‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 125 sur 138 · LIVRE TROISIÈME 37i · texte numérisé non relu

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nières discussions, vingt fois ils avaient tout brouillé par leurs subtilités et leurs querelles. On jugea donc nécessaire de fixer l'ordre dans lequel ils parleraient, La parole serait donnée d'abord aux théologiens du pape, puis à ceux de Tempereur, puis à ceux des rois, des électeurs, des simples princes, etc. On fixa aussi le nombre de fois que chacun pourrait prendre la parole, et le temps qu'on ne devrait pas dépasser. Enfin, on renouvela l'ordre de commencer toujours par les preuves tirées de l'Écriture. Concession illusoire, comme nous l'avons déjà dit , puisqu'il était toujours sous-eifitendu qu'à défaut de preuves scripturaires on puiserait dans les Pères, et, à défaut des Pères, dans le complaisant arsenal de la Tradition.

Le sacrement de Pénitence, dont Où allait (^'occuper, n'est pas, au premier abord, un point où le 'catholicisme en soit réduit là. « Ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel. )>— <( Ceux à qui vous aurez remis leurs péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les aure« retenus, ils leur lieront retenus. » — Voilà des mots qu'il suffirait, ce semble, de graver sur tous les confession* naux pour fermer la bouche aux adversaires de la confession. Nous ne pouvons donc y répondre qu'en cher-^ chant s'ils ont eu, aux yeux de ceux à qui Jésus-Christ les adressa, le sens qu'on leur a donné depuis.

Or, sur mille personnes à qui l'on donnerait à lire pour la première lois tout le recueil des Épitres, Actes

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compris, nous demandons sMI y en aurait une seule qui, appelée à tracer d'après ces écrits l'histoire primitive de l'Église, y fît entrer la confession. Nous demandons si ces mots tant cités : « Confessez vos fautes les uns aux autres,* » loin d'être à l'appui de la confession romaine, n*y sont pas positivement contraires. Nous demandons si ces autres paroles non moins citées : « Plusieurs de ceux qui avaient cru vinrent confesser leurs péchés *, » n'indiquent pas clairement un simple acte d'humilité, en dehors de toute obligation et de toute loi générale. Nous demandons si saint Paul, dans ses directions sur la Gène 3, aurait pu se borner à conclure par ces mots : « Que chacun s'éprouve soi-^nêtne. » Nous demandons enfin s'il est croyable que, parmi tant de conseils et d'ordres adressés à tant d'églises, il ne se trouvât pas une seule mention directe d'une chose aussi journalière, aussi universelle.

Cette absence de toute mention directe et valable, — nous ne saurions mieux la prouver qu'en montrant ce que l'Église est obligée de citer pour donner à la confession une demi-couleur évangélique et scripturaire.

D'abord, partout où on l'a pu sans être trop en contradiction avec le contexte, on a traduit se repentir par faire pénitence ^^ expression qui, dans le langage usuel, implique l'idée du sacrement. Ainsi, d|ins le décret que le concile allait faire, cet abus de mots revient trois fois. « Convertissez-vous et faites pénitence, » dit Ézéchiel. « Si vous ne faites pénitence, vous périrez, )> dit Jésus-

* Jacq. V, 16.

ï Act. »ix, 1 8.

l 1 Corintli. xi.

* Pœnitentiam agere. •

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Christ dans saint Luc. « Fcùtes pénitence, et que chacun de vous soit baptisé, » dit saint Pierre dans les Actes. Dans ce dernier passage, outre Tabus de mots, notons une singulière inadvertance. Le concile déclare que la Pénitence n'est sacrement que pour qui a reçu le Baptême. Puis donc que saint Pierre, ici, met le baptême après la pénitence, il ne saurait, d'après le décret même, parler de la Pénitence-Sacrement.

