LIVRE TROISIÈME
lent pas ; et ce silence, dont on aurait déjà lieu de s'étonner si c'eût été une cérémonie généralement en usage, est incompréhensible dans la supposition que Ce fût un sacrement chrétien.
En second lieu, est-ce comme d'un sacrement que saint Jacques en parle? Laissons la question théologique ; allons au bon sens, et au plus simple. C'est incidemment , en trois lignes, au milieu d'une série de conseils*, que l'apôtre dit d'oindre les malades. Sans l'enseignement de TÉglise, qui aurait l'idée que cette pratique fût , dans l'esprit de saint Jacques , à la hauteur d'un sacrement, au rang du Baptême et de la Cène?
Un seul apôtre en parle, disions-nous. Voici pourtant, dans saint Marc, deux mots dont on s'est emparé. « Ils oignaient beaucoup de malades. » C'est là, selon le concile, que le sacrement a été insinué. Nous avons déjà vu ce détour ailleurs. Sans nous arrêter à ce qu'a d'étrange l'idée d'un législateur qui insinue^ observons qu'il est question là de malades, de guérisons, et nullement de secours spirituels procurés ou figurés par l'onction. « Ils oignaient beaucoup de malades, et ils les guérissaient. » La guérison du malade est même aussi, dans saint Jacques , le premier des résultats indiqués. Après l'onction, dit-il, « la prière, faite avec foi, sauvera le malade ; le Seigneur te relèvera. » Quoique l'apôtre n'ait sûrement pas voulu dire que la guérison était assurée pourvu que la prière fût fervente, cette idée de guérison, mise ainsi en première ligne, n'est pas une circonstance k négliger. L'Ëxtréme-Onctioû romaine,
* Ch. V, 14-15.
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sacrement, cérémonie toute spirituelle dans sa signification et ses effets, n'est évidemment pas, dès lors, cette onction demi-médicale, demi-miraculeuse, dont parlent saint Marc et §aint Jacques. C'est l'avis du cardinal Cajetan. « Ni les mots, dit-il , ni les résultats annoncés, n'indiquent ici l'onction sacramentelle de l'Ëxtréme- Onction ^,n Gela est si vrai, que le Catéchisme Romain s'est cru obligé d'expliquer pourquoi, étant la méme^ elle n'a cependant plus pour résultat la guérison du malade. « Si tous les malades , dit-il , n'éprouvent pas sa vertu en ce point, il faut penser que cela arrive, *non par l'affaiblissement du sacrement, mais par le défaut de foi de ceux qui le reçoivent ou de ceux qui l'administrent. )) Veut-on dire que, s'il était toujours administré et reçu avec une foi suffisante, personne ne mourrait plus? L'explication est un peu forte. On voudra bien remarquer, en outre, qu'elle est en contradiction avec ce que l'Église enseigne sur la puissance du prêtre, indépendante, selon le concile, de ses dispositions privées. Voilà un sacrement dont un des effets est manqué , diton , à cause du peu de foi de ceux qui l'administrent. Qui nous garantira, après cela, que le peu de foi du prêtre ne puisse faire aussi manquer le Baptême, manquer la transsubstantiation , manquer l'absolution, tous les sacrements, enfin ? .
Cette diificulté n'est pas la seule ; et, ce qu'il y a de remarquable , c'est qu'elles naissent toutes du texte même de saint Jacques, le seul passage positif qu'il y îiit à citer en faveur de l'Extréme-Onction.
4 Nec ex verbis, nec ex effectis, verba hac loquantur de sacrameutali unctione extremsB unctionis. — Mais si rExtrôme-Onc» tion ne vient pas de là, d'où vient-elle donc ?