LIVRE DEUXIÈME
cun prix. Ne pas la déclarer ouvertement de droit papal» à la bonne heure; mais de droit divin, jamais. Le car* diaal Del Monte commcaiça par représenter qu'il fallait au moins laisser aux passions le temps de ne calmer ( puis, comme on insi«tdit, il ^t recours à ce qui tran<chait tous les nœuds : le pape ne voulait pas qu'on prit ce côté de la question. On décida pourtant deiBOOtinuer Texamen des causes de non-résidence, et des'aitoeher^ en particulier, k la pluralité des bénéfices.
Combien y a-t-il de sacr^toents! *— C'est ce qu'il fallait fixer avant tout.
Quand les catholique d'aujourd'hui nous dismi qu'il y en a s^t, on ne se douterait g uère^ à leur assuranee^ que ce fût encore un€ question il n'y a pas plus de trois cents ams. Eux-mêmes, pour la plupart, ils s'en doutent meias que personne. Ils sont à cent lieues de ^eiap^imner que ce ne soit pas une chose recuiuiue et enseignées dans leur Église depuis sa fondation^ et c'est ée fat meilleure foi du monde qu'ils se demandent oomotent ou a pu être ass6E hardi pour attaquer ce dûffre vénéré.
Il est vrai que le nombre sept était généralement re^ connu depuis longtempl^. Mais, quoique admis au concile de Florence, c'était encore une opinion^ non un dc^fine; et ^uand on voulut sérieuseni^t en feire uH dogme, les incertitudes abondaient.
D'abord, impossibilité de justifier par l'Écriture, nonseulement le nombre sept, msis l'existence méwe fie
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tel ou tel des sept. — Nous aurons à le démontrer plus tard.
En second lieu, ce qui était plus grave pour des théologiens romains, — impossibilité de trouver chez les Pères rien d'un peu constant sur ce point. Chez Augustin, par exemple, tantôt le nom de sacrement est pris dans le sens de chose sacrée, et donné à toutes les cérémonies de l'Église ; tantôt il est restreint, comme chez les protestants, au Baptême et à la Cène. Ambroise, dans son Traité De Sacramentis, ne parle aussi que de ces deux-là. Ce nombre de deux se retrouve jusque dans saint Thomas * : « Comme Eve, dit-il, fut tirée du côté d'Adam, ainsi, du côté percé de Jésus- Christ sont sortis les deux sacrements qui forment l'Église, » c'est-à-dire, selon l'explication qu'il ajoute, le Baptême, représenté par l'eau, et la Cène, représentée par le sang. Dans saint Bernard aussi, le sens du mot est si peu fixé, que nous le voyons appliqué à l'acte connu dans l'Église sous le nom de Lavement des pieds. Qu'on essaye de comprendre, après cela, comment le Catéchisme Romain peut dire que le nombre sept est venu « par la tradition des Pères *. »
Ce même catéchisme nous fournirait, à ce sujet, un curieux échantillon d'exégèse. « Les Pères latins, ditil, ont employé ce mot dans le même sens que les Grecs celui de mystère. C'est ainsi que saint Paul l'emploie dans ces paroles (Ephés. I.) : Pour vous faire connaître le Sacrement de sa volonté, et dans celle-ci (1 Tim. III) : Le Sacrement de la piété est grand. Le mot Sacrement
* Questions 62. 5. — 66. 3.
* Patrum traditione ad nos pervenit.
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n'est employé là que... » Et Texplication continue. — Or, dans le texte grec, il y a Mystère. Ainsi, on commence par mettre Sacrement à la place de Mystèrr, et on raisonne ensuite comme si l'Apôtre avait écrit Sacrement. Il est vrai que c'est la Vulgate qui a fait le changement, et dès lors, comme on sait, il n'y a pas d'erreur possible.
La meilleure preuve du vague où l'on était encore, ce sont les discussions qui eurent lieu. Plusieurs théologiens proposaient que l'on se contentât d'énumérer les sacrements, sans dire s'il y en a sept, ou moins, ou plus ; ils faisaient observer qu'en procédant autrement, on ne pouvait guère se dispenser de définir le sacrement en général, chose fort épineuse dès qu'on en admet plus de deux ou trois. En effet, si la définition est assez large pour embrasser des choses aussi diverses que le Mariage et les Ordres, il est impossible qu'elle n'embrasse pas aussi des choses que l'Église n'appelle pas sacrements, les Vœux monastiques, par exemple. Les scolastiques avaient essayé d'y pourvoir. Les sacrements, disaient-ils, confèrent la grâce ex opère operata; les Vœux ne la confèrent que ex opère operantis *. Pure subtilité, manifestement imaginée après coup pour justifier l'exclusion des Vœux et le nombre sept, mais qui ne saurait lutter contre des raisons d'évidence et de sens commun.
C'était donc là ce que craignaient beaucoup de théologiens. Mais, parmi eux comme parmi les évêques, il y en avait aussi beaucoup à qui il tardait fort que ce point sortît du vague. La dignité de l'Église et du con-
* Parle fait opéré. — Par le fait de celui qui opère.
cile, selon eux, y était intéressée. Ils avaient raison. S'il y a en effet sept sacrements, c'était une chose bien étrange que l'Église fut restée quinze siècles sans l'en* seigner positivement aux fidèles. Il fallait donc en finir. Puis, n'avait-on pas déjà les sept vertus cardinales, les sept péchés capitaux, les sept jours de la semaine,les sept planètes, les sept chandeliers de l'Apocalypse, dont on s'était si heureusement appuyé, dans la Bulle d'Or, pour fixer à sept le nombre des Électeurs d'Empire, — sans compter l'excellence mystérieuse et si ancienne^ ment reconnue du nombre sept en lui-même ? « Étant certain, dit Pallavicini *, que Dieu est une sagesse infinie, que nulle raison, nulle convenance, quelque sub* tile qu'elle «oit, ne peut se présenter h nous avant de s'être présentée à lui, nous ne pouvons pas craindre que, dans l'interprétation de ses œuvres et de ses pa^* rôles, il nous arrive ce qui est arrivé à PlutarqUe quand il a trouvé dans les vers d'Homère tant de sens mystérieux auxquels cet auteur ne pensa jamais. » Il est donc évident, selon le grave historien, qu'en concevant l'idée la plus baroque, on pourra toujours se dire : (< Dieu l'a eue avant moi! » — Ce qui est assurément une manière très-neuve d'entendre la sagesse infinie de Dieu. Témérité pour témérité, nous préférerions encore celle de Luther, lorsqu'il disait naïvement : « Nous autres docteurs, nous en disons de si subtiles que Dieu luimême en est tout étonné. »
On ne jugea cependant pas à propos d^insérer dans h décret aucune de ces belles raisons ; et comme il n'y en avait point d'autres pour tenir au nombre w^t^ on
« Liv. IX, ch. IV.