses agents furent les seules causes qui empêchèrent une réforme sérieuse, un ne pouvait faire un pas dans cette voie sans se heur-

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