Mais c*est surtout dans le Catéchisme Romain qu'il faut voir les eiïorts tentés pour ne pas laisser les paroles de Jésus-Christ : a Ce que vous aurez lié... , etc. , » dans l'isolement où les met, au milieu du Nouveau Testament, l'interprétation sacramentelle. D'abord, avant d'instituer le sacrement, Jésus-Christ l'a insinue lorsque, ressuscitant Lazare, il le fait délier par ses disciples. « C'était, dit Augustin, cité par le Catéchisme, pour montrer que les prêtres ont le pouvoir de délier, » Notez qu'il y a dans saint Jean : u II leur dit de le délier ; » et comme l'Évangéliste a parlé d'une foule d'assistants, on ne peut pas même affirmer que ce leur désigne les disciples, lesquels, du reste, n'étaient nullement prêtres, puisque, selon une autre décision du concile, ce n'est qu'au moment de les quitter que Jésus-Christ leur en imprima le caractère. Prêtres ou non , dans quelle science, dans quelle branche des études humaines, tolèrerait-on un pareil abus de mots, d'idées, de déductions ? « A quelque heure qu'un pécheur veuille sincèrement se convertir, dit encore le Catéchisme S Notre-Seigneur a appris à ne pas le rejeter. » Très bien ; mais où a-t-il particulièrement enseigné cela? « C'est lorsque saint Pierre lui

« Part. I, art. x,

demanda ^ combien de fois il fallait pardonner aux pécheurs, et si c'était assez de sept fois. » — Aux pécheurs, vous l'entendez. Saint Pierre a reçu le pouvoir de pardonner les péchés. Il demande des directions sur la manière de le faire. Quoi de plus clair? — H n'y a qu'une difficulté ; c'est que l'apôtre dit toute autre chose. ((Combien de fois faudra-t-il que je pardonne à mon frère ses offenses envers moi? » De péchés et de pécheurs, pas un mot. Ailleurs, le Catéchisme cite plus fidèlement ces paroles, mais toujours en trouvant moyen de les faire rentrer dans son système. « La Pénitence, dit-il, n'est pas, comme le Baptême, un sacrement qu'on ne puisse réitérer ; » et la preuve, c'est que Jésus-Ghrist ne met aucune limite au pardon des offenses : il est donc naturel qu'il n'en mette aucune, lui, infiniment bon, à la rémission des péchés par le sacrement de Pénitence. De cette manière, comme on voit, il n'y a pas de raisott pour que ce prétendu sacrement, au lieu de n'être nulle part, ne soit partout. Il n'est pas jusqu'aux mots : (( Que chacun ê'éprouve soi-même, » que le Catéchisme ne tourne en faveur de la confession. « Que chacun s'éprouve soi-même, et, s'il se sent en état de péché, qu'il se garde de communier sans s'être confessé. » — <( Don** neïs-moi quatre lignes de l'écriture d'un homme, disait Richelieu, et je me fais fort d'y trouver de quoi le faire pendre. » — <( Donnez-moi quatre lignes de l'Écriture, semble dire l'Église, et je me charge d'y trouver tout ce qu'il m'a plu d'enseigner. »

* Matth. XVII.

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Voilk donc notre première objection : la Pénitence sacramentelle, la Confession, ne sont pas dans T Écriture. Si nous avions à faire un traité de théologie, nous nous occuperions maintenant de chercher ce qu'il faut entendre par ce pouvoir de délier, de lier, de remettre ou de retenir, dont le Sauveur investit ses Apôtres; nous verrions si leur position tout exceptionnelle, si la perpétuelle assistance du Saint-Esprit, si lapossesâon d'autres dons miraculeux, non transmissibles, permet de croire h la transmission de celui-là. C'était pourtant , au fond , le plus miraculeux de tous. « Tes péchés te sont pardonnés, » dit le Sauveur à un paralytique ; et voilà les Juifs plus surpris de ces paroles qu'ils ne Tétaient des plus éclatants miracles. « Quel est donc cet homme, s'écrient-ils, qui va jusqu'à pardonner les péchés ? » Ils avaient raison. Si les prêtres n'ont pas hérité du pouvoir d'opérer d'autres miracles, d'où auraient-ils gardé le don d'opérer celui-là ? En écrivant à Timothée deux épitres sur les droits, les devoirs, les prérogatives, les charges du ministre de l'Évangile , que lui dit Paul sur cette divine fonction? Rien; rien même qu'on ait osé « essayer de tordre dans ce sens.

Donc, ou les Apôtres ne se croyaient pas en droit de communiquer ce pouvoir, ou, ce qui est encore phis probable, ils étaient loin de Tinterpréter dans le sens romain. Quand saint Paul, attaqué dans son ministère.

se met à en énumérer les privilèges S que dit-il de celui-là? Rien ; absolument rien.

