‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 104 sur 138 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

cher. Et de quoi, après tout, se serait-il accusé? Soldat, il avait gardé son poste ; général, il avait suppléé à la force par la ruse. « Prince de glorieuse mémoire, dit riiistorien du concile, il ne se montra homme que paiun excès de tendresse pour les siens ; dans tout le reste, il mérita, aux yeux de TÉglise, le nom de héros *. » L'Église, pour lui, c'était lui ; et tout ce que son dévouement ksa propre grandeur lui avait inspiré de plus coupable, qui sait s'il ne se préparait pas k s'en faire un mérite auprès de Dieu?

Eh bien, osons le dire, une vie comme la sienne est peut-être plus honteuse, au fond, pour l'Église et la papauté, que celle de tel ou tel pape dont le nom. fait horreui*. Les grands crimes sont, en quelque sorte, plus personnels. Ceux d'Alexandre VI, par exemple, sont plutôt ceux de l'homme que ceux du pape ; un catholique peut les exsécrer comme nous, sauf k nous expliquer ensuite, il est vrai, comment l'infaillibilité a pu résider chez un pareil homme. Chez Paul III, ce ne sont pas des crimes saillants et isolés : c'est un long tissu d'immoralités, qui ne sont ni des meurtres ni des incestes, mais dont le catholicisme et la papauté restent et resteront éternellement solidaires. L'histoire k la main, nous pouvons prouver que Paul III fut le représentant et comme la personnification du catholicisme tel qu'il était, tel qu'il devait nécessairement être eu face de la« Réforme et des tendances développées par elle. Répugnance k convoquer un concile, précautions prises pour en rester le maître, ruses de toute espèce pour en dicter ou en fausser les décrets, tout ce qu'il avait res-

< PaUav. Hv. XI, ch. ti.

senti, tout ce qu'il avait fait ou voulu faire, — un autre pape, à sa place, l'eût resscnlî, l'eût fait, Teût voulu (aire comme lui. Dieu l'a jugé ; taisons-nous. A la vue des angoisses de ses dernières années, nous n'avons pas un grand effort de charité à faire pour éprouver plus de pitié que de haine envers un vieillard accablé sous un pareil faix ; mais, ce faix d'erreurs et d'abus, plus nous serons indulgents envers ceux qui l'ont porté, plus, comme nous l'avons déjk dit ailleurs, plus nous aurons le droit d'être sévères envers TÉglise qui le leur mettait sur les épaules.

A qui allait-il passer, ce fardeau? — Rarement l'Europe se Tétait demandé avec plus d'intérêt et d'inquiétude.

Tout a été dit sur les conclaves. Les historiens les plus catholiques n'ont pu que gémir sur ce qu'il y a de fâcheux, selon eux, et de profondément scandaleux, selon les autres, dans la manière dont ces assemblées se tiennent à peu près toujours, dans les intrigues qui en prolongent la durée, dans cette prépondérance hautement donnée aux intérêts politiques sur ceux de la religion et de la foi. Qu'est-ce, et surtout qu'était-ce que l'élection d'un pape, sinon un débat entre les puissances appelées à y concourir par leurs cardinaux? Les quelques formes religieuses jetées par-dessus cet amas d'affaires terrestres, semblaient n'avoir été imaginées que pour convier l'hypocrisie à ce congrès de tontes les pas-

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