LIVRE TROISIÈME Zi
prochait de Henri IL Ses négociateurs secrets le re* présentaient à ce prince comme prêt à rompre avec Tempereur, et môme, en cas de guerre, à se déclarer pour la France. Enfin, rien ne lui tardait plus que d'ôter à l'un comme à l'autre Tinstrument le plus dangereux qu'ils eussent à faire jouer contre lui, le concile. Il envoya donc au légat l'ordre de faire en sorte que tout fût terminé en deux sessions, en trois au plus ; mais comme on venait de s'engager à attendre les protestants, force était de rester oisifs, ou presque oisifs. Quoiqu'on eût décrété de ne pas interrompre les discussions, on se sentait obligé de ne rien faire avant de les avoir attendus un certain temps.
Il parait, du reste, qu'on avait toujours espéré qu'ils ne viendraient pas, car, à leur arrivée, nous voyons tout changer de face. Ils n'étaient cependant que six docteurs, deux de Strasbourg et quatre du Wurtemberg. Au lieu de se ranimer, tout meurt. JLe légat, les nonces, les évéques, ne veulent plus rien faire; ceux dont on a eu le plus de peine à retenir l'ardeur lorsqu'il s'agissait d'en finir en quelques semaines, sont ceux qui répugnent le plus à se remettre à l'ouvrage. L'horizon, il est vrai, a recommencé à s'assombrir. On parle d'une ligue générale des protestants contre l'empereur ; les électeurs de Cologne et de Mayence viennent de quitter Trente pour être prêts k tout événement. Le . 19 mars, au lieu d'une session, il ne se tient qu'une congrégation , et on s'ajourne au !•' mai. Dans cette séance, les protestants ne sont ni entendus ni admis, et, plusieurs jours après, il n'est encore question ni de les admettre ni de reprendre les travaux. Gomment la chose allait-elle finir ? On ne pouvait le prévoir. Le légat s'en
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préoccupait vivement, et il ne s'attendait guère kIwrJ lui-même un prétexte à de nouveaux délais. Dévoréi 1 quiétude, usé par les veilles et rinipéCuositédesfflî:| raclère, il perd subitement la raison. Un chien non poursuit, dit-il, et le regarde avec des yeux flamboyai: Les protestants demandent qu'un des nonces prenn?^ place; mais on en réfère au pape. On attend, et hr ponse ne vient pas.
Tout à coup, on apprend qu'une armée protestantes siège Augsbourg. C'est l'électeur de Saxe gui^ienise déclarer contre l'empereur ; il a donné le signal.tous les princes protestants se sont trouvés prêts kmcher sous sa bannière. Après avoir habilement prépar' pendant l'hiver, ses alliances et ses forces, il àlaB>: son manifeste. Comme protestant, il déclare n'avos aucun compte à rendre ni à l'empereur ni an concile: comme prince, il appelle tous les princes de l'enipir? catholiques et protestants, à secouer le joug de Charles- Quint, et c'est par le siège d' Augsbourg, la ville des diètes, qu'il entre brusquement dans cette nouvelle voie. En trois jours, la ville est à lui. Aussitôt il court à Inspruck. Il y entre par une porte peu d'heures a/?/» | que Charles-Quint en est sorti précipitamment par nfi^ autre, et celui qui, peu de jours auparavant, pouvait ^^ croire le maître de l'Europe, s'enfuit, presque seul, jusqu'au fond de la Carinthie.
Au premier bruit de l'éruption, un grand nombre d'évêques s'étaient enfui à Vérone, et les nonces avaient demandé au pape l'autorisation de suspendre le concile. Jules ne se fit pas prier. 11 venait de traiter avec Henri II ; il ne se sentait plus tenu è aucun ménagement envers l'empereur. Il ordonna cependant de