Gela posé, ce qui vient le mieux à l'appui de Tobjection tirée du silence des Apôtres, c'est rimportaDce même que Ton a donnée à ce sacrement. Plus vous le direz nécessaire, mieux vous donnerez raison à ceux qui trouvent impossible que les Apôtres n'en eussent jamais parlé. Or, sauf le Baptême, dont la nécessité est réputée absolue, aucun sacrement, selon le concile, n'est aussi nécessaire que celui-là ; et même, à prendre le décret à la lettre, la nécessité en serait absolue aussi. « Comme Dieu est riche en miséricorde... il a accordé un second remède de vie à ceux qui, après le Baptême, se seraient livrés au péché, et ce remède, c'est le sacrement de Pénitence, par lequel le bienfait de la mort du Christ est appliqué à ceux qui sont tombés après le Baptême. » Tel est le début du décret. Sans dire en propres termes que ce remède soit le seul, le concile en parle comme du seul ; d'ailleurs, il n'en indique aucun autre. Pour le Péché originel, le Baptême; pour tous les péchés postérieurs, le sacrement de Pénitence, Point d'autre moyen ; point d'autre porte. En voulonsnous la preuve? Allons au Catéchisme Romain, Finterprète avoué des décrets de Trente. « Ce n'est pas assez, dit-il, de croire que Jésus-Christ a institué la Confession ; il faut encore être persuadé qu'il en a commandé l'usage comme nécessaire » (comme absolument nécessaire, dit la traduction française). — « De même, dit-il un peu plus loin, qu'on ne peut entrer dans un lieu fermé que par le moyen de celui qui en a les clefs, on

* Divers endroits de ses épi très, et notamment II Gorioth. X et XI.

ne peut non plus entrer dans le ciel, lorsqu'on s'en est fermé l'entrée par un péché mortel, si le prêtre, k qui Jésus-Christ en a confié les clefs, n'en ouvre la porte. Autrement, en effet, l'usage des clefs serait entièrement nul ; et si la porte peut s'ouvrir par un autre moyen, ce serait en vain que celui à qui le pouvoir des clefs a été donné interdirait l'entrée h qui que ce fût. » Voilà donc le pouvoir, non-seulement de délier, mais de lier. Impossible d'entrer si le prêtre n'ouvre ; impossible d'entrer s'il ferme... Ah! quelle abominable trahison que celle des Apôtres, si, sachant un pareil secret, ils ne l'ont pas écrit à toutes les ps^es de leur livre, et ont laissé périr tant de malheureux assez insensés pour se figurer le ciel ouvert à quiconque croit, se repeut et aime !'

Nous ne nous arrêterons pas à montrer combien il faut s'écarter de ces premiers temps pour trouver quelques citations, quelques faits, qui commencent réellement à signifier quelque chose en faveur de la Pénitence romaine. Réellement, disons-nous ; car il est clair que nous ne saurions accepter k l'appui de la Confession proprement dite, obligatoire, nécessaire, sacramentelle, ce que les premiers Pères ont écrit d'une confession libre et irrégulière, d'un simple aveu fait au prêtre pour décharger sa conscience, demander des conseils, entendre de sa bouche les assurances de l'amour et de la miséricorde de Dieu. Cette confession-là, les protestants ne l'ont jamais attaquée. Luther, dans son catéchisme de 1530, la recommande expressément. Calvin, dans une lettre à Farel S se félicite de ce que

t HM i540.

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les fidèles preaoent Tb^itude de venir lui ouvrir leur ftme ava&t de commuaier. Au]«ttrd*bui, si cette coatuaie n'est pas sussi générale ^u'on poonrait le désirer, eUd l'est cependant bien plus que tes calhaUques ne le croient, et elle le serait bien davantage, saas la pewr des abus de la confession romaine, « Le pasteur, dH un écrivain catholique S n'a pas le droit d'entrer dans la demeure de spn paroissien, et de lui demander compte des larmes qu'il lui voit répandre. Il ne peut, sans crainte d'indiscrétion, interroger celui qui souffre, gé* mit, murmure ou blasphème. » 11 serait difficile d'être plus en contradiction avec les faits. Dans les pays pro^ testants, c'est une chose inouïe et un scandale puUic qu'une porte qui se ferme au pasteur ; dans les pays catholiques (ceux, cela va sans dire, où le clergé ne règne pas), en est-il de même? Que dé défiance l Que d'affronts, souvent ii^ustes, sans doute, mais à peu près inconnus au clergé protestant I C'est tout simple. î»'tta se présente comme un ami, l'autre comme un maitre. L'un dit qu'il peut fermer le ciel; l'autre ne dit pas qu'il puisse l'ouvrir, mais il vous adresse k Celui qui seul, quot qu'on dise, en a véritablement les clefs.

