LIVRE TROISIÈME
penser d'y répondre. Les protestants, de leur côté, tenaient fort peu à la prétendue faveur qu'on voulait leur faire. Ils comprenaient assez qu'on n'entendait leur donner aucune influence réelle sur les votations de l'assemblée; ils se demandaient si leur présence, après n'avoir servi peut-être qu'à aigrir leurs juges et à empêcher toute concession, ne serait pas interprétée comme un acquiescement. Enfin, il fallait bien aussi songer un peu à Jean Hus, brûlé au concile de Constance, malgré un sauf-conduit de l'empereur Sigismond. On demandait que les Pères de Trente voulussent bien commencer par en donner un eux-mêmes, au nom du concile et du pape, aux docteurs protestants qui seraient choisis pour s'y rendre.
A Trente, cependant, on n'avait rien fait; il n'avait presque pas été question de rien faire. Les quatre mois s'étaient passés à attendre, à recevoir, à commenter des nouvelles ; on avait mis en ordre, dans de rares congrégations, les documents légués par le concile de Bologne. La session eut lieu le 1" septembre. On n'y fit autre chose que de s'ajourner au 11 octobre, en indiquant l'Eucharistie comme principal sujet à traiter.
Ce fut aussi le !•' septembre que les ambassadeurs eurent leur première audience officielle. Le comte de Montfort, ambassadeur pour l'Empire, parla du concile et du pape dans les termes les plus flatteurs ; on ne se serait pas douté, à l'entendre, qu'il y eût jamais eu la
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moindre difBcttité entre Tempereur et la cour de Rome. L'ambassadeur de France allait prendre un tout autre ton. C'était Amyot, le traducteur de Plutarque. Ses lettres de créance étaient adressées « Aux très saints Pères en Christ de Vassemblée de Trente. » Assemblée, mais non candie f c'était la vieille querelle de Bologne qui allait recommencer avec le roi au lieu de continuer avec l'empereur. Avant d'ouvrir la lettre, on se demanda si, avec cette suscription, on pouvait convenablement l'ouvrir. Après délibération, on l'ouvrit^ mais en déclarant que c'était par respect pour le roi de France, et sans admettre aucunement le titre injurieux donné par lui au concile, titre, ajoutait-on, que Sa Majesté n'avait sûrement pas pris dans un mauvais sens. — C'était aussi par respect, selon la lettre, mais uniquement par respect et sans s'y croire aucunement tenu, que le roi voulait bien exposer à l'assemblée pourquoi il n'envoyait pas ses évéques. Il racontait ensuite, mais en termes modérés, sa querelle avec le pape, querelle qui, en ce moment même, se traduisait en escarmouches entre la garnison de Parme et l'armée pontificale. Il terminait en priant les évêques de recevoir sa lettre, non comme celle d'un ennemi, mais comme celle du fils aîné de l'Église, plein de respect pour le Saint-Siège, quoique malheureuseuient en guerre avec celui qui l'occupait , prêt, enfin , à se soumettre à tous les décrets de l'assemblée, pourvu qu'ils fussent faits légitimement et légalement.
Grande fut la rumeur ; mais ce fut bien pis quand Amyot se déclara chargé de répéter, comme complément à cette lettre, la protestation déjà faite à Rome au nom de Henri IL Cette protestation ne disait rien qui ne fftt , au fond , dans l'écrit, et que tout le monde