‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 22 sur 138 · LIVRE PREMIER 6i · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER 6i

tout ce qui sort de la politique, c'est le pape seul qui Test. Un prince faillible et irresponsable peut, sans se compromettre, signer ce qu'on fait en son nom ; un docteur infaillible ne peut pas ne pas assumer la responsabilité de tout ce qu'il signe. Mais ceux qui le dirigent, ^ceux qui préparent ses décrets, ceux qui lui mettent la plume k la main pour signer, ceux qui peuvent se dire : «J^el ou tel article de foi, c'est moi qui l'ai fait; » — comment peuvent-ils, ceux-là, à moins de se croire infaillibles eux-mêmes, comment peuvent-ils enseigner sérieusement l'infaillibilité du pape? Pallavicini, notre historien, fut précisément un de ceux qui poussèrent Innocent X, vieux, tremblant, à condamner Jansénius. Il nous a conservé lui-même le détail des hésitations de ce pape. « Quand il se plaça, dit-il, sur le bord du fossé, et qu'il mesura des yeux l'espace à franchir, il s'arrêta, et on ne pouvait le faire avancer, » Quel langage! Quel commentaire à nos raisonnements contre l'autorité papale ! Ah ! quelque fâcheux qu'il puisse être de mêler à des arguments sérieux et calmes une accusation de mauvaise foi, comment ne serions-nous pas convaincus que les gens de Rome, ceux qui font sonner le plus haut Tinfaillibilité du pape , sont certainement, de tous les catholiques , ceux qui y croient le moins et peuvent le moins y croire?

Et que parlons-nous des gens de Rome I — En dehors du cercle des hommes intéressés à laisser vivre et à raviver de leur mieux le principe fondamental de l'ultramontanisme, il n'y a pas d'endroit au monde où le commun des fidèles soit plus loin d'accorder au pape une autorité surnaturelle et divine. En arrivant de France, d'Allemagne, de Suisse, où tant de gens s'inclinent au

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^^ul nom dQ notre mnt père le pape , ou cm^ mêmes qui y cruient peu n'en parlent généralement qu'ayee respepi, •» on est stupéfait de la hardiesse avec laquelle les derniers boutiquiers de Rome, dès qu'on leur déj^ la langue, s'ei^priment sur son caractère, m personne, son entourage , ses aptes. La polioe mémei si active et . si susceptible à Tendroit du souverain tmporel , Test beaucoup moins à l'endroit du chef de l'Église', du représentant de Dieu, Us ne vous feront pas de longs discours pontre son infaillibilité ; ils ne se sont jamais demandé théoriquement ce que c'est et s'ils y croient; mais, moins ils y ont réfléchi, -^ moins ils cberPhi^nt, comm^ font ailleurs tant do (îatHoliques, à vous eaoher . et à se cacher h eui^=mômes qu'ils ne peuvent y oroire, Et comment le pourraient^ils ? De quelle force d'abs^ traction ne faudrait=il pae qu'ils fussent doués pour ac^ cepter sérieusement comme infaillible, sacré, au-dessus de toute attaque , ce qu'ils voient sortir de la même source que des décrets politiques ou autres qu'ils auront attaqués, critiqués, maudits peut-^ltre? En les forçant h raisonner, h conalure, croyez-vous qu'on eût beaucoup de peine h leur arracher Tnveu de ce qui est, à leur insu, au fond de leur pensée*? Croyez-vous, pour en revenir à notre histoire, que ces gens si s(;andalisés du décret par lequel Paul III donnait un duché à son fils, pussent

' a Rome le sait : Tautoritë pontificale »'a depuis longtemps nulle part moins de racines qu'en Italie. Ce n'est pas que le peu^ pie ne la respecte, p^v habitude, en tout ce qui ne eontrarie pas trop ni ^cs idées, ni ses penchants, ni ses intérêts ; mais, audessus du peuple, elle ne trouve guère que des censeurs et des ennemis. Non-seulémcnt on ne croit pas en elle, mais on la repousso, on la hait, v Lamennais, Affaires de Rame,

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êtf e réellement et intimemetit cônVàitldus de son Infail^ llbilite dans tel OU tel mité dédfèt^ publié peut-être le même jour, signe peut-être avec la toême pluihe et sur Un même parchemin ? Non ^ osons le dire ^ ils n'y croyaient pÉis, Ils n'y croient paîi davantage^ aujourd'hui, ceux qui entourent le piipe ! oUj s'ils y croienij -* car il serait trop pénible de ëUppoifer une hypocrisie ftusSi prolongée, -^ c'est qu'ils s'étourdissent eux^^mêmes \ c'est qu'a force de sentir le besoin d'un pape pour régner en son nom sur les consciences ^ ils ont machinalement fini par lui abandonner aussi la leur.

Pouvaient-ils croire davantage à l'infaillibilité des conciles, ceux qui assistaient aUx débuts de celui de Trente? «- Racontons maintenant} ce sera asse* répondre.

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La fin de l'année approchait* Les évêques s'impatientaient; les légats ne savaienfplus à quoi les amuser* Il avait même fallu accorder h quelques^uni des seeours d'argent , gratifications , non pensions ^ disaient les lé«gats, car il était essentiel qu'on ne pU accuser le pape de soudoyer des membres du concile. Plus tard, on fut moins scrupuleux.

Le cardinal Farnèse était revenu d'AUefflâgnei mais sans avoir obtenu autre chose que le ôonsentement de Tempereur a l'élévation de son père. Chârles-Quint avait refusé les dôuiee mille hommes; on pouvait, au premier moment, recevoir la nouvelle d'un accord entre les lu-

thériens et lui. En ce cas, plus de concile ; mais le pape aimait encore mieux en affronter les chances, que de le voir se rompre d'une manière si humiliante pour lui. Prenant donc les devants, il demanda qu'on choisit entre ces trois choses, la suspension, la translation, ou l'ouverture immédiate du concile. Or, la suspension ne pouvait convenir à Tempereur , tant que l'accord avec les protestants n'était pas fait et conclu, et il lui importait de pouvoir continuer à les menacer, sinon du concile , car ils s'en effrayaient peu , du moins de la croisade que le concile ne manquerait pas d'ordonner contre les rebelles. La translation ne lui convenait pas davantage ; il savait que le pape ne consentirait jamais à tenir l'assemblée dans une ville plus éloignée que Trente, et Trente n'était déjà que trop près de Rome. Restait l'ouverture , et l'empereur était toujours moins pressé d'y consentir. II offrit enfin de ne pas s'y opposer, mais à une condition : c'était que l'assemblée, dans les premiers temps, du moins, s'occupât d'affaires de discipline, omît toute décision dogmatique, s'abstînt, en un mot, de tout ce qui pourrait offenser les protestants, t

La patience du pape était à bout. En demaiidant qu'on évitât d'irriter les luthériens, Charles-Quint Wssait assez voir que , s'il parvenait à s'accommoder avec eux, il ne permettrait plus de les anathématiser; et quel étrange rôle, alors, que celui d'un concile forcé de rester muet en présence d'un pareil schisme! — Sans refuser ni promettre , Paul se hâta d'envoyer aux légats, le 31 octobre, l'ordre de comme»cer le second dimanche de décembre. Il se bornait , dans la bulle , à dire que l'on procédât « en pleine liberté. » — Nous verrons

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