Dira-t-on que l'Église a pu, pour le bien des âmes, rendre obligatoire ce qu'elle s'était d'abord contentée de recommander ? r^ Cette opinion serait déjk peu d'ac* cord avec celle qui fait remonter k Jésus-Gbrist rinsti«> tutioQ et la nécessité du sacrement de Pénitence, opi^ nion qui est pourtant celle du ooncile. Mais la question n'est pas là. Il faudrait prouver, avant tout, si ce qu^ l'Églisq a ordonné, au sixième siècle^ est bien ce qu'elle

1 Audin, Vie de Calvin.

avait recommandé au premier ou au second. Et voilà, noqs Tavons déjii dit, ce qui est surtout impossible ; voilà ce que plusieurs théologiens demandèrent en vain, dans le concile, qu'on voulût bien examiner. Gomment y consentir? Dès les premiers pas faits dans cette voie, on se serait vu entouré d'infiniment plus de lumières que n'en désirait la majorité, que n'en voulaient ceux mêmes qui proposaient l'examen, car il n'y aurait guère eu moyen, après cela, de maintenir la Pénitence ni comme nécessaire, ni comme obligatoire, ni mèmç comme sacrement. On aima mieux fermer les yeux, et dire, avec d'autant plus d'assurance que la chose était plus fausse, que telle avait été toujours l'opinion unanime de tous les Pères ^

Cependant, toutes les difficultés n'étaient pas franchies. Dès la septième session, la Pénitence avait été déclarée sacrement. Il n'y avait donc pas à en revenir ; mais il s'agissait d'expliquer comment et dans quel sens elle en est un.

Or, il y avait des siècles qu'on se querellait, dans les écoles, sur la question de savoir où résidait réellement ce qui lui faisait donner ce titre. Le saa^emeni de Pèni* tence n'est évidemment pas dans la pénitence môme : un homme qui se repentirait de ses péchés, mais sans recourir à la confession, ne passerait pas pour l'avoir

^ Universorum patrum consensus semper...

reçu. Est-il dans Taveu des péchés? Non; il faut que l'absolution s'ensuive. Il est donc dans l'absolution? Pas davantage ; il faut que l'aveu ait précédé. Vous croyez n'avoir qu'à conclure qu'il est donc dans la réunion des deux choses? On vous dira qu'un sacrement est un signe, et qu'il lui faut, pour l'être, quelque chose d'extérieur et d'actuel. Dans le Baptême, c'est l'eau ; dans la Gène, le pain et le vin; dans la Pénitence, que sera-ce? Vous voilà forcé de la faire résider dans les paroles mêmes que le prêtre prononce pour absoudre. — C'est ce que flt le concile ». Nous verrons à quoi cela conduit.

Autre difficulté. — Le troisième canon anathématise quiconque niera que Jésus-Christ ait établi le sacrement de Pénitence par les paroles : « Ceux à qui vous remettrez leurs péchés ceux à qui vous les retiendrez.... etc. » Or, on fit observer qu'elles avaient souvent été entendues, ces paroles, non pas de ce sacrement en particulier, ni même de la pénitence en général, mais de tous les moyens par lesquels s'acquiert la rémission des péchés, et où le prêtre peut être appelé à intervenir. Ces paroles, en effet, pour peu qu'elles aient le sens qu'on leur donne, en ont nécessairement un beaucoup plus vaste, et dont on ne sait trop comment se débarrasser. La confession n'y est point mentionnée. Il n'est question d'aucune formalité préalable, d'aucune condition quelconque à remplir par celui dont les péchés vont être pardonnes. Donc si le droit d'absoudre existe, il est absolu. Partout où le prêtre verra des sentiments, des circonstances, quoi que ce soit, enfin, qui

1 Docet saocta synodus sacramenti pœnitcntiœ formam, in quA prœcipui ipsias vis sita est , in il lis ministri verbis positam esse ; Ego te absolve.

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