‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 103 sur 138 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

penses, à moins de rompre avec le pape, comment les annuler? Après bien des tâtonnements, l'empereur vit qu'il n'y avait rien à faire sans son secours. Il le lui fit demander. De l'Intérim, comme on le pense bien, pas un mot ; le pape était censé ne pas en savoir l'existence. C'était uniquement aux réformes disciplinaires qu'il était prié de prêter son aide.

Heureux de ce retour et bien sûr d'en tirer parti, le pape ne se hâta pas d'accéder au vœu de l'empereur. Ce n'était pas seulement, il est vrai, pour rehausser le prix du service à rendre ; parmi les réformes auxquelles on l'appelait à concourir, il y en avait plus d'une qu'il lui tardait peu de voir accomplie. Ce fut donc le sujet d'une négociation entre l'empereur et l'évêque de Fano, Pierre Bertano, nonce auprès de lui. Enfin; Paul consentit; mais on allait bientôt voir dans quel sens il se mettait au service de la volonté impériale.

D'abord, au lieu de deux légats qu'avait demandés l'empereur, il se contenta d'envoyer deux nonces. Ce n'était, au fond, qu'une différence de noms ; mais les noms disent quelquefois beaucoup. Un légat est le représentant du pape; c'est comme le pape lui-même. Un nonce n'est qu'un envoyé, un agent, un ambassadeur ordinaire ; c'est le plus souvent un simple évéque, tandis que le légat est toujours un cardinal. — Ce furent donc deux évêques, Lippomani, coadjuteur de Vérone, et Pighini, évéque de Ferentino, qui furent adjoints à Bertano.

Ils arrivèrent en Allemagne avec une bulle où il était à peine dit un mot des réformes décrétées par l'empereur, et de la coopération réclamée par lui. Le pape feignait d'avoir compris qu'on lui demandait seulement les

moyens de rouvrir l'Église à ceux qui se présenteraient pour y rentrer. Il se bornait donc à investir les trois nonces du pouvoir de lever toute espèce d*excommunications et de censures, uiëme pour cause de bigamie^ disait la bulle ; ingénieux moyen d'accréditer ce vieux mensonge que la bigamie pourrait bien être une des choses autorisées par la Réforme. Au reste, on ne s'eû tenait pas à des insinuations perfides ; la bulle était, sur d'autres points, d'une franchise effrayante. Les nonces pouvaient dispenser de tout engagement pris, même sous serment, avec les princes et les peuples hérétiques ; ils pouvaient absoudre de tout parjure commis à leurs dépens. C'était, comme on voit, s'y prendre assez mal pour ramener les protestants à l'estime et à Tobéissance de l'Église; c'était ruiner aussi toute la politique de l'empereur, en achevant d'anéantir le peu de confiance que Ton avait encore en ses promesses.

Aussi fut-il plus mécontent que jamais ; d'autant plus que le pape, dans cette même bulle, se dédommageait de son mieux des empiétements de l'Intérim. Elle portait, entre autres choses, que les princes déchus qui rentreraient dans le sein de l'Église seraient immédiatement remis en possession de leurs Étals. C'était supposer, en premier lieu, que l'empereur les en avait dépouillés comme hérétiques, tandis qu'il avait toujours prétendu ne les attaquer que comme rebelles ; c'était supposer, en second lieu, que son consentement ne serait pas nécessaire pour qu'ils rentrassent dans leurs droits.

Les nonces furent généralement mal reçus, u Quand Pighini, dit Pallavicini * , continua sa route à travers

» Liv. Xî, ch. Il

TAllemagne, il y aperçut de faibles dehors de religion * que les victoires et les édits de l'empereur y avaient introduits k grand'peine ; mais il trouva les esprits plus hérétiques que jamais, au point que les messes étaient célébrées sans assistants. A peine voyait-on quelqu'un réclamer auprès des nonces l'usage de leurs pouvoirs, ou les recevoir poliment comme de coutume. )> A quoi rhistorien ajoute naïvement : « Il était visible que tous les efforts seraient inutiles, si on ne les appuyait par les armes, » Les protestants ne fournirent donc aux nonces à peu près aucune occasion de rouvrir le bercail k des brebis égarées. On avait fait pourtant la porte assez large. Les moines défroqués n'avaient, pour rentrer en grâce, qu'à porter leur ancien habit sous leurs habits séculiers ; et quant à ceux qui s'étaient mariés, le pape, sans les absoudre par une mesure générale, offrait de statuer individuellement sur chacun d'eux avec le plus d'indulgence possible.

Mal reçus par les protestants, les nonces ne Tétaient guère mieux par les catholiques. L'ambiguité de leur mission, l'inutilité patente des résultats, Tanimosité entretenue par le maintien de la translation à Bologne, tout contribuait à les faire voir de mauvais (jèil, et l'empereur, sans rompre avec eux, ne se souciait plus de leur donner rien à faire. Après un séjour de six mois dans diverses villes d'Allemagne, ils parlèrent de s'en aller. Charles-Quint demanda alors qu'ils déléguassent aux évéques une partie de leurs pouvoirs. Après de longs pourparlers, on rédigea une espèce de décret, moitié impérial, moitié papal, où la bulle fut insérée sans mo-

* De cathoUcLime.

dification, mais accompagnée de règlements auxquels elle était censée donner la sanction de la cour de Rome.

VU

C'était vers la fin de 15119. Il y avait donc près de trois ans que le concile dormait. Quelques évéques espagnols étaient encore à Trente ; quelques italiens à Bologne. Protestations permanentes pour et contre la translation.

Elle aiTiva enfin, cette mort qui faisait depuis si longtemps le sujet des conversations et des vœux de TEurope. Après un pontificat de quinze ans, Paul expira le 10 novembre, regretté des Romains, qu'il avait su s'attacher, admiré des hommes d'État, qui le reconnaissaient pour leur maître, mais chargé d'un bien lourd fardeau aux yeux de la religion et de l'histoire. Dieu le frappa par où il avait le plus péché. Après avoir foulé aux pieds toutes les lois et toutes les convenances pour charger d'or et d'honneurs des enfants nés à sa honte, ce fut en apprenant la trahison de son petit-fils Octave, secrètement d'accord avec Tempereur, qu'il se sentit défaillir. En moins de trois jours, il était mort. Eut-il, à ses derniers moments, quelques réveils de conscience et de piété sérieuse ? Les premières lueurs de l'éternité lui firent-elles enfin apercevoir sous son vrai jour cette longue suite de ruses avec les forts, de violences avec les faibles, de mensonges aux hommes et à Dieu? Peutêtre ; peut-être aussi, et ce n'est que trop probable» peut-être persista-t-il jusqu'au bout à pe se qen repro-»

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