‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 116 sur 138 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Quand ce ne serait qu'un simple miracle,* resterait toujours à prouver si ce miracle a lieu.

Ced est mon corps, a dit Jésus-Christ ; et voilà, selon l'Église romaine , le fondement de son dogme. — Sur quoi nous pourrions d'abord objecter :

Que Jésus-Christ était là, en chair, en os, complètement homme encore, et que l'idée d'un homme tenant son propre corps entre ses mains est d'une monstrueuse étrangeté ;

Qu'en disant : Ceci est mon corps « qui est rompu pour vous,)) il aurait exprimé, si c'eût été réellement son corps , un fait inexact , puisque c'était la veille de sa mort et que son corps n'était nullement rompu ;

Qu'après avoir appelé le vin son sang , il continue à l'appeler ce fruit de la vigne;

Que si les paroles de saint Luc « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang » font évidemment de la coupe, non pas une alliance, mais le symbole d'une alliance, — il n'y a aucune raison pour que la phrase précédente ne soit pas figurée aussi, pour que le vin ne soit pas le symbole du sang, et le pain celui du corps ;

Que Jésus-Christ a fréquemment usé d'expressions non moins figurées : — Je suis la porte, — Je suis le cep, — Je suis le chemin;

Enfin, que s'il a dit (Jean, vi) : «Le pain que je donnerai, c'est ma chair » et « Celui qui me mange vivra par mo),» — c'est au même chapitre qu'on lit

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aussi : « La chair ne sert de rien ; les paroles que je vous dis sont esprit et vie. »

Supposez qu'un homme, tenant du pain et occupé à le rompre en une douzaine de morceaux, vous dise : n Ceci est mon corps qui est rompu pour vous ; » — à quoi appHquerez-votts le mot eeet? Évidemment an pain entier, car c est le pain entier qui est rompu, non les morceaux. Ainsi , pour pouvoir prendre à la lettre les quatre premiers mots, ceci en mon corps, il faut prendre le reste au flguré, car il y a certainement figure à appeler rompu ce qui est entier et sera rompu. Aussi la Vulgate met-^lle sera rompu (frangetur), bien que le verbe grec soit au présent : preuve que l'objection a paru grave, puisqu'on n'a pas reculé, pour l'éluder, devant une falsification aussi patente.

Sans sortir du récit de Tinstitution de la Cène, nous y trouverions encore plus d'un détail positivement contraire au sens littéral des quatre mots sur lesquels on veut concentrer le débat. Ces détails, que le Catéchisme Romain a vus avant nous, veut-on savoir ce qu'il en fait? La peine qu'il se donne pour les atténuer est la meilleure preuve de ce qu'ils ont d'inquiétant. « Jésus, dit saint Matthieu, ayant pris le pain et rendu grâces,..}} — Ce rendre grâces {bénir Dieu, car c'est le sens du mot grec), on te change d'abord en bénir, consacrer le pain, changement déjà introduit , mais avec plus de réserve , dans le décret du concile , où il est dit seulement : « Après la bénédiction du pain et du vin *. » — Voilà donc la consécration; mais comme les paroles réputées consécratoires, ceci est mon corps, ne viennent

« Post panis vinique benedietionem.

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