LIVRE TROISIÈME
que cette liberté e;^istait dans le$ premiers siècles ; mais il «st clair aui^si que c'était avant la constitution deTu^ nité catholique. Qu'aurait dit le parlement lui-roénie si une petite nation, un canton suisse, celui de Zug, par exemple, avec les huit ou dix mille habitants qu'il avait alors, se fût déclaré en droit de rejeter un concile admis par le reste de l'Europe ? Or, le canton de Zug était un état souverain. Ce que la France voulait faire, il avait le droit de le faire aussi ; mais il ne l'avait, comme la France, qu'i la condition de rompre, en fait, cette unité dont on savait si bien se faire une arme contre ceux qui avaient osé la renier franchement.
Comme Cbarles-Quint, en effet, c'était aux dépens dei protestants que Henri II rachetait ses irrévérences envers le chef de son Église. Nous avons vu l'empereur, au plus fort de ses démêlés avec Paul III, vouloir établir rinquisition à Naples ; deux ans après, au plus fort des débats sur la translation k Bologne, il l'avait établie dans les Pays-Bas. En France, c'était à la lueur des bûchers que Henri II écrivait ses protestations antipapales ; c'était en les pourvoyant de victimes que son parlement se disculpait d'avoir déchiré l'unité, et fourni, par sa hardiesse, des armes aux ennemis de l'Église. Un siècle et demi plus tard, ce sera encore par des supplices que Louis XIV voudra se faire pardonner ses témérités gallicanes. Du sang et des inconséquences, hélas!... L'histoire de l'humanité en est pétrie.
Nulle et déraisonnable en droit, la protestation du
32À BiSTOIRS DO CONCILE DE TRENTE
roi de France et l'absence de ses évoques était cependant un rude coup à Tautorité future du concile. Ce coup, Charles le parait de son mieux. Il envoyait à Trente tout ce qu'il pouvait réunir d'évêques allemands et espagnols ; il y ût même aller les électeurs de Cologne, de Mayence et de Trêves, dont il pensait que le haut rang et le faste princier contribueraient puissamment à assurer le crédit de l'assemblée. En même temps, il s'y faisait représenter par trois ambassadeurs, un pour l'Empire, un pour l'Espagne, un pour l'Autriche et ses autres États héréditaires. Mais à mesure que son ardeur augmentait, on voyait décroître celle du parti papal. L'histoire de Gharles-Quint, déjà si longue et si pleine de fraudes, autorisait assez à lui supposer des vues secrètes. Pourquoi tant d'Allemands en 1551, quand il n'y en avait eu aucun en 15Z|5? De jour en jour, la défiance augmentait.
Il s'était aussi donné beaucoup de peine pour obliger les protestants à prendre part au concile en y envoyant des députés. Jules III n'avait pas positivement consenti à ce qu'ils fussent reçus ; il avait même dit, dans un langage plus pittoresque que noble, qu'il ne voulait pas avoir à se battre avec un chat enfermé. C'était, il faut en convenir, une perspective peu attrayante que celle de voir arriver en plein concile, la Bible sous le bras, des hommes dont toutes les paroles iraient inévitablement, quelque douceur qu'ils y'missent, à nier tous les droits, à démolir toutes les prétentions et de l'assemblée et du pape. Les protestations politiques, on y était fait; lès protestations religieuses, il importait que l'on continuât à ne les entendre que de loin, afin qu'on pûi au moins se donner l'air de ne les pas entendre et se dis-