‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 52 sur 138 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

été traduite eil alléttiand... Peut-être ue savait-il non plus pas trop s'il était bon qu'elle eût été écrite eti hé^ breù, en grec ou fen lâtiil. Elle et l'Église Sont en trop mauvais accord K »

C'est donc contre les versioniâ de la Bible que Rome s'est mise à exhaler lé dépit qu'elle n'osait exprimer contre la Bible elle-niêtne. Du pape au curé de village, du Vatican aux pauvres huttes où le iUissionflaire rofïîâiii va porter sa foi, d'ëst-à-dire, avant toutj le Pape et la Vierge, —voilà bieiitôt quarante ans que nous entendohs s'élever Utt fconcert de tnalêdlctlofts cohm lés irâdUtleUrs, les (iOlpdrtetirs, les lecteurs de fc'e livit qu'un Afigustiu bëuissait Dieu d'avoir k multiplié » dans toutes le§ langues du moude. C'est Pie VII qui, eu 181ê, é flonhé le signal: Ou'dVait-oti fait? Où avait î*éiïriprifaié Une Versldri poloriàisë; JiUbHée pourtant, en 1899, pMr Ite Jft5Uite Wuicki avec l'approbation de Grégoire Xlli et dé CléméUt VIII. Mais^ non content dé la réimprbîiér, bn l'avait réjpandue ft profusion. De là la colère du pape ; de là ce débordemetit d'épithètesj très comôlun jadis dans tous leÉ pamphlets, mais qu'(jiî né rëtrdU^ë pltis que datls le style de là chancellerie romàiîie. Gè âëfU donCj selon Pie VII, « la plus niaiigne de& InVéri- Hons, Une peste, la destruction de la foi, la conception d'Un tioUvéaU |enré d'ivraîé, Une irtipie iUachiriation, une ruine irrëjjarable , la lUalice d'tifiè société scélérate, etc. , etc. K » Mais celte société n'y à pas 'seule trettipé; un prêtre, un archeVéque a publiquèiUëiit Conseillé d'acheter ces BibléS. RdUVëàtt bref; nouvelles ddléanëës. ti NbUs aVons été àtcfljK d'une grande et

' Luther, dans une de ses préfaces.

2 Bref à l'archevêque de Gnèsen.

profonde douleur quand nous avons eu connaissance du funeste projet, comme il n'en fut jamais conçu auparavant, de répandre partout les très-saints livres de la Bible dans de nouvelles traductions faites contrairement aux règles salutaires de l'Église... Mais nous avon» été saisi d'une affliction infiniment plus grande encore, quand nous avons parcquru certaines lettres dans lesquelles tu exhortes le peuple à acheter ces nouvelles ver- . sions, à les accepter quand elles lui sont offertes gratoftement, à les étudier avec attention. Rien, certes, ne pouvait nous arriver de plus douloureux,... etc. *. )> — Qu'ajouter à ces lignes? Quand nous aurions donné k un rhéteur la tâche de rédiger un écrit diamétralement contraire à nos citations de tout à l'heure, s'en serait-il mieux tiré ? Autres temps, autres lois, nous dira-t-on. Cela est vrai ; — nous ne prétendons pas que tout ce qui était bon il y a quinze ou seize siècles soit nécessairement bon aujourd'hui. Mais, entre Topinion des Pères et celle du pape dans ces deux brefs, if y a un abîme que quinze cents ans, que quinze mille ans ne sauraient avoir creusé, pour peu que les principes fussent restés les mêmes. Et que signifient ces mots : « Ce funeste projet, comme il n'en fut jamais conçu auparavant?» Oui, sans doute, les sociétés bibliques ne datent pas d'avant l'imprimerie ; mais quand Chrysostôme disait : « Lisez, lisez l'Écriture dans vos maisons, » quand d'autres se plaisaient k énumérer, comme font aujourd'hui les sociétés bibliques, le nombre des langues en lesquelles la Bible avait été traduite, — à qui fera-t-on croire qu'ils n'eussent pas béni Dieu d'une

« Bref à Tarchevêque de Mohilew.

institution ayant pour but de la déposer, si possible, dans toutes les maisons de Tunivers ?

