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communie encore sous les deux espèces, mais seulement Te jour de son sacre et à l'article de la mort. Ainsi, un honneur que le plus puissant des rois de l'Europe obtenait par grâce deux fois en sa vie , le dernier curé de village en jouissait tous les jours, comme d'un droit inhérent à sa qualité de prêtre. Comment s'étonner, après cela, qu'on eût tant de répugnance à céder sur cet article, bien que l'infaillibilité dogmatique n'y fût pas directement engagée?
Les protestants, de leur côté, n'avaient pas discontinué d'en faire une des premières conditions de leur rentrée dans l'Église. L'empereur sentait qu'une fois ce point décidé dans le sens romain, il n'y aurait plus aucun espoir, ni de gagner les luthériens, ni d'empêcher qu'ils ne protestassent formellement contre le concile. Ses ambassadeurs demandèrent donc qu'on s'abstint d'y toucher. Les présidents en écrivirent au pape. Il répondit qu'on ne pouvait songer à omettre un point de cette importance ; il permit seulement qu'on le renvoyât de trois mois. A quoi bon? D'après la manière dont on l'avait déjà traité dans les assemblées préparatoires, les protestants ne pouvaient s'imaginer qu'on votât jamais dans leur sens. On avait parlé de leur accorder la coupe, mais à condition qu'ils déclarassent ne pas la regarder comme nécessaire , le corps du Christ étant tout entier sous chaque espèce. Concession illusoire , que l'on fit
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en effet plus tard, comme nous le yerroos, et qu'racua protestant n'accepta jamais dans ce ^ens.
On avait repris, à cette occasion, la question délicate de leur venue au concile. Ni le pape, ni l'assemblée, ni les protestants eux-mêmes , ni personne en Europe , n'en attendait rien de bon. L'empereur y tenait toujours. U avait fait demander le sauf-conduit à joindre au sien pour 6ter toute crainte aux députés protestants. L'assemblée hésitait. Outre sa répugnance à leur faciliter Taccès de Trente, elle n'était pas sûre d'avoir le droit de donner un sauf-conduit ; elle craignait, avec assez de raison, que cet acte de souveraineté ne fût regardé comme un attentat à l'autorité papale. On imagina enfin, sur l'avis du pape lui-même, d'en rédiger un où les protestants ne fussent pas nommés. On les comprit sous le titre de « Ecclésiastiques et séculiers de toute l'Allemagne, )) auxquels le concile garantissait, « Autant qu'il était en lui , » liberté et sûreté. Avec cet autant fn'ii éîait en lui S l'autorité du pape était intacte, mais le saufconduit n'en était plus un. Le pape restait maître de faire saisir les députés ; et qui pouvait s'assurer que l'empereur rest&t disposé h les défendre?
La transsubstantiation avait été votée sans débat. Aucune voix ne l'avait combattue. Il est quelquefois plus facile de s'accorder dans ce qui est pleinement faux
1 QuAQiain ad ipsam sauetam aynodum spectat.
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OU absurde, que dans ce qui ne Test qu'en partie.
L'accord des théologiens n'alla cependant pas au delà de ce qu'il fallait pour anathématiser, en gros, les adversaires de la transsubstantiation. Après l'avoir appelée. un mystère, on ne put résister à- l'envie de l'expliquer. Quelques prélats, plus ignorants ou plus sages, avaient demandé qu'on s'en tint aux anathèmes ; mais la majo- Vité s'était crue assez habile pour rédiger, comme dans la sixième session , un décret doctrinal. A peine avaiton commencé, qu'une vive querelle avait surgi entre les Dominicains et les Franciscains. Selon les uns, le corps du Sauveur est rendu présent dans l'Eucharistie par voie de production, c'est-à-dire que, sans quitter le ciel, il est reproduit dans l'hostie ; selon les autres, il est présent par adduction^ c'est-à-^dire qu'il arrive réellement du ciel pour se substituer à la substance du pain. Dans le premier cas, par conséquent, le pain subsiste, mais il est changé; dans le second, il est anéanti, et remplacé par une autre substance.
Aux uns comme aux autres, on aurait pu leur demander ce qu'ils en savaient, ce qu'ils pouvaient espérer d'en savoir, et surtout en quoi ces détaiU intéressaient ou la piété ou la foi. Les fidèles s'inquiétaient fort, en vérité, de savoir si c'était par production ou par adduction qu'on leur administrait le corps du Christ I II est vrai qu'une fois le miracle admis, c'est par la production qu'on peut le mieux essayer de l'expliquer; mais on provoque alors, contre le miracle en lui-même, la plus forte des objections dont il puisse être l'objet. Que deviennent l'identité et l'unité d'un corps simultanément produit en plusieurs lieux? C'est ce que demandaient les Franciscains; mais on se vengeait sur leur addtic-
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tien. Rien ne s'anéantit dans la nature, disaient les Dominicains. Si le pain de rEachaiistie n'est pas changé, mais seulement remplacé , il faudrait pouvoir dire ce qu'il devient. — Et tous avaient réciproquement raison et tort, ce qui ne peut manquer quand on se bat dans le vide et dans les ténèbres.
Il est des choses que leur étrangeté même empêche quelquefois d'être attaquées avec la vigueur qu'elles sembleraient appeler. La transsubstantiation est du nombre. Aux yeux de quiconque n'y croit pas, c'est la plus grande et la plus inconcevable des erreurs qui soient jamais montées au cerveau de l'homme. Or, quand on tient à rester calme, à respecter toutes les convictions sincères, on répugne à entamer une lutte où les mots outrageants de mauvaise foi, d'ineptie, pourraient en maint endroit se rencontrer sous la plume. Sera-ce une raison pour nous taire ? Non. Sauf les injures, nous dirons tout.
D'abord, qu'il soit bien entendu que nous parlons de la transsubstantiation romaine, matérielle, absolue, telle, enfin, que l'a décrétée le concile. Beaucoup de gens croient encore que Luther l'admettait; et ces gens, s'il en est parmi nos lecteurs, se sont peut-être demandé pourquoi, par respect pour Luther, nous ne laissions pas ce point dans l'ombre. Notre respect pour Luther et pour ses disciples n'ira jamais jusqu'à nous fermer la bouche là où nous penserions qu'il a erré ; mais ici, plus nous y avons regardé de près, plus nous avons acquis la conviction qu'en attaquant le grossier matérialisme de la Cène romaine, nous serions plutôt pour Luther que contre Luther. Il a admis le mot, et c'est fâcheux. Quant à la chose, il la spiritualisait assez pour