‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 21 sur 138 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

nombre en va croissant dans l'Église romaine, -* nous leur demanderons ce qu'ils font du pape Libère, arien pendant quatre ans ; de Libère ei^coramuniant Alhanage, l'auteur du symbole romain ; de Libère à qui un évêquo, Hilaire de Poitiers, champion de la foi de Nicée, écrivait à cette occasion ; « Je t'anathématise, Libérius, toi et les liens. Je t'anathématise une seconde et une troisième foip, Libérius le prévaricateur! »

Nous leur demanderons ce qu'ils font d'Innocent X, qui, peu avant de condamner Jansénius, disait : « Qu'on me laisse tranquille. Ce n'est pas mon affaire. Je suis vieux; je n'ai pa3 étudié la théologie,,, » Ce qui ne Tempécha pas de prononcer, et de laisser enseigner comme infaillible ce qu'il n'avait lui-même enseigné qu'en tâtonnant,

Nous leur demanderons ce qu'ils font d'inuocent XH approuvant, louant, admirant uq livre S puis, sur les sollicitations d'un roi et après deui^ ans de résistance, le condamnant.

Nous leur demanderons où résWait l'infaillibilité lors» qu'il s'est trouvé h la fois deux, trois, quatre papes, ce qui est arrivé, non une ou deux fois, comme on le croit généralement, mais vingt-quatre*; lorsque ces papes se condamnaient, ^'analhématisaient mutuellement ; lorsque leurs droits — ou leurs crimes — étaient tellement égaux, qu'il n'y avait aucun moyen de distinguer le vrai pape de l'antipape, le çbainoq direct du chaînon intrus et forcé,

I Les Maiiimet des taintft 4e Féa§}on.

3 En S0P, 336, 418, 498, 530, 686, 687, 767, 824, 855, 063, 084, 006, 1012, 1033, 1058, 1061, 1073, 1118, 1130, 1150, 1316, 1378, 1431. Du troisième siècle au quinzième, un seul n'a point ?u de •cliisme, ^t le onzième en u vu «iuq.

Nous leur demanderons... — Mais à quoi bon multiplier ces questions? Une seule ou cent, qu'importe? L'objection est la même. Et qui pourrait le mieux les multiplier, ces questions, si ce n'est ceux qui sont appelés à voir de près et Rome, et les papes, et les alentours des papes? C'est en Italie, en effet, c'est à Rome et dans le palais des papes, que l'idée de leur infaillibilité aurait dû rencontrer, ce semble, le plus d'opposition. De loin, c'est le chef de l'Église, le vicaire de Jésus-Christ. Sa parole n'arrive qu'avec des formes augustes ; il n'a nulle peine à grandir et à rester grand dans l'imagination des peuples. De près, fût-il toujours aussi respectable qu'un homme peut l'être, c'est un homme; c'est souvent un vieillard usé, un pauvre corps qui se traîne, une intelligence appesantie, une mémoire qui s'en va, un maître, enfin, qui ne voit plus, n'entend plus, fle pense plus, ne vit plus que par ses serviteurs. Quoi ! ce vieillard, vous l'aurez vu la veille, vous aurez conversé familièrement avec lui, vous l'aurez même redressé, contredit, confine il arrive dans toutes les conversations du monde ; lui-même, il vous aura quelquefois donné raison, il vous aura dit poliment : « C'est vrai... Je me trompais... » — Et voici, au sortir de cet entretien, il aura dicté quelques lignes sur des questions que le plus grand génie n'étudierait qu'en tremblant... Et ces quelques lignes, c'est ce que vous m'apportez comme infaillible et sacré ; c'est la décision que je ne puis attaquer sans me révolter contre Dieu même ! Qui sait encore, qui sait si au moins elle est bien de lui? Qui sait si ce n'est pas vous, son conseiller, qui la lui avez inspirée, dictée? Ailleurs, les ministres sont responsables et le prince seul ne l'est pas; à Rome, dans

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