‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 106 sur 138 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

comptés (du 28 novembre 1569 au 7 février 1550) que les cardinaux restèrent en conclave pour donner un successeur à Paul III. Et pourtant, à tous les motifs ordinaires de hâter l'élection, s'en joignait, cette fois, un tout nouveau et tout pressant. L'année 1550 allait commencer. Un jubilé solennel avait été publié ; il s'agissait de l'ouvrir, le 2k décembre, par certaines cérémonies que le pape seul peut accomplir. La ville regorgeait de pèlerins. Tous les soirs, une foule immense s'assemblait autour du conclave pour apprendre le résultat de la votation du jour ; tous les soirs elle s'en allait, mécontente, aigrie, maudissant le conclave et les cardinaux, comme si parmi eux n'était pas celui dont elle se préparait à baiser le pied dès qu'il serait pape.

C'est qu'en effet peu de conclaves s'étaient trouvés plus fortement divisés. Trois factions, comme d'ordinaire, l'impériale, la française et l'italienne, partageaient l'assemblée. L'italienne voulait une des créatures de Paul III. Le cardinal Farnèse, son chef, était trop jeune pour viser sérieusement à la tiare, outre qu'on eût reculé devant l'idée de donner à Paul III son petit-fils pour successeur ; mais il lui importait de pouvoir compter, pour sa famille et pour lui, sur la protection du pape futur. Cette faction ne comptait cependant pas tous les cardinaux italiens. L'élévation des Farnèse leur avait fait des ennemis ; on ne voulait pas d'un pape qui, leur devant sa grandeur, se croirait tenu de la mettre à leur service. Les Français portaient le cardinal Salviati ; les impériaux, le cardinal Polus. Il fallait donc trouver un candidat qui pût réunir les suffrages de deux des trois factions.

Ce fut l'ancien président du concile, le cardinal Del

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Monte. Les Farnèse Tavaient vu Unit dévoué k Paul III; le3 Français Tavaient vu luUer contre rein{>ereur. La majorité lui était acquise, mais ce n'était pas encore assez. L*usage ne permettait pas 4'élever au trdne un cardinal que Tempereur eût formellement déclaré dV vance ne pas vouloir pour pape. Il fallait donc le con« sentement préalable de Cbarles^Quint, et Del Monte, principal auteur de la translation, pai*aissait plus loin que personne de Tobtenir jamais, Cosme, duc de Florence, négocia pour lui, et, le 7 février, il était pape. Or, parmi les engagements discutés d'avance daos le conclave, et auxquels chaque cardinal, selon Tusaga, avait promis de se soumettre en cas qu'il fût élu, le parti impérial avait fait insérer celui de continuer le concile. En conséquence, Jules III étaii à peine installé, qu'un ambassadeur extraordinaire, Louis d'Avila, arrivé k Rome ; il apporte, avec les compliments officiels de Tem* pereur, la demande pressante d'aviser sans délai à Texé^ cution de la promesse. Jules répond qu'il est prêt II n*y met qu'une condition : c'est que le concile, dii-il, serve à ruiner Fhérésie, et non à démolir l'autorité du Saint-Siège. C'était déjà presque un refus. A cette con* dition*là, jamais aucun pape n'eût répugné à tenir un concile. D'ailleurs, qui pouvait la lui garantir ? L'empereur lui-même pouvait-il faire que les points les plus délicats ne fussent k chaque instant effleurés? Ce qui était clair, en tout cas^ c'est que Jules se réservait de régler, comme son prédécesseur, les droits et la compétence du concile. Toutes les difficultés allaient doiic renaître. Aux anciens motifs de Paul III, toujours sub^ sistants, se joignaient ceux du nouveau pape. Lui qui était resté opiniâtrement k Sologne jusqu'à la mort de

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Paul III, pouvait-il céder, comme souverain, sans condamner ce qu'il avait fait comme ministre?

Il céda pourtant. Les sollicitations étaient trop vives et Fattente trop générale ; la nécessité l'emporta sur Tampur-propre. Peut-être lui en coûta-t-il moins qu'on Ae serait tenté de le penser. Depuis son exaltation , ce n'était plus le même homme. Quoiqu'il eût toujours aimé les plaisirs, il avait su, Jusque-lft, les subordonner aux affaires ; devenu pape, il s'y lierait tout entier. Ses conseillers avaient de la peine à lui arracher quelques hetires pour les intérêts les plus pressants. Aussi peu disposé que qui que ce fût à céder aucune des prérogatives de la papauté, il ne les considérait, en quelque sorte, que comme un dépôt k transmettre intact b ses miccessetirs ; elles n'étaient pas pour lui l'objet de ce ctilte intime auquel tant d'autres papes s'étalent voués corps et ftme, et dont il avait lui-même été, jusque-là, l'Inflexible ministre. Ce qui contribuait encore à aplanir les obstacles, c'est qu'il n'avait eu qu*à reprendi*e pour son compte l'ancien biais de Paul III. Nous avons vu, en effet, que Faffalre était restée sous la forme d'un procès entre l'empereur et l'assemblée de Bologne, procès h vider par devant le pape. Le représentant de l'assemblée étant devenu pape lui-même, il ne pouvait être juge et paftie. L'affaire tombait ; il n'y avait plus qu'à convoquer le concile sans rien dire de ce qui s'était passé.

Tout cela, on le pense bien, prit infiniment pluê de temps que notre rapide récit ne pourrait le faire supposer. Ce ne fut qu'au bout de six mois que Ton commença à s'entendre.

Restait pourtant à obtenir le consentement de la France. Le choix de la ville de Trente n^avaît jamais plu aux Français ; nous avons vu qu'ils la trouvaient à la fois trop italienne et trop allemande, bien qu'il fût impossible, comme nous Tavons vu aussi, d'en trouver une qui ne fût encore ou plus allemande, ou plus italienne. C'était par antipathie pour Tempereur que Henri II avait paru approuver la translation à Bologne; il y avait envoyé un ambassadeur, mais très-peu de ses évoques. On lui fit donc envisager qu'en refusant de les envoyer à Trente, il serait désormais le seul auteur de l'impossibilité du concile. On le flatta de l'idée d'être arbitre, le cas échéant, entre l'empereur et le pape; on acheva de le gagner en lui rappelant ce rôle de « protecteur du Saint-Siège, » dont tant de ses prédécesseurs s'étaient fait gloire. Il fallut aussi lui promettre , pour qu'il le promît, à son tour, au parlement et aux évoques, qu'il ne serait porté aucune atteinte aux libertés de l'Église gallicane. Promesse très sage, mais très singulière aussi. Gomment le pape pouvait-il logiquement dire ce que ferait ou ne ferait pas l'assemblée ? N'étaitce pas avouer qu'il se préparait à ne lui rien laisser faire sans son aveu?

Ce point gagné, il y en avait bien d'autres à régler. — C'était d'abord l'éternelle question de la soumission des protestants aux décrets du concile, question plus compliquée que jamais, depuis que le concile avait décidé

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