LIVRE TROISIÈME /i
que, plus modérées, elles n'eussent pas été sincères, et l'on devait plutôt lui savoir gré d'écarter d'avance toute équivoque. Il demandait, avant tout, que le pape fût déclaré inférieur au concile ; en second lieu, que tous les décrets fussent revus, et qu'on attendit, pour se remettre à l'ouvrage, l'arrivée des théologiens protestants; enfin, que ceux-ci eussent voix délibérative, et que l'on commençât par rédiger le sauf-conduit de manière à leur ôter toute crainte. — On écouta patiemment, et il fut répondu que l'assemblée en délibérerait.
Un de ces points avait été résolu d'avance : c'était de suspendre les délibérations jusqu'à l'arrivée des protestants. Le lendemain donc, 25 janvier 1552, on tint une session (la quinzième) , mais seulement pour déclarer qu'on les attendrait jusqu'au 19 mars. On s'était aussi décidé k accorder un second sauf-conduit, et il fut lu dans cette même séance. Quoique conçu dans les termes les plus précis , l'omission forcée du nom du pape, que le concile ne pouvait en aucune façon engager, l'empêchait de signifier rien de plus que le précédent. Les ambassadeurs le refusèrent d'abord ; puis, sur les instances du comte de Montfort, premier ambassadeur de Charles-Quint, ils consentirent à l'envoyer à leurs maîtres.
Le décret de prorogation portait que le concile allait discuté les articles relatifs à la Messe et au sacrement de l'Ordre, ainsi que les points précédemment ajournés; qu'on allait se mettre à traiter du sacrement de Mariage, et qu'on publierait le tout ensemble dans la prochaine session. Plusieurs de ces détails étaient peu exacts. Le décret semble dire que la Messe et l'Ordre étaient prêts, et il s'en fallait de beaucoup. Il n'y avait encore eu que
quelques discussions préparatoires ; l'Ordre surtout avait à peine été abordé. On voulait faire croire que les affaires extérieures n'arrêtaient pas les autres; on oubliait que l'Europe avait su, jour par jour, où on en était. Ce fut probablement aussi pour couvrir ces vides que la session fut célébrée avec plus de pompe qu'à l'ordinaire. Il est vrai qu'avec cette foule d'ambassadeurs, la chose pouvait sembler naturelle. Ils purent croire qu'ils assistaient à une nouvelle naissance du concile, et c'était à ses funérailles.
En effet, il allait finir.
Le légat et les Italiens commençaient à s'apercevoir d'une intimité inquiétante entre les ambassadeurs protestants et ceux de l'empereur, intimité que partageaient, jusqu'à un certain point, plusieurs prélats allemands. Aussi divisés que jamais sur les questions dogmatiques, on n'avait qu'à se mettre sur le chapitre du pape et de la cour de Rome pour se trouver presque d'accord. Les protestants étaient heureux d'entendre avouer par des catholiques les scandales d'une organisation à laquelle ils attribuaient tous les maux de l'Église et de l'Europe ; les impériaux, de leur côté, ne paraissaient point répugner à les avoir pour auxiliaires dans l'abaissement du pape. Celui-ci, aux fêtes de Noël, avait créé à la fois quatorze cardinaux, tous Italiens ; un empressement si ouvert à renforcer son parti donnait assez la mesure de ses craintes. En môme temps , il se rap*