‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 107 sur 138 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

des choses auxquelles ils ne pouvaient ni ne voulaient se soumettre. Aussi, en diète, quand l'empereur leur annonça la reprise du concile, il n'y eut chez eux qu'une voix pour dire que l'on devait, avant tout, déclarer nul ce qui s'était fait jusque-là à Trente. Au grand déplaisir du pape, Charles ne reçut pas cette ouverture avec l'indignation qu'un vrai catholique eût exprimée. Il répondit aux protestants que ce serait au concile à examiner la question ; le pape ne put obtenir de lui qu'il se déclarât nettement pour le maintien de ce qui avait été fait. Et comme il n'était pas douteux que l'assemblée, si elle délibérait dans les mêmes conditions que précédemment, ne s'empressât de tout ratifier, les protestants demandèrent, comme jadis, que leurs théologiens y fussent admis, que le pape n'y présidât ni directement ni indirectement, qu'il commençât, enfin, par délier tous les évêques de leur serment de fidélité envers lui; conditions toujours renouvelées, toujours inacceptables, mais que l'empereur ne repoussa pas non plus avec autant de chaleur que le pape l'eût désiré.

Jules prit le parti que nous avons toujours vu prendre aux papes dans les occasions de ce genre : il passa outre. Dans la bulle de convocation (novembre 1550), il suppose admis et incontesté que le nouveau concile sera la continuation de l'ancien * ; en même temps, il part du fait qu'un concile général tenu en dehors de son autorité ne serait pas un concile 2. L'empereur avait demandé qu'on lui communiquât cette pièce avant de la

* Decernimus et declaramus... ipsius concilii continuation! et prosecutioni... incumbere velint.

s Nos ad quos spectat generalia concilia indicere et dirigere.

318 HISTOIRE DU COlfClLÉ 0£ TRENTE

rendre publique. Le pape h lui entojra, mais datée et scellée ; il ne voulait pas avoir l'air de le consulter sur la rédaction. Charles essaya inutilement de la loi faire changer. II répondait, avec beaucoup déraison, qu'une bulle oh il n*y aurait plus rien qui pûl effaroucher les protestants, serait nécessairement un mensonge. L'ambassadeur demanda qn*on changeât au moins la phrase où il était dit que le pape devait non^seulement présider le concile, mais le dmger, assertion que les catholiques mêmes pouvaient trouver exagérée. Jules répondît nettement que si certains catholiques avaient oublié teîte vérité, il ne faisait, lui, que son devoir en la letîr rappelant ; et pour couper court à ces instances, U oMonna la publication de la bulle.

Elle fut donc lue dans la diète, et produisit immédiatement l'effet qu*on avait craint. Les catholiques conséquents et sincères furent bien aises de la franchise du pape ; mais tout le parti de l'empereur la trouva imprudente et intempestive. Les protestants, de leur cô;é* répétèrent pour la centième fois que ce n'était point là le concile auquel ils avaient promis de se soumettre. L'empereur intervint encore ; il promit solennellement, aux uns comme aux atttres, que tout se passerait à la satisfaction de l'Allemagne. Mais on voulut autre chose que des paroles. 11 fut forcé de préciser ses promesses, de permettre qu'on en prît acte ; aussi le décret de la diète (IS février 1551) fut-il, presque de point en point, la contre-partie de la bulle qu'il éiait censé reproduire. Le pape avait parlé de la continuation du concile ; l'empereur déclarait, par l'organe de la diète, que tout le monde serait libre d'y proposer, suivant sa conscience, ce qu'il croirait utile au bien de l'Église. On pourrait

LIYHK THOfSXÈMË 819

donc proposer de tout recommencer. Lé pdpe avait parlé de d%rig€T le concfle ; l'empereur affirmait qu*il aurait soiti que tout se passât légitimement et dans Tordre. Or, pour beaucoup de gens, (égitimement et dans rordrê emportaient où la cessation, ou, du nloins, une grande diminutiotj de Tinfluence papale. Le pape avait parlé de rédiger ia docttine de f Église; Temperéur annonçait un concile pieux et libre, où toutes les questions se décideraient chrétiennement, selon l*Êcriture et les Pères. Bref, cet édit ne s*annonçaifl que comme le commentaire de la bulle ; mais lé commentaire emportait le texte.

Jules dissimula, officiellement du moins, car il s'exprimait toujours, en conversation, avec une franchise à dérouter les politiques. C'était un homme d'esprit. Il n'y avait pas d'échec dont il ne se consolât par quelque bon sarcasme bien mordant, et il ne se gênait pas plus pour l'empereur que pour qui que ce fût.

La réouverture avait été fixée au l*'' mai. Un seul légat, Marcel Crescenzio, cardinal de Saint-Marcel, fut chargé de la présidence ; deux prélats, Sébastien Pighini, archevêque de Manfredonia, et Lippomani, évêque de Vérone, lui furent donnés pour coadjuteurs. Crescenzio était, s'il faut en croire la bulle de légation, un homme zélé, prudent, pieux ; s'il faut en croire Tambassadeur Vargas S un homme plein d'orgueil et d'effronterie , traitant les évéques comme des valets, s'emportant à la moindre contradiction. — Nous verrons lequel de ces deux portraits est le plus conforme aux faits.

' Lettre da 26 nov. 1551 .

Le concile s'ouvrit au jour fixé, mais avec quinze évèques. Malgré ce petit nombre, dès la première réunion, tenue la veille, « Dieu permit qu'il régnât, dans cette nouvelle assemblée, plus de liberté que de concorde <. » La discussion avait principalement porté sur l'époque à fixer pour la prochaine session. Le président voulait un délai de quatre mois. La majorité se récria... et céda. Premier succès du pape. En cela, du moins, il était impossible de nier que ce nouveau concile ne fût la continuation rigoureuse de l'ancien.

Dans cette session (onzième à dater du commencement), on se borna à déclarer le concile ouvert, et à s'ajourner au l*' septembre.

De nouvelles complications étaient survenues. Le jour même de l'ouverture, il était déjà douteux que le concile fût viable.

La réconciliation d'Octave avec l'empereur n'avait eu d'autre résultat que d'accélérer la mort de Paul III. Menacé de voir sa ville de Parme occupée, comme Plaisance, par les troupes impériales, le duc se mit sous la protection de la France et reçut une garnison française. Il avait préalablement demandé au pape de continuer à le protéger contre l'empereur ; mais, soit crainte d'indisposer ce dernier, soit antipathie pour les Farnèse, dont il commençait à être las, Jules lui avait répondu

t Pallav. 1. XI, ch. ziy.

Page 1