‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 115 sur 138 · LIVRE TROISIÀMK · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÀMK

Dieu, ridée qu'il put jamais nous ordonner de croire le contraire?

£h bien , nous défions qu'on nous montre une différence entre ces impossibiiités-là et celle de la transsubstantiation. La raison ne s'accommode pas mieux d'un même corps présent en deux endroits, que d'un carré qui ne serait pas carré, d'un cercle qui ne serait par rond , d'un événement passé qui serait encore & venir.

Dira-t-on maintenant que la raison n'a rien à faire ici ? — Prenez garde. Ce qui lui est seulement supérieur, il peut en effet arriver qu'elle n'ait rien à y voir ; ce qui lui est contraire, jamais vous ne lui ôterez le droit de le rejeter, car c'est un droit qu'elle garde forcément, qu'elle exerce malgré elle, comme l'œil celui de voir, aussi longtemps , du moins, que l'organe n'est pas détruit. La guérison d'un malade, la résurrection d'un mort, voilà des miracles qui étonnent, sans doute ; mais, quand l'incrédule les attaque, c'est comme invraisemblables, non comme impossibles : il est forcé de convenir que , si Dieu les a voulus , ils ont pu et dû arriver. La transsubstantiation, c'est autre chose. Vous ne pouvez l'attaquer que vos arguments ne tombent en plein sur sa possibilité même ; vous ne pouvez l'accuser d'invraisemblance, que vous ne l'accusiez d'absurdité. Cette distinction importante entre au-dessus de la raison et contre la raison, Bossuet l'admet; il ne conteste que le droit de l'appliquer. « Ainsi , dit-il , toutes les fois que quelqu'un objectera qu'un point de la foi n'est pas seu** lement au-dessus de la raison , mais directement contre la raison, il faudra entrer avec lui dans cet examen ? » — Refusez, si vous voulez ; mais renoncez alors à pour-

suivre la discussion. Tous vos arguments sont nuls d* avance. Une chose contraire k la raison ne saurait être prouvée ; comment donc la prouveriez-vous, tant que vous n'aurez pas montré qu'elle ne l'est pas ? Les controversistes romains sont les premiers k suivre cette marche , lorsqu'elle ne leur est pas contraire. Ont-ils, par exemple, k prouver la crédibilité des miracles? Ils s'y prennent absolument comme les protestants; ils prouvent, avant tout, que la raison peut les admettre. Pourquoi refuser d'en faire autant quand il s'agit de la transsubstantiation? N'est-ce pas un aveu qu'on n'en viendrait pas k bout? Interrogez, en effet, ceux qui y croient. Forcez-les d'analyser ce qu'ils éprouvent en y pensant ; et vous leur ferez avouer qu'ils n'y croient pas de la même manière qu'aux miracles des Évangiles. Ceux-ci , dès que vous admettez l'authenticité du livre qui les rapporte, vous y croyez sans effort ; ce ne sont plus que des actes, exceptionnels, sans doute, mais tout naturels et tout simples, de la puissance de Dieu. Gelui- Ik, ce n'est que par un effort sur vous-même, en refoulant votre raison, en vous étourdissant, enfin, que vous arrivez k y croire, ou k vous persuader que vous y croyez. L'esprit acquiesce aux miracles de l'Écriture ; ici , il ne peut que s'abstenir et se taire. Dès qu'il s'agit, non pas de la suspension momentanée d'une loi de la nature, mais du renversement d'un axiome, tout acquiescement est impossible. — Nous aurons dans le quatrième livre, en parlant de la messe, k revenir sur ces considérations.

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