En 182il, à l'occasion du jubilé annoncé pour 1825, nouvel assaut au livre dont Luther s'était appuyé pour dire, juste trois cents ans avant cette époque : (( Nous sa- - vous, Dieju merci, que ceux qui croient h TEvangile ont, . h toute heure, un jubilé *. » — « Plusieurs de nos prédécesseurs, dit Léon XII, ont fait des lois pour détourner ce fléau (les sociétés bibliques). De notre temps. Pie VII, dMieureuse mémoire, a envoyé deux brefs... Dans ces brefe, on trouve des témoignages tirés, soit de la sainte Écriture, soit de la Tradition, pour montrer combien cette invention subtile est nuisible à la foi et à la mo- * raie. » Ces témoignages a tirés de la Tradition, de l'Écriture, » — nous n'avons pas besoin, après tout ce qui précède, de dire à quels sophismes, à quels abus d'idées et de mots il avait fallu recourir pour les trouver. Le pape ne les reproduit pas. « Et nous aussi, poursuit-il, pour nous acquitter de notre devoir apostolique, nous vous exhortons à éloigner vos troupeaux de ces pâturages mortels. » Pâturages mortels ! La Bible ! Et s'iF le dit, c'est en vertu « de son devoir apostolique /. . . » papes ! à défaut de la pudeur des idées, il faudrait au moins conserver celle des mots, et ne pas affronter, de gaieté de cœur, des contrastes aussi scandaleusement écrasants.

Grégoire XVI entra aussi dans la lice^. Plus modérée dans les termes, la bulle est encore plus injuste^ dans ses attaques , encore plus sévère dans ses dispositions. Les protestants y sont formellement accusés

* Sur la bulle du jubilé, 1525.

s Mai 18/i/ii.

i5B HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE

d* altérer la Bible; le pape 15e refuse positiveitieilt à croire qu'ils puissent avoir une autre intention que celle de bouleverser T Église et dé pierdre les âmes; c'est dans cette bulle , enfin , que se trouve l'étrange falsification dont nous avons parlé. Puis : « A voilà donc, dit-il attx évêques, à vous d'Ôter des mains des fidèlefe la Bible traduite en langue vulgaire^ » c'est-à-dire, en définitive, « k vous de leur ôter la Bible, » car on nfe voit pas quelle différence il y a entré une Bible française pour qui parle fratiçais, et une Bible lâtitiiB pour qui sait le latin.

iJira-t-oh, en feflfet, que la connaissance du latlti BMppoSe tin certain degré d'înstructioti , grâce aùtjuël la Bible est moins dangereuse ? Écoutons Alexandre VIÏ*. « A moins que, dans toutes leurs pensées... ceux qui s'appliquent aux lettres n'adhèrent immuablement h toutes les décisions du Sditit-Siégë... — jilus l'esprit a de péiiétràtiôii et de forcé, plUs il ëfet entraîné hors du vrai chemin. » Mais qui risque le p\m de ne pas « adhérer imiiiùablemérit àut dédsionis dii Saint-Siège, » si ce n'est ceux mêmes à qui on sera forcé, puisqu'ils sont instruits, de né pas Refuser ce qu'on refuse au vulgaire? C'est donc à eut que devrait tout particulièrement s'appliquer la loi; Si Bôme osait êtt-e conséquente , ils y seraient îës Jiremiet^s désignés.

Et qu'on ne nous réponde pas en citant ceux que de hautes lumièfës ri'brit pas empêchés d'être et de rester catholiques, totit èri lisant, en étudiant la Bible. Nous aVons déjà vu ce qu'il îaUt penser de leur prétendue soumission aux décrets de leur Église; notons seule-

< Lettre à Taniversifë de Louvain, 1665.

Page 1